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Un article de la Libre Belgique du 28 juin 2005 parlait d'un
prétendu nouvel outil juridique devant servir à juguler
les sectes en Belgique. Il est surprenant de voir dans cet article que
la politique française à l'égard des nouveaux mouvements
religieux suscitée par le parlementaire français Philippe
Vuilque était à présent devenue source d'inspiration
pour quelques parlementaires belges désireux de prendre des mesures
répressives à l'encontre des nouvelles pratiques religieuses
et spirituelles de Belgique. Il s'agirait en l'occurrence d'inclure le
délit de " manipulation mentale " dans le code pénal.
Rappel historique sur la politique Française
La loi About-Picard fut votée en France
en juin 2001. Elle était destinée à fournir un outil
juridique pour éliminer légalement certaines minorités
religieuses, minorités dont le gouvernement français s'était
engagé à protéger les droits, en conformité
avec les traités internationaux sur les droits de l'homme. Cette
loi a suscité de violentes critiques à l'égard de
la France. Ainsi, en avril 2001, 50 membres de l'Assemblée Parlementaire
du Conseil de l'Europe ont signé une résolution demandant
au gouvernement français de retarder le vote de la loi About-Picard
en attendant la fin de la mission du Conseil de l'Europe destinée
à enquêter au sujet de l'intolérance religieuse en
France. En novembre 2002, une résolution du Conseil de l'Europe
faisant suite à une enquête de 2 ans sur la loi About-Picard
demanda au gouvernement français de reconsidérer et de clarifier
davantage la loi. Il s'agissait presque d'une première de la part
du Conseil de l'Europe, sans aucun doute une mesure sans précédent
à l'encontre d'un état fondateur et de sa législation.
Par ailleurs en 2002 un rapport du Parlement européen a critiqué
la loi About-Picard, la qualifiant de nuisible et discriminatoire envers
les groupes minoritaires religieux.
La fédération des Droits de
l'Homme de Helsinki a de son côté critiqué non seulement
la décision du gouvernement de s'en prendre aux minorités
religieuses avec des mesures discriminatoires, mais aussi le vote de la
loi About-Picard ainsi que les actions de la MILS (Mission Interministérielle
de Lutte contre les Sectes).
Lors des auditions devant le sous-comité
américain des Affaires Internationales pour les Opérations
et les Droits de l'Homme (tenues en juillet 2000), les membres ont reçu
des témoignages sur les risques d'abus posés par la loi
About-Picard. En juillet 2001 devant le Congrès américain,
le président de la Commission sur la Sécurité et
la Coopération en Europe a fait état d'un récente
visite en France pour y étudier le phénomène de l'intolérance
religieuse et a condamné la loi About-Picard, la décrivant
comme une véritable machinerie d'Etat destinée à
dissoudre certains groupements religieux considérés par
les autorités comme inacceptables.
Il ressort de cet article de la Libre Belgique,
que M. André Frédéric semble décidé
à poursuivre en Belgique la politique de certains parlementaires
français, comme M. Vuilque et à se faire l'instrument de
sa vision réactionnaire d'un autre âge. Il essaie en effet
de faire voter une loi sur la " manipulation mentale ", loi
pour laquelle la France a déjà été violemment
critiquée. Rien qu'en relisant les déclarations de M. André
Frédéric dans La Libre Belgique, on se rend compte qu'il
a été séduit par l'attachement de M. Vuilque et de
ses collègues à la mise en place d'une loi sur la manipulation
mentale.
Il s'agit en réalité de la vision
d'une minorité de parlementaires et non pas celle du gouvernement
français. La France a réorienté sa politique et cela
dès 2002, quand les services du Premier Ministre abrogèrent
la MILS et son président M. Alain Vivien dut se résoudre
à démissionner après avoir été sévèrement
critiqué par les institutions internationales des droits de l'homme,
ayant causé un embarras considérable pour le gouvernement
de son pays.
Le Ministre de l'Intérieur de l'époque,
M. Nicolas Sarkozy critiqua Alain Vivien pour avoir causé une polémique
contre-productive et embarrassante. Les médias français
interprétèrent les propos du ministre, laissant entendre
qu'il faisait référence au soutien donné par Alain
Vivien aux mesures de répression des autorités chinoises
contre le Falun Gong. La même année, le ministre français
des Affaires Etrangères envoya une délégation à
la conférence de l'OSCE (Organisation pour la Sécurité
et la Coopération en Europe) qui se tenait à Varsovie. La
délégation déclara au cours de la conférence
: " Nous avons conscience que ladite mission (MILS) a généré
des incompréhensions et véhiculé une image qui ne
correspond pas à la réalité française. Le
gouvernement a engagé une réflexion de fond sur les objectifs,
le rôle, la structure de la Mission interministérielle. (..)
La délégation française se tient à la disposition
de toutes les organisations qui souhaiteraient dialoguer avec elle, dans
un esprit de totale ouverture ".
En juillet 2003, un haut responsable en charge
de la délégation du gouvernement français lors d'une
autre conférence de l'OSCE à Vienne a déclaré
: " S'agissant de la question des nouveaux mouvements religieux,
la position française a beaucoup évolué. (..) Il
ne s'agit pas de contrôler à priori, de soupçonner
en vertu de préjugés, encore moins de réprimer tel
ou tel mouvement, mais de se concentrer sur les seules dérives
ou les seuls risques avérés, en fonction du droit applicable
à tous les citoyens ".
Le 13 juillet 2004, le Ministre français
de l'Intérieur adressait une circulaire à tous les préfets.
Celle-ci précisait notamment : " Conformément à
la demande du Président de la République, exprimée
lors de son discours de Chambon-sur-Lignon du 8 juillet dernier, vous
encouragerez les maires de votre département à se mobiliser
dans la lutte contre l'intolérance et les discriminations et vous
leur apporterez le concours des services de l'Etat. (..) Je vous demande
également de prendre l'attache des responsables des cultes présents
dans votre département en temps utile, afin d'envisager avec eux
et dans la mesure où ils souhaiteront s'y engager, toute démarche
à caractère préventif, toute mesure éventuelle
de protection ou de médiation et toute initiative susceptible de
diffuser le message de tolérance et de fraternité voulu
par le Président de la République. "
Le 27 mai 2005, le Premier Ministre sortant,
Jean-Pierre Raffarin, publiait une circulaire qui annulait toute référence
à la déplorable " liste des sectes " rendue publique
dans le rapport de la Commission Parlementaire française en 1995.
Interférences de parlementaires
français en Belgique
Tandis que le gouvernement français
désavoue l'approche réactionnaire de quelques individus
responsables de l'hystérie antisecte ayant bafoué les droits
de l'homme, le gouvernement belge pour sa part s'obstine à mener
une politique d'ostracisme de ses minorités spirituelles et religieuses
qui mènera inéluctablement à une condamnation sans
appel de l'Etat par les instances internationales de défense des
droits de l'homme. Ainsi, même si la Belgique prétend ne
pas détenir de liste de sectes (celle produite par la Commission
parlementaire de 1997 n'ayant jamais été " officiellement
" approuvée), ladite liste fantôme continue régulièrement
d'être utilisée pour justifier des mesures discriminatoires
à l'encontre des nouveaux mouvements religieux.
Ces manuvres, qui ont conduit M. Philippe
Vuilque et ses collègues à recommander l'adoption par la
Belgique d'un modèle français aujourd'hui discrédité
afin de faire passer en Belgique une législation répressive,
ne laissent pas d'être intrigantes.
Le 14 février 1996, M. Alain Gest,
le président de la commission parlementaire de l'Assemblée
Nationale française de 1995, alors qu'il avait été
sévèrement critiqué sur le plan international, rendit
visite à la Belgique pour y convaincre les membres du Parlement
du bien-fondé du modèle français. Faut-il le rappeler,
l'idée d'une liste de sectes est d'ailleurs une invention française
exportée en Belgique.
Comme pour la mise sur pied de la Commission
d'enquête parlementaire belge sur les sectes, ce sont des parlementaires
français qui apportèrent leurs conseils pour la création
de l'observatoire belge, le CIAOSN. Dès 1998, M. Antoine Guerrier
de Dumast, alors rapporteur de l'Observatoire interministériel
sur les sectes en France, s'était rendu à Bruxelles pour
aider à la création du CIAOSN.
En 1999, M. Alain Vivien, alors président
de la MILS, accompagné par plusieurs de ses collaborateurs, fut
reçu en Belgique par le Ministre de l'Intérieur de l'époque,
M. Antoine Duquesne, en présence d'un représentant du cabinet
de M. le Ministre de la Justice. C'est M. Duquesne qui fut, en 1996, l'un
des principaux instigateurs de la Commission parlementaire belge sur les
sectes, dont il fut lui-même le rapporteur francophone. Cette visite
au CIAOSN fut le premier contact officiel entre la MILS et l'Observatoire
belge. Elle allait jeter les fondations et fixer les principes de leur
collaboration ultérieure.
Au sujet du CIAOSN, il faut souligner avec
intérêt que son président actuel, Henri de Cordes
fut l'attaché parlementaire de M. Duquesne à l'époque
où ce dernier oeuvrait comme rapporteur auprès de la Commission
parlementaire belge.
Le 18 septembre 2003, plusieurs médias
belges se firent l'écho de propos de M. de Cordes insistant sur
le besoin d'une loi nationale concernant " l'abus de personnes en
situation de faiblesse ". Peu de temps après, le parlementaire
MR Philippe Monfils proposait deux projets de loi sur le même sujet,
à savoir le projet de loi " visant à réprimer
l'abus frauduleux de la situation de faiblesse des personnes afin de les
pousser à un acte ou une abstention " (22 octobre 2003) et
le projet de loi " visant à protéger l'exercice des
droits garantis par la Constitution et par la Convention de sauvegarde
des droits de l'homme et des libertés fondamentales " (19
décembre 2003). Sachant que M. Henri de Cordes, alors président
adjoint de l'Observatoire, travaillait également comme collaborateur
à la chambre au groupe MR (Mouvement Réformateur), on ne
peut exclure qu'il ait pu participer à la rédaction des
deux projets " Monfils " qui ne sont d'ailleurs qu'une version
à peine redigérée des textes de loi recommandés
par le rapport parlementaire de 1997.
En juin 2004, après avoir quitté
la MILS en disgrâce et mis son gouvernement dans une position embarrassante,
Alain Vivien crut pouvoir utiliser la radio belge RTBF pour vanter la
solution à la française qu'il présenta comme la panacée
du soi-disant problème des sectes. Sauf que ladite solution à
la française n'en était plus une.
Dans l'article de juin 2005 de la Libre Belgique,
le député M.Vuilque et ses collègues ne s'y prennent
pas autrement, jouant de la même approche pour donner une idée
fausse de la politique française comme étant à l'image
de ses désirs. Il argumente fièrement sur le refus de dialogue
avec les sectes. Or cette position est contraire à la politique
d'ouverture annoncée par la délégation française
lors de la conférence de l'OSCE de 2002, à Varsovie.
En 1996, les réactionnaires français
avaient envoyé leurs émissaires pour mettre sur pied la
Commission Parlementaire d'enquête sur les Sectes en Belgique et
lui fournir des témoins qui recommandèrent l'inclusion dans
le code pénal belge du délit de " manipulation mentale
", proposition dont le rapport de la Commission se fit écho.
Ces mêmes réactionnaires essaient de nouveau de soumettre
la Belgique à leur influence.
Le député André Frédéric
dirige en ce moment un groupe de travail parlementaire sur les sectes.
Si l'on s'en réfère à ses commentaires dans la Libre
Belgique de juin dernier, il manifeste un intérêt marqué
pour la politique française pourtant aujourd'hui mise au rancart.
Il semble déterminé à s'assurer qu'aucun dialogue
ne puisse être établi avec les nouvelles religions, les travaux
du groupe de travail s'effectuant à huis clos.
Image et position diplomatique de la Belgique
Depuis que la Belgique s'est mise à
copier l'ancienne politique française de la chasse aux minorités
spirituelles et religieuses, elle a, elle aussi, fait l'objet de sévères
critiques de la part des instances internationales de défense des
droits de l'homme. Ces critiques n'en seront que plus vives si la loi
d'exception dite de " manipulation mentale " est votée
dans le pays, comme cela s'est produit pour la France. Depuis que la France
a changé sa politique dans ce domaine, des critiques internationales
à son égard sont allées en diminuant. C'est aujourd'hui
au tour de la Belgique d'être réprouvée par la communauté
internationale pour ses violations des droits de l'homme.
Il semble que des éléments réactionnaires
français, tels que M.Vuilque et ses collègues, essaient
à présent de faire de la Belgique leur nouveau terrain de
jeu, le gouvernement français ayant réalisé que l'inadéquation
de leur politique n'avait fait que jeter l'opprobre sur l'Hexagone.
Pourquoi diable la Belgique devrait-elle se
plier aux manoeuvres d'une poignée de politiciens français
s'efforçant de lui faire adopter une stratégie vouée
à l'échec dont l'aboutissement fatal - la mise en oeuvre
d'une loi d'exception - ne peut que donner lieu à une condamnation
par des instances internationales des droits de l'homme ? En tout état
de cause, la Belgique doit se mettre à jour et réaliser
que le 21ème siècle est arrivé. Les violations des
droits fondamentaux, tout comme les lois répressives, doivent devenir
réalités du passé. Plutôt que de prêter
l'oreille à quelques extrémistes français nostalgiques
pour déterminer quelle politique adopter, la Belgique se doit,
en tant que siège des institutions européennes, de regarder
vers le futur et de montrer l'exemple pour la sauvegarde des droits de
l'homme.
Correspondant CAP LC - Bruxelles
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