| |
La France peut revivre.
À une condition : qu elle retrouve le souffle qui fit d elle,
historiquement et universellement, l idole des amoureux de la raison
et des droits de l homme.
Or, si elle voulait se regarder elle-même avec lucidité et
sans faux-fuyant, si elle voulait tourner sur elle-même cet esprit
critique exigeant et acéré qu elle sait si bien manier
sur autrui, elle s interrogerait. N aurait-elle pas failli
à sa mission historique : porter les Lumières jusqu à
leur plus extrême rayonnement ?
Notre pays
s est trop souvent reposé sur ses lauriers, donnant des leçons
d humanisme en s appuyant sur un capital d actions parfois
exemplaires, mais qui s effiloche au fil du temps. Trop souvent
figé dans la défense d intérêts corporatistes
et claniques, dans l orgueil d une puissance assise sur l exploitation
désordonnée de la matière, il se réfugie dans
la fausse sécurité d un Etat protecteur de plus en
plus empêtré dans ses contradictions et ses faiblesses.
Notre pays n a pas su aller jusqu au bout de la logique des
Lumières : affirmer la primauté de la raison et de l homme
sur les intérêts économiques, les passions, l opinion
publique, l idéologie...
Pourtant, quel
pays peut-il se vanter d avoir une devise aussi magnifique que Liberté,
égalité, fraternité ?
Mais dans quel
pays trouve-t-on un aussi grand fossé entre le discours et les
actes ?
Pourquoi la France est-elle pratiquement le seul, parmi les pays démocratiques,
à discriminer de façon officielle (sous l appellation
diffamante de sectes) ses minorités spirituelles ou thérapeutiques
? Et, qui plus est, au nom des droits de l Homme ! Pourquoi la France
est-elle un des pays les plus condamnés par la Cour européenne
des droits de l homme ?
Pourquoi tant de groupes sociaux ou professionnels (on a même vu
des gendarmes manifester !) sont-ils obligés de descendre dans
la rue pour seulement se faire entendre ?
Pourquoi cette arrogance de ceux qui possèdent un pouvoir et ce
climat d agressivité, de violence contenue, de suspicion
généralisée ?
Parce que la
France s est désintéressée de l Esprit.
Parce que tout ce qui touche au domaine de l invisible, du sensible,
du spirituel, de l humain dans son originalité et sa globalité,
est négligé, bafoué, ridiculisé. Dans le meilleur
des cas, est relégué dans la sphère privée,
au même titre (et encore) que l art culinaire ou la philatélie.
Or la question de l Esprit, signe distinctif de notre espèce,
est capitale. Elle est au cSur du pourquoi de l homme ,
du sens de la vie, du vivre-ensemble .
Et ce désintérêt pour l Esprit, ce refus de
l accueillir dans sa diversité et sa vitalité créatrice
sur la scène publique (sauf sous ses formes traditionnelles et
ritualisées que sont les religions admises) conduit à la
stigmatisation et au rejet inique de beaucoup de Français. Des
Français pourtant respectueux des lois pour la plupart. Des Français,
possédant en théorie les mêmes droits mais qui souffrent
d être combattus, déloyalement, et rejetés,
sans jamais être écoutés. Or, dans leur grande majorité,
ils sont désireux de participer, comme les autres, à l élaboration
et au bon fonctionnement de la vie démocratique.
Contrairement à ce qu on fait croire, la question des sectes
n est pas une affaire judiciaire ni psychiatrique. C est une
question politique : comment laisser place à l originalité
et à la conviction quand celles-ci diffèrent des habitudes
et des croyances d une majorité de gens ?
" Je cherche un homme ", répétait le philosophe
Diogène en se promenant en plein jour avec une lanterne. Se trouvera-t-il
en France, parmi les acteurs du pouvoir, une seule conscience suffisamment
honnête et éclairée pour oser aborder publiquement
ce problème de façon rationnelle et non passionnelle
?
Car ce refus de la différence spirituelle et du monde métaphysique
est partagé par les pouvoirs publics, les médias et, pour
une grande part, par l opinion publique. Or c est ce joug
qui asservit la France aux seuls soucis matériels. Et qui la maintient
dans ses inextricables souffrances et ses misères.
La voie du progrès est pourtant tracée.
C est la voie de la raison, de l honnêteté intellectuelle
et de la sensibilité. C est l abandon des indignations
stériles au profit de la recherche de solutions constructives.
C est l abandon de la vieille pratique du bouc émissaire
au profit de la lucidité sur soi et sur ses propres insuffisances.
C est l abandon de l intolérance et des préjugés
au profit de l accueil et du respect de tout autre, de l écoute.
C est la volonté d étudier impartialement des
faits, d ouvrir des débats contradictoires. C est la
confiance en soi et en l autre, et l exigence de d abord
montrer l exemple. C est l humble reconnaissance que
la vérité est complexe, multiple, évolutive. Que
personne, ni groupe, ni majorité, ni individu, ne la détient.
Et que donc la discussion entre tous est indispensable si l on veut
sincèrement progresser.
Bref, c est le courage de faire dominer en soi - par-dessus ses
peurs, ses croyances et son orgueil - la simplicité et la bonne
volonté.
Pour atteindre cet objectif, pour vaincre les sectarismes de tous ordres,
la prévention aveugle et la condamnation à priori ("
toutes les sectes avancent masquées ; toutes sont dangereuses ")
seront toujours stériles parce que basées sur des généralisations
abusives, des ignorances et des préjugés.
Il n est qu un moyen pour libérer les hommes des tentatives
multiformes de manipulation (aussi dans la publicité, la pression
des lobbies et des intérêts masqués, le discours démagogique &)
: enseigner à tous, et dès l adolescence, l art
de penser par soi-même ainsi que le goût du bien commun.
- Penser par soi-même : là réside la grandeur suprême
de notre espèce. Chacun est libre de vivre impulsivement ou en
suivant une voie imposée par d autres (les traditions, les
experts, les responsables ) ; ou bien de chercher à
comprendre, en permanence, par delà les apparences et pour lui-même,
le sens des choses. Sans renier ce qui s offre autour de lui mais
en jugeant toujours lui-même, au final, de ce qui est bon ou non
pour lui. Chacun possède en lui une pierre de touche qui fait de
lui un être responsable de ses agissements et de ses comportements.
Donc un être moral. De là sa dignité ou sa déchéance.
De là sa joie de vivre ou son sommeil et son emprisonnement dans
les fers du monde.
Car choisir d être maître de ses pensées, donc
de ses actes, c est assumer son humanité. Inversement, empêcher
un homme d agir selon sa conscience, c est nier en lui l humanité.
- Le goût du bien commun, ensuite : c est la condition du
bien vivre-ensemble. Et quelle satisfaction de savoir qu en oeuvrant
pour le bien de tous, non seulement on ne perd jamais rien d essentiel,
mais en outre on gagne l estime des autres et, peut-être plus
précieuse encore, l estime de soi, de son âme, de cette
partie immense en soi qui se nourrit d amour, d intelligence
et de foi.
Et qui peut faire de chacun un être unique et heureux, ouvert et
fraternel, au sein de l universel.
Anastase
Sommaire
CAPLC
- CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion
- Liberté de Conviction
|