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CAP
LC 2008
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L'exception européenne et française |
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Dans son livre " l'Exception
européenne " Grace Davie rappelle que la sociologie des religions a
placé au centre de son débat la question de la sécularisation. Sécularisation
qualitative, avec la désacralisation des institutions et des mœurs,
sécularisation quantitative avec la diminution des membres des religions.
Cependant, il faut
distinguer la perte des croyances et la pratique proprement dite, car
on peut " croire " sans " appartenir ". La théorie classique fait de
la sécularisation quantitative et qualitative une conséquence évidente
de la modernité, de la science, de l'autonomie individuelle. Cependant,
ce schéma n'est pas vérifié dans les faits.
La théorie du "
marché des biens religieux
On peut en effet lui
opposer une théorie du " marché des biens religieux ", qui obéirait
aux mêmes règles que les autres biens et services. Dans cette nouvelle
hypothèse, le pourcentage des individus religieux dans une société donnée
dépend de la qualité et de la variété de l'offre de ces biens religieux,
et l'offre peut même créer la demande. Bien entendu, si le marché n'est
pas libre et que l'Etat établit des lois ou règlements pour maintenir
un monopole ou un oligopole, l'offre ne crée plus la demande.
Si la théorie du marché
des biens religieux semblait ne s'appliquer qu'aux Etats-Unis, et la
théorie classique d'une sécularisation inexorable à l'Europe, la sociologue
Grace Davie a montré qu'à partir de 1990, les réalités de l'Afrique,
de l'Asie et de l'Amérique Latine ont changé la donne, et le débat est
reparti de plus belle avec l'Europe de l'Est post-communiste. On parlerait
plutôt d'une dé-sécularisation, à l'échelle mondiale.
Pour l'Europe, si
" l'appartenance " semble avoir beaucoup baissé, il n'en est rien des
croyances, avec 77% des européens occidentaux s'affirmant croyants.
Par contre, on constate en Europe (par opposition aux Etats-Unis par
exemple) une intervention des Etats cherchant à faire obstacle à l'offre
et l'on peut supposer que, si cette intervention disparaissait, les
européens suivraient une évolution similaire aux autres pays.
Etat français et
Eglise Catholique, deux institutions au sort lié ?
Pour sa part, Danièle
Hervieu Léger, dans " Catholicisme, la fin d'un monde ", observe la
réalité spécifique française et croit plutôt à une nouvelle phase de
la sécularisation plutôt qu'à un nouveau marché des biens religieux.
Si l'évêque de Clermont-Ferrand a mis en garde contre l'avènement d'une
" France païenne ", la sociologue ne le suit pas quand il impute la
cause de ce phénomène à des forces externes hostiles à l'Eglise Catholique. Pendant ce temps,
de 1960 à nos jours, la transformation des modèles sociaux de la famille,
de la vie rurale, de la bio-éthique a été de pair avec un abandon des
structure " d'appartenance " - qu'il s'agisse de religion ou de politique,
à des structures " de services " auxquelles on recourt pour un besoin
particulier. La décrédibilisation de l'Eglise semble avoir précédé et
entraîné à sa suite celle de l'Etat, confusément ressenti de même :
nature dans la culture française. Mise au point de
Massimo Introvigne
S'il qualifie de très
utiles les contributions de ces deux sociologues, Massimo Introvigne
formule cependant deux critiques à l'égard des thèses de Danièle Hervieu-Léger.
D'une part, les spécificités
de l'exception française qu'elle souligne ne remettent pas en cause
la théorie du marché des biens religieux, dans la mesure où l'on constate
bien une limitation de l'offre par l'Etat, qui limite donc l'appartenance.
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