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CAP
LC 2008
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CAP
Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté
thérapeutique Les
stratégies des groupes religieux minoritaires face à la
lutte anti-sectes française |
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La
France est probablement, avec la Chine, un des pays qui luttent le plus
intensément contre les non-conformismes religieux et, par contagion,
contre les nouvelles thérapies et les médecines alternatives
soupçonnées dentraîner les patients vers les
sectes. Les attaques népargnent pas les universitaires
qui travaillent sur ce terrain1. Les
membres des groupes religieux minoritaires, les médecins alternatifs,
les psychothérapeutes subissent des attaques brutales : délations,
diffamations, licenciements2. Les stratégies de relations publiques « La France a peur », formule prononcée par un présentateur de journal télévisé après un crime pédophile, pourrait résumer le message de beaucoup de journalistes à propos des groupes religieux minoritaires. Il est vrai que leur « Bible » est le Rapport denquête parlementaire (1996) incluant la quasi-totalité des non conformismes religieux présents en France sous le qualificatif de « sectes dangereuses »8. Ces dernières, par lentremise de porte parole officiels, ont tenté de corriger les aspects négatifs du rapport et, par la suite, ceux de la Mission interministérielle de lutte contre les sectes qui reprend au plan officiel le discours des ligues antisectes. Souvent en vain car, dune part, la presse ne les a pas repris, puisquaux yeux des journalistes, les groupements religieux minoritaires possèdent, par essence, les défauts quon leur attribue et quils mentent. Dautre part, dénoncer des accusations comme celles contenues dans le Rapport est dérisoire car de nouvelles accusations apparaissent sans cesse. Dès que lune delles ne provoque plus lindignation, une autre la remplace aussitôt. La controverse est infinie car elle épouse les idées du moment. Ainsi pendant lAnnée de lenfance, les sectes ont été accusées de maltraiter les enfants, puis pendant lAnnée de la femme, elles ont été accusées de ne pas respecter la parité entre les hommes et les femmes et, pendant lannée des Droits de lhomme, elles ont été accusées de ne pas respecter les Droits de lhomme. Face aux critiques médiatiques, les mouvements religieux ont engagé plusieurs actions de relations publiques. Les témoins de Jéhovah ont distribué en France 12 millions dexemplaires dun tract intitulé « Français on vous trompe » pour se défendre (29, 30 et 31 janvier 1999) ; ils ont organisé une exposition itinérante sur la déportation de leurs fidèles dans lAllemagne nazie, leur historien a publié un ouvrage sur les témoins face à lhitlérisme9 ; ils ont fait connaître les résultats dune enquête commandée à la SOFRES10 montrant que leurs fidèles sont bien insérés dans la vie sociale (par exemple dans les activités bénévoles) pour rectifier limage du Témoin replié sur lui-même, interdisant à ses enfants de participer aux loisirs périscolaires et de regarder la télévision. Enfin, ils ont organisé des conférences à lintention des soignants sur les précautions qui entourent la chirurgie sans transfusion. Limpact sur la presse a été faible sauf en ce qui concerne la déportation mais celle-ci a été minimisée à plusieurs reprises11. Les scientologues ont également organisé une exposition itinérante pour donner une image plus positive deux-mêmes ainsi que des marches pour la liberté religieuse. Ils envoient également un journal (Éthique et Liberté), qui traite de plus en plus de la liberté religieuse, à soixante mille correspondants. De leur côté, les raëliens ont décidé de porter une étoile jaune avec la mention « membre dune secte ». La stratégie de communication des groupes religieux minoritaires passe par louverture de sites sur Internet dans le but de fournir une information que la presse officielle ne donne pas ou pour corriger les présentations jugées partiales (Falun Gong, lÉglise de la Scientologie, les témoins de Jéhovah ). Mais la portée de ces sites doit être relativisée. En effet, proportionnellement, peu de gens consultent régulièrement Internet (en encore moins ses sites religieux). De plus, des sites dopposants et danciens fidèles sont apparus12. Dautre part, les groupes ne maîtrisent pas les contenus de sites créés par certains de leurs membres soucieux de défendre leur religion mais dont les discours ne correspondent pas toujours à la stratégie officielle de communication du groupe. Les groupes religieux minoritaires ont fait connaître les publications du CESNUR, fondé par Massimo Introvigne et Jean-François Mayer, car celles-ci réunissent les contributions de chercheurs qui ne reprennent pas le discours anti-secte. Dans leurs écrits, les groupes religieux minoritaires ont souvent fait référence au livre Pour en finir avec les sectes13 qui critique le rapport denquête parlementaire de 1996. De son côté, lOmnium des libertés, association fondée par Joël Labruyère14 regroupant surtout des groupes alternatifs qui luttent contre la stigmatisation sectaire dont ils sont lobjet, a organisé des procès publics dopposants aux sectes en laissant témoigner des personnes divorcées qui ont perdu la garde de leur enfant ou qui ont été licenciées à cause de leur appartenance à un groupe religieux minoritaire. Beaucoup de témoignages, souvent émouvants, ont été entendus devant des salles parfois pleines, mais la presse sen est moqué, parlant de « tribunal fantoche » téléguidé par lÉglise de la Scientologie. Un seul procès a eu un écho favorable dans lYonne Républicaine15, celui concernant le suicide, à lIsle-sur-Serein, le 6 mars 2000, du docteur Jullien. Ce psychiatre et psychanalyste, dont le centre de soins pour psychotiques et toxicomanes (appelé Epinoïa) quil avait fondé a été qualifié de secte pour des raisons de concurrence locale, a subi un harcèlement administratif quil na pas supporté. Lattitude des groupes religieux minoritaires vis-à-vis des médias est devenue ambivalente. Dun côté, ils accusent ces derniers de faire du « lynchage médiatique » mais, dautre part, ils constatent que certaines informations passent. Par exemple, les médias ont informé les Français que les témoins de Jéhovah ont été reconnus comme religion en Italie et que les scientologues lont été en Suède. La presse locale relate souvent de manière neutre les conflits qui éclatent à propos de lachat de terrain destiné à lédification dune salle de culte ou à propos dun refus du permis de conduire16. Ils décrivent parfois avec bienveillance les défis qui consistent à bâtir une Salle du Royaume en trois jours. Il est vrai que le jéhovisme fait maintenant partie du paysage religieux français. Dautre part, la presse a donné un large écho aux protestations contre la loi About-Picard visant à réduire lactivité des sectes et instituant un délit de manipulation mentale. La raison en est que des associations laïques comme la Ligue des droits de lhomme17 ont émis des réserves à son propos. Les éditoriaux et les tribunes libres ont parfois contesté les excès du projet de loi. Les Églises établies (judaïsme, catholicisme) ont montré quelques réticences bien quelles prétendent toujours que la lutte contre les sectes doit continuer. Dans ce concert médiatique autour de la loi About-Picard, il faut distinguer Réforme, Le Christianisme au XXe siècle (publications protestantes) qui se sont toujours tenus à lécart du « bruit et de la fureur » et qui se montrent favorables au combat pour la liberté religieuse et le pluralisme accepté, ainsi que des magazines de la mouvance du Nouvel âge (Les Mondes parallèle, entre autres) qui se sont indignés de la nouvelle chasse aux sorcières. Certains
mouvements ont décidé de faire connaître leurs difficultés
à des organisations non gouvernementales associées à
lO.N.U.18, auprès de la Commission européenne des
droits de lhomme, auprès du département dÉtat
américain sur la liberté religieuse et auprès du
Conseil de lEurope. Cela a été suivi par des recommandations
ou des mises en garde adressées à la France. Des représentants
du département dÉtat américain aux libertés
religieuses ont rencontré les hommes politiques français
mais laccueil a été froid. Au
plan national, les groupes religieux minoritaires et lOmnium des
libertés associatives et individuelles ont adressé des
courriers aux membres de la classe politique et ont parfois demandé
audience à des parlementaires pour les éclairer sur la
question des mouvements religieux, spirituels ou thérapeutiques.
Les résultats sont mitigés dans la mesure où peu
de politiciens se démarquent de lopinion publique ; si
certains comprennent personnellement les excès de la lutte anti-secte,
ils se conforment in fine aux vues et à la discipline de vote
de leur parti. Dautre part, ils craignent quune campagne
de rumeurs les qualifiant de pro-sectes ne soit déclenchée
et ne menace leur réélection. Les
groupes religieux ou certains de leurs fidèles ont parfois eu
recours à lédition pour faire connaître les
vicissitudes de leur mouvement, comme cest le cas de Mandaja19
qui relate les attaques subies par le Mandarom20. Parfois ce sont leurs
avocats, comme Alain Garay21 ou Jean-Pierre Joseph22, qui exposent leurs
vues à propos de la lutte anti-secte, du pluralisme religieux
ou du sort réservé à leurs clients. Dautres,
comme O. Séguy et Philippe Gast, analysent des décisions
de justice et les lois sur les non conformismes religieux dans les revues
juridiques. Ainsi, Xavier Delsol a montré les risques que fait
courir à toutes les associations profanes et aux Églises
établies limposition fiscale des dons manuels aux groupes
religieux minoritaires23 car tous relèvent de la loi de 1901.
Mais là aussi la diffusion des écrits est limitée
à un cercle restreint de lecteurs. Ils éclairent néanmoins
les juges. La stratégie juridique Les sectes et les autres non-conformismes religieux ont eu recours aux tribunaux dans plusieurs buts. Le premier est destiné à se défaire du qualificatif de secte devenu péjoratif et synonyme de dangerosité. Dans le passé, ils ny étaient pas parvenus mais récemment le député Jacques Guyard a été condamné en première instance pour avoir qualifié lAnthroposophie de secte24. Le jugement ne dit pas si cest lusage du mot secte au sens péjoratif qui est condamné ou sil sétend au concept sociologique de secte mais sil est confirmé en appel, il pourrait faire jurisprudence. De plus, la décision du juge est importante car les attendus mettent en doute la qualité du rapport denquête parlementaire. Les groupes religieux minoritaires ont également intenté de nombreux procès en diffamation contre des auteurs et des journalistes. Actuellement, le Mandarom se bat en justice pour innocenter son fondateur25 dune accusation de viol. Dautre
part, après de multiples procès devant les tribunaux administratifs,
les témoins de Jéhovah ont obtenu du Conseil dÉtat
lexonération de la taxe dhabitation et de la taxe
foncière sur leurs édifices cultuels. Ce sont des privilèges
accordés en France aux cultes reconnus, bien que le jéhovisme
nait pas encore obtenu la pleine reconnaissance comme religion
par le Bureau des cultes du ministère de lIntérieur.
De même, on la dit plus haut : ils ont fait un grand nombre
de recours auprès des tribunaux administratifs contre les refus
daccorder un permis de construire une « salle du Royaume
» et ils ont généralement gagné. La stratégie humanitaire Pour exprimer leur souci de la détresse des profanes, pour montrer leur insertion dans le monde et pour améliorer leur image, certains groupes religieux minoritaires se sont lancés dans le courant de laction humanitaire qui sest imposée comme une conception consensuelle des rapports humains, une nouvelle religion, un nouveau credo 31 depuis une quinzaine dannées. Dans
les faits, ils rejoignent laction intramondaine de lArmée
du Salut et des autres organisations caritatives liées aux Églises
établies : la Cimade et le Secours catholique32. Laction humanitaire ne fait pas partie de leur doctrine. On ne trouve pas encore chez eux l« éthique des bonnes uvres » qui nécessite léveil dun « charisme de la bonté » dont parle Max Weber. Certes, les témoins ont apporté une aide aux populations dEurope occidentale, de la Roumanie et des Philippines en 1945 mais cela fut ponctuel et ils mobilisèrent à nouveau leurs ressources dans la prédication pour « annoncer la bonne nouvelle du Royaume » et « faire des disciples », en considérant les catastrophes comme des signes de la fin des temps voulus par Dieu. Il en va de même de la Famille (ex-Enfants de Dieu)34. Après sêtre repentie de « ses erreurs », elle sest engagée, au cours les années quatre-vingt-dix, dans la voie humanitaire. La Famille sest lancée dans laide aux populations en difficulté en offrant une aide matérielle financée par des concerts et des collectes. Par exemple, ses membres affirment avoir distribué des repas, des jouets et des vêtements dans un quartier pauvre de Mexico (Noël 1995), des vêtements et des jouets à Karachi (1995), des colis à la prison de Madras (1995) et à Kobé au Japon après le tremblement de terre. En 1996, leur rapport dactivité mentionnait une prise en charge denfants palestiniens. En 1998, le rapport dactivité35 est devenu mensuel car les actions de bienfaisance se sont multipliées et semblent les occuper entièrement36. La Famille soriente vers la prise en charge dorphelins en Europe de lEst. En Russie, elle sest associée à la Croix-Rouge. Déjà dans le rapport de 1996, ces ex-Enfants de Dieu se définissaient comme une organisation sans but lucratif de volontaires37. Dans ce mouvement, laction humanitaire peut être considérée comme une application de lAmour dautrui qui a toujours été mise en relief dans leur interprétation des Évangiles. La stratégie humanitaire des témoins de Jéhovah a été payante au plan de la presse locale française, elle a surpris les municipalités qui en ont bénéficié. Quant à la Famille, qui a quasiment disparu de la France à la suite de diverses tracasseries, son action humanitaire internationale est passée sous silence. Les scientologues ont, dans une moindre mesure, adopté laction humanitaire en France comme aux États-Unis : distribution de nourriture, lutte contre lanalphabétisme, lutte contre la toxicomanie. Quand leurs actions humanitaires sont relatées, la presse considère quil sagit dun piège pour recruter des adeptes bien que leur recrutement dans les populations aidées soit certainement faible pour des raisons financières. En France, seuls les témoins de Jéhovah semblent bénéficier de leur engagement dans lespace public. Discussion-conclusion On la vu, les stratégies des mouvements religieux minoritaires face à leurs détracteurs se situent au plan de la promotion dune image auprès des journalistes et du public, au plan de la justice et au plan de linsertion dans lespace public grâce à laction humanitaire. Ces stratégies, qui ont vite rencontré leurs limites, appellent plusieurs remarques. En premier lieu, en recourant aux instances officielles de règlement des conflits, les groupes religieux minoritaires montrent quils ne sont pas radicaux au sens sociologique, même si les plus attestataires commencent à tenir des discours très critiques envers le système politico-social français. En second lieu, la lutte contre les sectes en France a mobilisé leurs fidèles et a éveillé leur sens communautaire. On trouve là un exemple de mobilisation des ressources face à des épreuves avec des conséquences parfois inattendues. Ainsi, voulant prouver à leurs détracteurs quils étaient bien une religion, les témoins de Jéhovah ont obtenu de la justice des bénéfices habituellement attribués aux Églises établies. On trouve là un exemple des effets non-voulus de laction des minorités actives anti-sectes. En troisième lieu, on constate que dans chacune des stratégies, les mouvements agissent le plus souvent seuls comme ils lont fait au début en tentant de plaider chacun quils nétaient pas une secte aux responsables locaux de la principale organisation anti-secte. Pour des raisons doctrinales, ils ne peuvent pas, en principe, sassocier pour coordonner leurs actions. La constitution dune fédération (Firephim) a échoué. De plus, les groupes qui estiment avoir des chances dêtre reconnus comme associations culturelles (loi de 1905) ou qui pensent être tolérés restent sur la réserve. Certains cachent les difficultés que leurs adeptes rencontrent dans la vie à cause de leur appartenance religieuse pour « ne pas faire de vague ». Il arrive que des fidèles qui témoignent publiquement de ces difficultés soient désavoués par leur mouvement. Toutefois, on note une évolution. Depuis trois ans, sectes ou des groupes qui leur sont assimilés acceptent de participer à des sessions publiques de témoignage sous légide de lOmnium des associations. Le projet de loi About-Picard a joué un rôle de catalyseur en poussant ces groupes à se côtoyer pour donner plus de poids à leur indignation. Ce ne sont pas toujours les groupes religieux minoritaires les plus importants et les plus connus qui sunissent. On constate que des petites associations de yoga, de médecine alternative, de sophrologie, de psychothérapie, de magnétisme qui correspondent à ce que Françoise Champion appelle la nébuleuse mystique-ésotérique ou simplement des individus qui relèvent de ces disciplines deviennent de plus en plus actifs dans la protestation, soit parce quils ont été qualifiés de sectes avec toutes les conséquences qui sensuivent, soit parce quils en ressentent la menace. Le phénomène est trop récent pour avoir été analysé mais il peut être signalé. Ces associations, qui ne disposent ni de porte-parole à temps plein, ni de moyens importants pour recourir systématiquement à la justice, et qui ne se lancent pas dans laction humanitaire, développent dautres stratégies : création de comités de patients et de sympathisants, bulletins diffusés dans leurs réseaux, conférences. Ils créent une protestation « underground ». Une ligne de séparation commence à se dessiner entre les « grands » et les « petits »38. Moins tenus à lorthodoxie de leur organisation et moins dépendants du contrôle dun siège international sur leurs stratégies, ils pourront sans doute faire preuve dune inventivité stratégique. Certains parlent dentrer en résistance
1
Voir le Bulletin du Centre contre les manipulations mentales la «
Fine équipe » (également accessible sur Internet).
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