Coordination
des Associations & Particuliers
pour la Liberté de Conscience CAP pour la
Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté
de Conviction
CAP
Liberté de Conscience - Liberté de religion - Liberté
thérapeutique
Tout ce qui est naturel peut cacher des dérives sectaires Sylvie Simon
mai 2010
Tout
ce qui est naturel peut cacher des dérives sectaires a déclaré
Georges Fenech, président de la Miviludes (Mission interministérielle
de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Il vient de
déposer son rapport annuel destiné à François
Fillon : Je lance un appel à tout le personnel médical,
à tout le système de soins français, à tous les
conseils de l'Ordre des médecins, il faut être extrêmement
vigilant. Il faut que les peines prononcées pour exercice illégal
de la médecine soient plus dissuasives.
Dans son rapport
de plus de 300 pages il faut bien justifier largent que lui octroie
lÉtat , il en consacre plus de 60 au chamanisme et aux
plantes utilisées par les chamans, et publie le témoignage,
évidemment anonyme, dune femme ayant été séduite
par un homme qui pratiquait le rituel bwiti et consommait de ligoba,
plante psychotrope largement utilisé au Gabon. On se demande quel peut
être le rapport entre ce cas dune pauvre femme séduite
par un drogué comme il en existe malheureusement beaucoup et les dérives
sectaires qui menacent la France.
Dans le chapitre
intitulé hors les murs, la Miviludes raconte ses promenades
hors des frontières hexagonales pour se répandre dans quelques
pays européens, Autriche, Pologne, Suisse, puis en Russie, dans lintention
de leur donner des conseils. Seuls 3 pays européens sur 57 : Belgique,
Autriche et Slovaquie, semblent avoir, et dans des proportions bien moindres,
une politique similaire à celle de la France en matière de dérives
sectaires. En Grande-Bretagne et en Suisse, il existe des instituts
indépendants dont la mission est de collecter des informations sur
les sectes à partir de rapports politiques ou de travaux universitaires
qui ne sont que des banques de données, mais qui n'émettent
aucun jugement de valeur, et donnent aux groupes en question la possibilité
de donner leur point de vue, alors que Monsieur Fenech estime que lon
ne discute pas avec ces gens.
La Miviludes
consacre un chapitre à la nutrition, aux régimes et compléments
alimentaires, elle fustige les thérapeutiques non conventionnelles,
la psychologie alternative, tout mode de vie non conventionnel dans
lesquels les groupes sectaires se sont engouffrés et propose
de lutter contre les infractions au titre de l'exercice illégal de
la médecine ou de la pharmacie. Nous sommes là face à
un phénomène, si on ny prend pas garde, qui peut faire
beaucoup de victimes. Daprès ces affirmations 500 000 personnes
seraient concernées directement, et parmi eux une grande partie denfants.
La dérive sectaire ne régresse pas, elle se développe
incontestablement et, selon Georges Fenech, il existerait 600 mouvements
ou pratiques qui présentent des risques, alors quen 1995, la
mission denquête parlementaire en avait dénoncé
172. Il est certain que si ces 172 groupes avaient été lobjet
de condamnations civiles ou pénales, cela aurait été
un argument majeur avancé par la Miviludes. Comme cet argument na
pas été utilisé, on peut en déduire que l'immense
majorité de ces 176 groupes n'a jamais été condamnée
ni civilement, ni pénalement. Depuis longtemps Monsieur Fenech annonce
que 80 000 enfants seraient en danger dans les sectes en France, mais il na
pu trouver que huit cas seulement qualifiés de suspects au cours de
sa carrière de dénonciateur. Ces chiffres alarmistes, totalement
fantaisistes, sont mis en avant pour susciter la peur et la suspicion de lopinion
publique, sur lequel est basé son fonds de commerce. Nous allons
établir des dossiers dans lesquels nous rassemblerons tous les signalements
que nous recevons, et ces dossiers seront consultables à
la Miviludes par les autorités publiques et les associations.
En avant-première
de ce rapport Georges Fenech a expliqué dans une interview au journal
en ligne Backchich.info du mercredi 29 avril 2009 : Par exemple, cette
année laxe fort sera la liberté denseignement. La
priorité sera donnée à lÉducation. Les enfants
nont pas à être sous la coupe réglée des
parents. Lenfant n'est pas leur propriété. Seraient-ils
devenus la propriété de lÉtat ? La Miviludes semploie
à jeter lanathème sur les parents qui veulent élever
leurs enfants à la maison, dans un contexte plus sécurisé
que dans bien des écoles où règne la violence. Ces parents,
stigmatisés comme des criminels, se trouvent désemparés
dans le climat permanent de répression qui aboutit souvent à
des descentes de gendarmes utilisés alors comme une police de
la pensée. Monsieur Fenech se sent dautant plus important
que son association a été invitée à faire partie
dun groupe dévaluation des pratiques non conventionnelles
à visée thérapeutique par le Pr Didier Houssin, directeur
général de la Santé.
On peut se demander
ce que vient faire dans un secteur quil est incapable dévaluer
un représentant de la Miviludes, composée dindividus autoproclamés
spécialistes de sectes et qui dénoncent tout ce qui, à
leurs yeux, représente un danger pour notre société et
nos enfants, comme lenseignement à domicile, les thérapies
alternatives, et surtout les refus de vaccination. Noublions pas quen
contradiction formelle avec la loi antiraciste en vigueur en France, la Miviludes
est à lorigine de 900 procédures qui ont donné
lieu à 8 actions en justice qui, pour finir, nont abouti quà
une seule condamnation, une amende de 5 000 francs. On peut ainsi constater
encore une fois le gaspillage de largent que le gouvernement lui octroie.
Il faut savoir
que l'existence même de cette mission a été remise en
question par Michèle Alliot-Marie, ministre de l'Intérieur dans
un article paru dans Le Parisien. Daprès elle, il faut assurer
la liberté de croyances de tous, et ce n'est pas à
la Miviludes de définir une politique ni de mener des actions de répression.
De leur côté,
les chercheurs en sciences sociales, dont nombre de juristes, ayant étudié
sérieusement la question des sectes, sont quasi unanimes sur labsence
de fléau social et labsence de démarche de connaissance
des pouvoirs publics sur ces questions. Si ces mouvements ne troublent pas
l'ordre public, il n'y a pas de raison de les interdire par respect pour la
liberté de conscience. Ces experts sont généralement
exclus du champ daction dorganismes comme la Miviludes qui ne
proposent pas de réflexion, mais seulement des outils de répression.
Ainsi, lhistorienne
Anne Morelli, directrice adjointe du centre interdisciplinaire d'étude
des religions et de la laïcité à l'université libre
de Bruxelles, a déclaré que : Les associations anti-sectes,
que j'ai appelé la secte des adversaires de sectes, m'inquiètent
beaucoup, que ce soit en Belgique ou en France. Ce sont des gens qui sont
braqués sur un problème et essayent de dénicher partout
leurs ennemis. Alors je pense que c'est assez inquiétant qu'ils soient
subventionnés pour faire la chasse aux sectes. Nathalie Luca,
sociologue au Centre d'études interdisciplinaires sur les faits religieux
(CNRS-EHESS), a été membre de la Miviludes jusqu'en novembre
2005, mais elle a démissionné au motif qu'elle refusait d'être
liée à un prévisible durcissement de la position de cet
organisme. Lethnologue Maurice Duval pense que la chasse aux sectes
est assez typiquement française, et que les délits sont insignifiants
en nombre et en qualité. Il explique que la lutte contre les sectes
est un ingrédient politique de premier ordre dans la mesure où,
quand il y a une peur collective, on peut manipuler les masses d'une manière
sans égale.
Quant à
Raphaël Liogier, sociologue, Directeur de l'Observatoire du religieux
dAix-en-Provence, Professeur des universités à l'Institut
d'études politiques, il déclare que : En France, la politique
anti-sectes est une politique que lon trouve essentiellement au Ministère
de lIntérieur. C'est-à-dire que cest une politique
policière, et précise : quand cest dépendant
du Ministère de la Justice, on na pas encore jugé
. Alors que policier veut dire quon a déjà jugé
que cétait dangereux a priori.
Alors quen
2008 le satanisme était lun des dangers à conjurer, dans
le rapport de 2009 cest le chamanisme déferlant et
le nutritionnisme qui sont dans le collimateur, largement repris
par les médias qui se gardent bien de dire que les partis politiques,
les publicités, les sociétés de crédit et les
religions de tous bords sont des spécialistes de la manipulation mentale.
Dans un article
publié le 13 février 2009, Le Parisien annonçait l'intention
de Georges Fenech de publier une nouvelle liste noire de sectes, sur le modèle
de celle que la commission d'enquête parlementaire de 1995 avait établie
et qui n'avait pas manqué de placer la France, au sein des instances
internationales, comme une pourfendeuse de la liberté de conscience.
Dans un courrier adressé à François Fillon, Michèle
Alliot-Marie avait fait part, de son étonnement face à
ces intentions de la Miviludes, sans concertation interministérielle
préalable et dénonçait latteinte à
la liberté de conscience, le retour en arrière, et la fragilisation
de la France sur la scène européenne et internationale.
Voyant quil
allait sans doute trop loin, Georges Fenech a remplacé l'expression
liste de sectes par référentiel des mouvances
et des pratiques témoignant de dérives sectaires. Il a
changé les mots, mais les intentions sont les mêmes.Quinze
ans plus tôt, un groupe parlementaire étudiant ce phénomène
avait publié à partir d'informations des Renseignements généraux
une liste d'environ 200 noms, vivement critiquée par les organisations
citées qui s'estimaient stigmatisées. Dix ans après,
Jean-Pierre Raffarin avait demandé quelques jours avant son départ
de Matignon le retrait de cette liste noire.
Mais le changement
de langage de la Miviludes ne trompe personne et cette pratique regrettable
du fichage ressemble à sy méprendre à l'ordonnance
du 28 février 1933 publiée par le gouvernement du Troisième
Reich dont Hitler était le chancelier, et qui établissait une
liste de sectes interdites au nom de la protection du peuple et de lÉtat.
Cette ordonnance visait à protéger non seulement la santé
physique du peuple allemand mais aussi sa santé spirituelle. Un grand
nombre ont fortement réagi, à juste titre : Est-ce possible
quà la tête dune commission nationale de rapport
sur les sectes se trouve quelquun qui na fait personnellement
aucune recherche (sinon quelques démarches minables) et qui est étonné
par exemple des résultats dune enquête menée par
les juges du pays sur le soi-disant embrigadement et dévoiement des
milliers denfants dans des sectes (en fait, cette enquête montre
quil ny a pas des milliers de cas ! Mais quau bout de deux
ans de recherches, seulement huit cas qualifiés de suspects et incertains
ont été trouvés) !
Parmi les victimes
de la police nazie, on pouvait compter, parmi bien dautres, les Témoins
de Jéhovah, les théosophes, les mouvements gnostiques, ou les
anthroposophes qui ne faisaient pas partie de la liste des sectes de la Miviludes
en 1995, mais qui y figuraient en 1999. À quand les camps de concentration
pour ces déviants, ainsi que pour tous ceux qui osent penser
différemment et ne font pas partie de la société stérilisée
que nous avons constituée ?
Quant à
ce qui concerne la santé publique, le député et magistrat
Georges Fenech, président de cette secte anti-sectaire
et victime dune véritable psychose, est peu qualifié pour
la juger. Certains praticiens, très compétents mais qui déplaisent
au pouvoir, risquent-ils de figurer sur une liste noire, comme
cest arrivé aux États-Unis pour des cinéastes qui
osaient critiquer lintervention américaine au Vietnam et qui
ont vu leurs carrières brisées et leurs familles ruinées,
par un malade mental dangereux, mais qui a sévi pendant des années
dans un pays qui se disait, lui aussi, défenseurs des libertés
?
Monsieur Fenech
va-t-il jouer le même rôle que le sénateur Joseph McCarthy,
de sinistre mémoire, qui voyait des communistes partout comme lui voit
des sectes partout ?Tout cela pourrait prêter à rire si
ces mouvements totalitaires qui utilisent souvent des pratiques coercitives
et violentes, comparables à celles des sectes quils dénoncent
nétaient pas encouragés par notre République,
réputée laïque, qui leur distribue, depuis plusieurs années,
des subsides de plusieurs centaines de milliers deuros par an.
À ce sujet,
la cour des comptes sest intéressée aux conditions demploi
du parc des véhicules banalisés de grand luxe des services centraux
de la direction générale de la police nationale, qui coûte
au contribuable 2,5 millions deuros par an et qui est mis en permanence
à la disposition de personnes nexerçant aucune fonction
au ministère. Parmi les personnes bénéficiant de ce privilège,
on découvre avec surprise le président de la Miviludes. Cette
dépense aux frais des contribuables sajoute aux nombreuses subventions
qui lui sont généreusement attribuées.
Il faut aussi
savoir que Georges Fenech, ancien partisan de la peine de mort, adepte de
la tolérance zéro, est bien plus tolérant
pour lui-même que pour les autres. Il a été reconnu coupable
dinjures publiques raciales, mais sans condamnation (en
France les politiques sont parfois coupables mais jamais condamnables). Cependant,
sa conduite la obligé à prononcer la dissolution de lAssociation
Professionnelle des magistrats quil présidait et, en décembre
1998, il a dû renoncer à sa nomination au poste de premier juge
dinstruction à Paris pour lequel il était pressenti. Le
Conseil Constitutionnel la déclaré inéligible
pour une durée d'un an à compter du 27 mars 2008 et démissionnaire
d'office car, contrairement à ses affirmations comme la
souligné le jugement, il a fait régler par des tiers des dépenses
de campagne en violation de la loi sur le financement de la vie publique.
Et cest
cet individu qui est chargé par notre Premier ministre François
Fillion de juger la culpabilité des sectes ! Jean-Pierre
Dubois, Professeur de droit public à Paris XI et président de
la Ligue des droits de l'homme (LDH) française depuis le 5 juin 2005
lexplique ainsi : L'objectif véritable en France n'est
pas la sécurité, c'est d'habituer le citoyen à être
surveillé. Et il précise : Je nai aucune idée
de la définition dune secte qui ne soit pas pour le moins périlleuse
parce que ce terme a été employé de manière très
diverse dans lhistoire, il est encore employé avec toute une
série de connotations diverses selon les personnes qui lemploient.
Je crois surtout quun État laïque nest pas légitime
à distinguer juridiquement entre les sectes, les Églises ou
plus généralement les communautés religieuses. Enfin,
la notion de comportement sectaire peut parfaitement sappliquer à
autre chose quà des communautés religieuses, par exemple,
à des partis politiques ou à dautres types dassociations.
Il nous reste
à espérer que lincompétence du sieur Fenech, qui
ne semble pas troubler le gouvernement Fillon, mènera bientôt
à la dissolution de la Miviludes, évoquée à plusieurs
reprises par certains acteurs du gouvernement.