1er colloque sur les discriminations religieuses en France : quelle
situation ?
Colloque du
29 Mars 2003
Organisée
par le Conseil des Communautés chrétiennes d'expression africaines
en Europe, cette journée était placée sous la présidence du sociologue
Emile Poulat, directeur de recherches au CNRS, et directeur d'études
à l'Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales.
Le pasteur Dominique Kounkou, également sociologue et auteur
du livre " La religion est-elle une anomalie républicaine ? faisait
remarquer d'emblée que, en tant que communauté africaine, il y a une
double difficulté d'intégration, culturelle et religieuse. La journée
s'ouvrait ensuite sur un émouvant " Amazing Grace ", chanté a capella
par le chanteur de gospel international Marcel Boungou.
Docteur
en philosophie Ange Séverin Malanda :
Cette première intervention a essayé de replacer les religions chrétiennes
africaines dans l'histoire des religions et de la laïcité, mettant l'accent
sur le découpage habituel du champ du religieux qui ne convient pas
à la réalité des religions africaines.
Maître
Alain Garay, avocat à la Cour d'appel de Paris spécialisé dans les
problèmes religieux :
Quand on examine les moyens de défense et de protection quand une pratique
est menacée, on constate que ceux-ci ne s'improvisent pas. Trois idées
force :
1/ Importance des formes.
Dans un espace démocratique, où tout est critiquable, il faut donc établir
la réalité des atteintes aux pratiques religieuses en se basant essentiellement
sur l'article 225-1 du Code pénal, qui précise un certain nombre de
délits pouvant entraîner des pénalités, s'il y a discrimination en fonction
de l'appartenance vraie ou supposée à une religion déterminée. (Fourniture
d'un bien, entrave à l'exercice normal d'une activité, refus d'embauche
ou licenciement, subordonner la fourniture d'un bien, une embauche à
des conditions discriminatoires). Le délit est très difficile à prouver
car il s'annonce rarement comme tel. Dans de tels cas, la forme (preuves)
l'emporte souvent sur le fond (la réalité des intentions discriminatoires).
Il
y a apparemment un déficit de protection dans notre droit (pas de définition
de liberté religieuse, par exemple). Il semble cependant que les actions
de défenses constituent une dialectique émancipatrice. Il faut une évaluation
des forces en présences et un choix judicieux des moyens employés, attitude
qui déroge souvent aux traditions des mouvements religieux et spirituels.
2/
Un choix du cadre d'expression des croyances.
Celles-ci sont d'autant plus protégées qu'elles relèvent de l'exercice
d'un culte. La qualité cultuelle d'un groupement conditionne sa protection.
Le cadre cultuel entraîne de fait une responsabilité collective qui
convient bien à l'Etat.
3/
Selon A. Garay, le recours au juge ne devrait être qu'exceptionnel.
Mais il comporte des avantages : établissement d'une jurisprudence,
facteur d'honorabilité du juge, possibilité de suspendre les mesures
discriminatoires.
M.
Vianney Sevaistre, du Bureau Central des Cultes du Ministère
de l'Intérieur.
Ouvre sur la parabole du centurion dans l 'Evangile, et le rapport entre
le religieux et l'Etat, qui repose sur un malentendu. Bien souvent,
le pasteur concentre toutes les responsabilités et n'a pas les compétences
juridiques. Il faut rechercher au sein de l'administration qui est le
bon correspondant.
Puis revenant sur la notion de 'culte' selon l'Etat, qui comprend un
édifice, une célébration et une formation, dresse un panorama des exigences
d'une association cultuelle. Rappel des principes théoriques de neutralité
de l'Etat. Au nom de l'Etat, demande aux groupements à caractère religieux
de respecter certaines formes, entres autres de salarier les pasteurs.
Cet appel à satisfaire aux obligations légales ... n'a pas forcément
dissipé le malentendu, mis en évidence par les témoignages qui ont suivi,
où l'hostilité prenait prétexte d'une certaine légalité appliquée selon
deux poids mesures.
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Témoignages ---------------------
Trois pasteurs africains et deux pasteurs alsaciens ont témoigné
des difficultés qu'ils avaient enduré. Descentes de police, menottes,
reproches et suspicion financière, accusation de " troubles à l'ordre
public " utilisée abusivement à tous propos. Or, les communautés religieuses
africaines font un gros travail dans les cités pour sortir la jeunesse
de la drogue et de la violence. Deux des pasteurs étaient même d'anciens
toxicomanes qui s'en sont sortis grâce à leur foi religieuse. Rappel
à M. Sevaistre que le centurion demande à Jésus de guérir son serviteur.
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Film témoignage ---------------------
La salle a ensuite pu voir une séquence filmée montrant le cas du
Docteur Julien, injustement calomnié, et qui s'est suicidé suite
à une rumeur persistante. Ce film mettait en relief le rôle souvent
dévastateur des associations 'anti-sectes' qui répandent de fausses
informations sans aucune vérification.
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Ateliers ---------------------
9 ateliers ont
permis, en petits groupes, d'aborder diverses expériences de discrimination
dans la famille, le travail, la justice, etc. montrant la diversité
des situations prêtant le flanc à l'exclusion ou à l'injustice du fait
de son appartenance à une groupe religieux précis.Des
contacts ont d'ailleurs été tissés tout au long du colloque entre diverses
minorités spirituelles présentes, chrétiennes ou pas.
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Plusieurs points ont été rappelés, notamment le fait que les maires
ne sont pas tout-puissants et qu'ils ne peuvent interdire par exemple
le prosélytisme ou le colportage (distributions, etc.) à toute heure
et en tout endroit sous peine d'être eux-mêmes en infraction. Toujours
demander la justification de l'interdit. Les aspects de la discrimination
à l'école ont beaucoup impressionné.
Maître
Pérolier : la religion a déjà été définie en tant que telle
par une cour juridique, et elle peut être un facteur d'intégration pour
l'immigration.
Blandine
Chelini-Pont, Directrice de l'Institut de Droit et d'Histoire.
Avec le monde globalisé,
de vieilles peurs des religions ont ressurgi. Importance pour les religions
minoritaires de se fédérer pour sortir d'une " nébuleuse ", et d'un
autre côté, les fonctionnaires de l'Etat ne sont pas toujours formés
sur ce sujet, d'où l'idée d'une formation spécifique des membres de
l'Etat.
Conclusion
d'Emile POULAT :
Le pouvoir reconnaît l'autorité. Les relations humaines sont plus fortes
que le droit. Il faut revenir au monde réel et construire dans les faits
les relations entre religions et Etat.
Un
dernier gospel de Marcel Boungou nous a rappelé que, derrière ces problèmes
souvent complexes et arides, des hommes et des femmes vivent, pratiquent,
célèbrent le divin, et que l'activité religieuse et spirituelle mérite
bien une place à part dans la société et dans la législation, sans tracasseries
inutiles.
2 février 2003
Sommaire
des Points de vue
CAP pour la Liberté
de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction