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CAP
LC 2008
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Points de vue |
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Depuis quelques temps,
une véritable bataille fait rage pour s'approprier et redéfinir le concept
de laïcité, un accès de fièvre de plus dans une lutte initiée par les
jacobins de 1789, qui se poursuit depuis bientôt deux cents ans. Cette
polémique évolue dans le contexte français marqué d'une forte centralisation
étatique, exerçant une régulation des consciences ; en témoignent les
définitions officielles et les périmètres ultra délimités de la science,
de la démocratie, de la médecine et de l'éducation. L'argument de la
"Rationalité"
Pour certains, la
laïcité serait l'avènement du paradis pour la rationalité, témoin cette
circulaire adressée par le gouvernement précédent aux établissements
scolaires qui expliquait ainsi que " l'idéal laïc passe par la prévention
contre l'irrationnel et les effets pervers du relativisme ", stigmatisant
dans la foulée toute croyance ou pratique spirituelle ou philosophique
" déviante ". Un nationalisme
laïc pour bannière
A entendre certain(e)s
philosophes, la pensée française est la pensée universelle, et inversement.
Hors de la pensée et du modèle français, point de salut. Attitude nationaliste
à peine déguisée, très imprégnée d'un dogmatisme peu défendable - mais
qui exerce une emprise certaine sur beaucoup de français à leur insu
- et qui reprend sans recul le catéchisme " républicain" de notre enfance.
Bien d'autres modèles existent en Occident dans un climat authentiquement
pluraliste.
Certains sociologues
en vue parlent même de " relents colonialistes " à propos de ce nombrilisme
et de cette arrogance française.
La laïcité serait
censée engendrer un espace public purifié de toute référence aux croyances.
Les mêmes militants
prétendent redéfinir la laïcité comme impliquant de gommer de " l'espace
public " toute référence au religieux. Il s'agit bien souvent d'une
impulsion véritablement totalitaire, quand on constate que, de leur
point de vue, l'espace public englobe le parlement et les instances
de décisions, l'enseignement, le travail, la médecine, les prestations
libérales, les salons et expositions, les rendez-vous de l'édition,
la rue, et pourquoi pas Internet. Bien au contraire,
la laïcité protège l'expression de ses croyances dans l'espace public,
à condition de ne pas les imposer aux autres, c'est d'ailleurs l'un
des fondements de la Déclaration des Droits de l'Homme.
La laïcité, un
substitut de religion ?
Beaucoup n'hésitent
pas à sacraliser la laïcité et à la présenter comme une religion de
remplacement, ou plutôt comme " la " religion qui doit supplanter toutes
les autres, sorte d'aboutissement de l' histoire, en idéalisant au passage
les " Temples de la connaissance " que seraient les écoles et une culture
commune idéale. Cependant, la laïcité
est une conception culturelle et politique, elle ne joue pas sur le
même terrain que la recherche spirituelle, et l'une ne remplace pas
l'autre, sous peine de confusion et de totalitarisme. On a vu tout au
long du XXè siècle les effets dévastateurs de la sacralisation du politique.
Prosélytisme
Dernier mensonge,
la laïcité serait également redéfinie comme l'interdiction de tout prosélytisme.
Faux, bien sûr ! La Constitution garantit la libre expression, même
publique, de ses croyances, à l'exception de certains lieux très précis
(institutions d'Etat). Cette liberté d'expression ne peut être réservée
aux seuls mouvements politiques et syndicaux !
Attitude des pouvoirs
Force est de constater
que la question agitée actuellement est très liée au côté sensationnel
des affaires de foulard islamique qui, rappelons-le, ne concerne qu'environ
deux cent jeunes filles, et que la question n'est traitée qu'en référence
à l'intégration des seuls musulmans. Ainsi, aujourd'hui, la République
" ne reconnaît aucun culte ", mais s'occupe très activement de doter
l'Islam d'une instance représentative.
Saluons cependant
au passage la création toute récente d'une commission de réflexion sur
la laïcité, comprenant des personnalités reconnues et compétentes sur
le sujet. A l'écart des batailles militantes et de l'urgence des sondages,
espérons qu'ils sauront écouter et délibérer avec sagesse.
Quelques pistes
Selon nous, qui oeuvrons
pour faire accepter en France les nouvelles tendances spirituelles,
modes de pensée et de vie, et en finir avec un ostracisme soutenu et
financé officiellement, ce débat de circonstance - comme toute loi que
l'on ferait voter à la hâte - occulte complètement le sort qui est réservé
en France aux pensées et conduites jugées " hors normes ", bien que
tout à fait acceptées dans d'autres pays européens ou occidentaux.
Nous pensons qu'il
faut revenir aux principes fondateurs de la laïcité et refuser toute
redéfinition. L'attitude qui devrait prévaloir partout dans ce débat
est le respect, respect du pays d'accueil et de ses coutumes par les
immigrés, respect des croyances et valeurs des autres peuples par le
pays hôte. La " République ",
censée protéger le libre exercice des cultes, ne peut stigmatiser tel
ou tel culte et empêcher son expression sans violer son principe de
laïcité. Elle ne peut restreindre la liberté de conscience au nom des
libertés. |
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