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CAP
LC 2008
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Cet exemple nous montre quencore une fois les rapports de la Miviludes sont utilisés afin de stigmatiser des personnes ou des groupes. Linterview que nous reproduisons ci-dessous (avec l'accord de l'auteur) montre que le dialogue est possible et quà travers ce dialogue peut naître la compréhension. Présentation A quelques jours du Hellfest, Music Waves s'est penché sur ce sujet sensible source de débats houleux jusqu'à l'Assemblée Nationale... Premier volet d'un dossier construit autour de l'entretien entre le sociologue Nicolas Walzer et le prêtre Robert Culat. Article Première question pour toi Robert: Dois-je tappeler mon Père ou par ton prénom ? Robert Culat : Cela na aucune importance pour moi. Lessentiel nest pas dans les appellations (idem pour le vouvoiement ou le tutoiement) mais dans le respect. Certaines personnes mappellent "Monsieur labbé" avec une froide distance, quand ce nest pas avec un regard hautain Les chrétiens de la paroisse mappellent comme ils le sentent, et cest bien ainsi, mais javoue que je préfère la simplicité et que Robert me va très bien ! Jésus na jamais encouragé ses disciples à se faire donner des titres Après la paternité spirituelle du prêtre est une réalité magnifique, mais ça cest le fond des choses ! Peux-tu te présenter brièvement ? Robert Culat : Né en 1968 à Marseille, je me suis converti à la foi catholique à lâge de 13 ans. Jai fait des études littéraires au lycée de Cavaillon (BAC A2) et je suis entré au séminaire dAvignon (maison de formation pour les futurs prêtres) en 1986. Après le premier cycle (2 ans) jai fait mon service militaire en Allemagne (pays que jaime beaucoup). A mon retour on ma demandé de poursuivre et dachever mes études au séminaire français de Rome. Cela abouti au bout de 5 ans à une licence canonique en philosophie (cette matière a toujours eu ma préférence sur les autres au séminaire). Jai été ordonné prêtre pour le diocèse dAvignon en 1993. Depuis jai exercé divers ministères dans le Vaucluse, la plupart du temps auprès des jeunes. Je suis actuellement vicaire à Carpentras, aumônier des lycées publics et des Scouts et Guides de France. Et toi Nicolas ? Nicolas Walzer: Je suis sociologue (enseignement, publications, direction douvrages, recherche dans un laboratoire, organisation, participation à des colloques) même si jutilise beaucoup lanthropologie et la philosophie pour mes travaux (dailleurs le domaine de compétence de mon doctorat est "sciences sociales" précisément) ainsi que lhistoire (puisque jai aussi une maîtrise dhistoire). Mes thèmes de recherche : minorités culturelles et religieuses, nouvelles spiritualités, paganisme, sectes, ésotérisme, satanisme, Nietzsche A ce propos, comment peut-on humainement faire des études poussées de sociologie ? Nicolas Walzer: Cest toujours une question douloureuse pour les chercheurs en sciences humaines. Car une thèse de doctorat sur un thème culturel implique de plus en plus de sacrifices. Cela demande un très long investissement autant financier que moral et familial. Personnellement et nous sommes nombreux dans ce cas, je nai jamais reçu aucune aide financière venant de lEtat durant mes dix années post-bac (deug de Staps, ensuite maîtrise dhistoire, et enfin doctorat de sociologie). Si javais travaillé sur linsertion professionnelle, là jaurais pu trouver facilement des subventions Tout a été à mes frais : déplacements pour rencontrer les enquêtés, frais dimpressions de 400 € au total pour 8 exemplaires de ma thèse de doctorat de 700 pages , 400 € dinscription par an pendant dix ans et bien sûr toutes les dépenses de la vie quotidienne Cest dailleurs ce qui horrifie mes collègues des sciences dures qui pensent que cest tout simplement impossible de faire une thèse sans financement ou bourse Le fait que les sujets a priori "exotiques" ne soient pas financés explique pourquoi il y a peu de thèses les concernant. Tu vois donc que cela demande de véritables sacrifices sans compter le fait dêtre "zombifié" durant les quatre derniers mois de rédaction et de le faire subir à son entourage. Et toi Robert,
quest-ce qui ta poussé à être prêtre
? Et dans un second temps quand on lest devenu ; pourquoi sintéresser
au phénomène métal en général, style musical
opposé à lidée général de la religion
? Robert Culat : Le sacerdoce, le fait dêtre prêtre, ne sexplique ni ne se comprend si lon en reste justement à un horizon simplement humain. Le fait de devenir prêtre répond toujours à un appel de la part de Dieu et de lEglise. Cest une vocation, et une vocation ne peut se percevoir et se comprendre que dans la foi. Ce qui fait quun athée ne peut pas comprendre ce quest la vocation de prêtre. Comment suis-je devenu prêtre ? Chaque prêtre répondra de manière très personnelle à ta question, les itinéraires sont variés. Pour moi, en résumant au maximum, cette idée a germé en moi en même temps que ma conversion et ma première communion à lâge de 13 ans. Avec deux grandes motivations à cette époque : remercier Dieu pour le don de la foi (un trésor qui semble devenir de plus en plus rare en France !) en lui consacrant toute ma vie et le désir de célébrer la messe. Dans les années lycées, une autre grande motivation sest ajoutée : témoigner du bonheur de croire auprès des jeunes. Paradoxalement cest en constatant que la plupart des jeunes autour de moi étaient athées, ou plutôt ignorants et indifférents, que je me suis dit que ça valait le coup de donner ma vie pour plus tard être un témoin de Dieu parmi eux. Après, lEglise nous donne le temps de vérifier, avec laide dautres personnes, si notre vocation est solide : ma formation a tout de même duré 8 ans ! Et ce nest quau terme de la 6ème année que lon sengage vraiment sur ce chemin avec lordination diaconale. Et pourquoi sintéresser au phénomène métal en général, style musical opposé à lidée général de la religion ? Robert Culat : Si je me suis intéressé à la musique métal, ce nest pas par une inspiration du Saint-Esprit ! Mais tout simplement parce que mon ministère daumônier de lycée ma mis en contact avec deux métalleux en 94, et que ma curiosité intellectuelle a fait le reste, ainsi que mon goût pour les cultures "underground". Tu parles de style opposé à la religion Eh bien mon itinéraire personnel a été original, puisque jai rencontré le métal par deux jeunes catholiques qui fréquentaient laumônerie et avaient fait première communion, profession de foi et confirmation ! Pour moi cest leur look qui me semblait paradoxal par rapport à leur identité catholique, et cest dailleurs grâce à leur look que ma curiosité a voulu en savoir plus. Mais je nai pas perçu dabord le métal sous son aspect conflictuel avec la religion, tu vois pourquoi maintenant. Cest un aspect qui est venu plus tard dans ma phase de découverte. Cet aspect ne ma cependant pas arrêté, mais bien plutôt motivé à aller de lavant dans la compréhension de cette culture. Je ne me suis pas contenté de léternel constat fait dans la plupart des milieux religieux : il y a du "satanisme" dans cette musique, mais jai voulu savoir "Pourquoi ?", et cest ce qui a motivé toute ma recherche par la suite.Et toi Nicolas ? Nicolas Walzer: Pourquoi le métal ? Simplement parce que je savais comment aborder ce thème et avoir accès aux acteurs sans problèmes. Car cest souvent un gros hic pour certains chercheurs : beaucoup de milieux refusent de se laisser "disséquer" de long en large (je plaisante souvent avec cela en disant que je suis zoologue du métal tant certains cris lors de festivals font penser à des huchements, grognements animaux (rires)). Mais surtout je me suis rendu compte rapidement que ce mouvement en particulier et pour lui-même navait jamais été étudié en sociologie dans le cadre dune thèse de doctorat. Une recherche sur ce thème manquait donc beaucoup. Surtout si on compare avec le jazz, la techno, ou le rap qui ont commencé à être étudiés bien avant. Question cliché : Nicolas, toi qui étudies le métalleux de base : peux-tu nous en faire un rapide descriptif ? Nicolas Walzer: Le mouvement métal est devenu si complexe et si diversifié entre les quelques black métalleux dorigine européenne, très à droite, fans de Hate Forest, adeptes des chalets en forêt et les rappeurs/métalleux dorigine africaine, dextrême gauche, avides durbanité et fans de Rage Against The Machine ; entre le métalleux de 60 ans fan dAC/DC depuis leurs débuts au jeune de 14 ans fan du néo-metal de Slipknot quon ne peut dresser véritablement de portrait-type du "métalleux de base" aujourdhui. Jai essayé de le faire dans une interview donnée à Ouest France bien trop courte et qui tronquait forcément un peu mes travaux. Il faut donc raisonner par catégories. A ce propos,
quelles sont les catégories de métalleux possibles (la blague
du chevalier métal décliné sur les modes black, death,
glam, prog
livrant bataille de façons différentes selon
la catégorie pour sauver sa princesse ne compte pas) Nicolas Walzer: Pour catégoriser, chaque branche majeure du métal correspond à une génération de métalleux spécifique. Mon collègue et ami Alexis Mombelet a dégagé trois publics métal. Je les expose en les commentant : - le public métal souche constitué des styles fondateurs : hard rock et heavy metal avec des groupes comme AC/DC, Metallica, Iron Maiden, Led Zeppelin. Sachant que pour ce public métal souche, Black Sabbath est le groupe pionnier. Led Zeppelin, Deep Purple voire Steppenwolf jouaient du hard rock, ils représentent la transition du rock au métal. Les heavy métalleux daujourdhui ont été en premier lieu influencés par le groupe dOzzy Osbourne, fondateur de la symbolique enténébrée du métal. Ils sont les plus vieux (de 35 à 60 ans). - Le deuxième public est le public métal alternatif rassemblant des groupes hybrides avec des fans plus jeunes et adolescents, entretenant des rapports plus ou moins étroits avec dautres tribus urbaines comme le rap, le punk et surtout le hardcore. Les groupes les plus représentatifs sont Korn, Slipknot (et le phénomène du néo-métal), Marilyn Manson, Rammstein. - La dernière grande catégorisation est le public métal extrême. À linverse du public métal souche, il est plus jeune (moins toutefois que le public métal alternatif) et admet parfois des musiciens qui ne se reconnaissent pas dans les groupes fondateurs des années soixante-dix comme les black métalleux français dArkhon Infaustus dont le groupe de référence est Slayer.Pour affiner cette catégorisation, on peut établir des signes distinctifs à plusieurs tiroirs qui normalisent lappartenance métallique. On peut subsumer la tribu sous trois unités de différenciation sur lexemple des poupées russes : une unité générale qui identifie lindividu comme métalleux dans la société. Elle englobe tous les genres de métal. une sous-unité qui le différencie cette fois-ci de la gent des métalleux : il arbore le look du sous-style quil affectionne : black, death, gothic, heavy il est alors un black métalleux, un death métalleux, un heavy métalleux une troisième sous sous unité : le black métalleux ou le death métalleux se différencie de son sous-style dappartenance par un look quil veut propre à lui-même. Untel va porter ses symboles dans sa poche, untel va porter une croix égyptienne, une veste à épaulettes par souci de faire plus adulte On est ici dans un troisième ensemble particulièrement identitaire. Les processus de différenciation qui définissent ces unités successives concernent autant les tenues vestimentaires, le port des cheveux longs ou du crâne rasé, les bagues, croix et symboles, que laspect comportemental ou langagier. Le métalleux qui choisit dendosser un sous-style, veut se parer de ce quil considère comme une aura en rupture avec le précédent style quil arborait. Ce type de démarche peut se retrouver également dans les différentes adhésions aux mouvements occultistes. De nature culturelle, le passage dun groupe à un autre correspond à une évolution des idéaux de lindividu, il recherche toujours un positionnement qui épouse le plus son tempérament du moment. Mais cest avant tout "un monde" quil recherche dans le sens de monde qui enveloppe son existence. Pour finir, je précise bien que cette typologie nest pas là pour "enfermer" des comportements (en effet certains éprouvent souvent un malaise vis-à-vis des étiquettes), mais cest juste un outil méthodologique pour permettre de mieux réfléchir et débattre. Ce nest donc pas un verdict péremptoire mais une proposition pour structurer une réflexion . Bâtir des fondations saines permettant un débat riche et contradictoire. Cest le nud gordien du problème entre pro-Hellfest et anti-subventions Hellfest qui produit un dialogue de sourd. Avec des fondations branlantes, la maison sécroule Robert Culat : Les trois "types" de métalleux présentés par Nicolas correspondent bien à la réalité et sont utiles en effet pour "structurer la réflexion". Je sais à quel point beaucoup de métalleux sont allergiques à cette catégorisation. Je les comprends dailleurs. Quand on me demande comment je me situe en tant que prêtre catholique (traditionaliste, progressiste etc.), je suis légèrement agacé et jai envie de répondre que ma personnalité ne se réduit pas à une étiquette et que je me retrouve davantage dans une dénomination large comme celle de prêtre catholique justement. Dans mon livre, javais étudié ta question sous langle du tempérament. En schématisant (cest nécessaire si lon veut opérer des distinctions compréhensibles), javais repéré deux types de tempéraments métalleux : "Il nen reste pas moins vrai que du point de vue de la sociabilité on peut généralement repérer deux "tempéraments métalleux". Il y a le tempérament que nous qualifierions délitiste et de misanthrope. Les fans ayant ce tempérament considèrent que le Métal est bien plus quune simple musique. Cest quelque chose de sérieux et dexigeant. Cest quelque chose qui finit par ne faire plus quun avec leur personne et leur existence. Bref, cest un culte ! A lopposé, nous trouvons un tempérament que nous qualifierions de "bon enfant" ou "fêtard". Cest le métalleux "heureux et grégaire". Les fans ayant ce tempérament considèrent le métal comme un exutoire, un excellent moyen de se défouler. Les plus intellectuels parleront même de catharsis ou de purification. Cest ce tempérament qui est lhéritier de lesprit rock et plus tard hard rock. Bref le Métal ce nest pas fait pour "se prendre la tête". Cest juste une musique, même si cest bien sûr la meilleure du monde. Ce tempérament nexclue pas la notion de "culte". Simplement, il la vivra généralement sur un mode "festif", très différent du premier tempérament." (In Lâge du métal, page 107). Ce que jaffirme ici ainsi que la catégorisation de Nicolas ne sont pas des constatations qui ont pour but denfermer le métalleux dans une case. Une personne est toujours une réalité complexe et vivante, donc aussi capable dévolution. Ici il sagit simplement de relever une tendance dominante dans un tempérament. La description que vous en faîtes est, somme toute, très éloignée du cliché actuellement diffusé sur les médias de grande diffusion ; pourquoi ? Nicolas Walzer: Depuis longtemps, il y a un contentieux entre journalistes et sociologues. Pour moi, il ne sagit pas de condamner, dencenser ni de juger la musique métal. Il est nécessaire de la considérer comme un objet détude comme un autre. Or, justement la tradition journalistique na jamais pu entrevoir (hormis quelques cas isolés) cette musique et le satanisme autrement quen les folklorisant. Certains journalistes sont victimes de dispersion et ne prennent pas le temps minimum pour se renseigner et adopter une posture phénoménologique et compréhensive. Il sensuit des erreurs dinterprétation et des papiers que certains métalleux jugent "comiques" et dautres "révoltants". Car les journalistes qui traitent de ces questions sont souvent des "fais-diversiens" (comme ils disent dans leur jargon) et donc, ne peuvent être spécialistes de toutes les questions quils traitent. Cest le profil même du journaliste, la façon dont il a été formé qui pose problème je pense et non les personnes en elles-mêmes. Bourdieu en a très bien parlé dans son livre sur la télévision. Mais il existe bien entendu des exceptions. Robert Culat : Jai été confronté personnellement à trois reprises à des journalistes télé (TF1, M6 et ARTE). Deux mini-reportages appartiennent au passé (TF1 lors du JT de 20h et M6 pour 100% MAG), le dernier en date, plus long, devrait être diffusé sur ARTE dici la fin de lannée (TRACKS). Jai senti une nette différence entre léquipe de TF1 et celle de M6. Autant le travail des journalistes de TF1 ma semblé honnête et objectif, autant celui des journalistes de M6 ma déçu. En même temps je ne leur jette pas la pierre et je me pose la question suivante : quelle liberté réelle ont ces journalistes par rapport aux directives et à lorientation de la chaîne télé qui va leur acheter leur reportage ? Jai limpression que leur marge de manuvre est assez réduite. Le reportage de M6 (un petit reste de 2 minutes sur environ 10 heures de tournage !) est-ce que jappelle du reportage-fiction. La réalité nest pas décrite, ni observée, elle est construite dans un but bien particulier. Donc cest quelque part de la manipulation envers le téléspectateur. Je ne donnerai ici que deux exemples pour bien faire comprendre certaines méthodes de travail journalistique. Le reporter ma posé une question, jy ai répondu. 5 minutes plus tard, il me la repose, je réponds à nouveau. Il récidive une troisième fois, et là je ménerve en lui faisant remarquer que jai déjà répondu. Et lui de me dire : oui, mais il faut reformuler votre réponse, car elle est inaudible pour les téléspectateurs. Ils ne comprendront pas une réponse aussi nuancée. Donc, soyez plus direct ! En fait le journaliste veut entendre sa réponse et non pas la mienne, et cest donc un problème de taille ! Deuxième exemple : il me filme assis sur mon fauteuil, chez moi, en train découter lun de mes CD de métal, puis il arrête, en me disant : ce nest pas assez vivant, vous ne pourriez pas taper des pieds, hocher la tête (headbanging) ? Je lui réponds que je ne le fais pas dhabitude et que je ne vois pas pourquoi je prendrais une pose parce que je suis filmé pour la télé En fait, on saperçoit que les clichés ont la vie dure un peu partout : le rappeur est un jeune casseur de banlieue, lamateur de techno, un drogué et donc, le métalleux un sataniste . Pourquoi à tout prix vouloir marginaliser la jeunesse quelle qu'elle soit ? En bref, quel est lintérêt de cette culture de peur ? Mais on parlait de techno, rap il nempêche que ces cultures ont énormément de moyens dinformation : pourquoi est-ce que la culture metal est-elle si sous-médiatisée et lorsquelle lest, cest dans le cadre dune désinformation radicale qui fait que cest la seule culture dont on peut constater un certain dégoût/appréhension de la part de la société au contraire des autres ? Nicolas Walzer: Le fond du problème est que les clichés liés aux loubards typés Hells Angels, fans de Motörhead (des années 70, 80) sont toujours véhiculés par les médias en parlant des métalleux. Sauf que cela ne correspond plus à rien. Le public métal sest énormément diversifié et ce type de loubards avec leurs Harley à la Sons Of Anarchy (série américaine) est devenu ultra minoritaire. Or cela arrange énormément les médias dentretenir ce cliché. Et comme beaucoup de gens ne prennent pas le temps de vérifier ces clichés, limage du métalleux fait penser à de la délinquance. Or il faut différencier la marginalité sociale (la délinquance) qui est subie, de la marginalité culturelle (les tribus rap, techno, métal ) qui est choisie. Il sagit de deux choses bien différentes (sur lesquelles je vais revenir à la fin de cette interview). Depuis une quinzaine dannées, des centaines darticles de presse amalgament métal/gothic et satanisme jusquà véhiculer une inquiétante désinformation. Elle a entraîné des tensions dans les relations parents-adolescents. Uniquement parce quils shabillaient en noir, portaient des pendentifs et écoutaient une musique violente, certains jeunes se sont vus catalogués de "satanistes" par leurs familles et ont été obligés de se raser les cheveux, de jeter tous leurs CD, de ne plus fréquenter leurs amis, de fuguer Ces empoignades sont toujours très vivaces dans certains milieux très religieux et conservateurs, ce qui motive parfois des ruptures définitives. "La faute aux journalistes !" diraient certains. Quoi quil en soit, la plupart ne faisaient que reprendre les conclusions erronées voire diffamatoires de certaines personnes malheureusement trop écoutées par les instances officielles. Le plus grave est que ces discours alarmistes entrent parfaitement dans la logique commerciale de certaines TV comme TF1 ou M6 qui sont ravies de faire de l'audimat tout en le justifiant par la nécessité d' "informer". On a tort donc de dire que tous les médias sont contre le métal. Il ne sagit que de deux ou trois mais qui sont très influents. Les autres médias préfèrent simplement ignorer le métal, et se tournent volontiers vers le rap car ils ont limpression de "faire du social" en parlant de cette musique quils pensent liée directement aux problèmes des banlieues. Cela vient aussi dun problème de génération et de formation : les responsables de ces médias nont pas été initiés au métal et ne le seront sans doute jamais. Le formatage dans lenfance à une musique particulière qui inclue un réseau de sociabilité en accord (cest presque une loi sociologique) empêche lindividu de découvrir dautres univers musicaux. Il est très rare quun patron de chaîne de 50 ans formaté à Mozart fasse la démarche daller découvrir le métal. Cest une autre planète pour lui. Même si encore une fois, on a des exceptions mais qui restent marginales. On rencontre maintenant des hommes politiques de 50 ans qui aiment le métal, mais aussi la musique industrielle, et qui vont en concert, tout comme on a vu dernièrement une grand-mère de 80 ans qui a reçu les membres de Metallica dans son salon, groupe qui la aidé à se sortir de son cancer selon elle (ceci dit lexemple est anglo-saxon donc bien différent de la France). En voyant cette logique commerciale et clichesque fonctionner sur le cas du métal, on peut légitimement sinquiéter sur la qualité de linformation sur dautres thèmes marginaux et propices à polémique comme les sectes. Travaillant aussi sur ce thème, jai pu observer en effet la même logique anti-rigoureuse. On ne définit même pas ce quest une secte . De fait, on peut comprendre pourquoi de plus en plus de membres de cultures alternatives ne regardent plus la télé en faveur du net. On voit dailleurs que TF1 est en pleine période de restructuration à ce niveau là car leurs audiences sont historiquement très basses ces derniers temps. Robert Culat : Par rapport à un aspect soulevé ici par Nicolas, je suis heureux de constater que mon livre a parfois atteint son but en tant que "livre-dialogue", particulièrement entre des parents inquiets, souvent croyants, et leurs enfants, fan de métal. Ainsi une maman et un jeune mont remercié et même invité chez eux, car grâce à mon livre ils ont pu renouer entre eux le dialogue et mieux se comprendre. Cest la plus belle des récompenses pour moi, car elle correspond parfaitement au but de mon livre qui est dordre concret davantage que théorique : susciter au maximum le dialogue. En même temps, je ne cache pas que ma position bienveillante envers le métal, ou disons ouverte, ma causé aussi quelques petits ennuis. Des fois des adultes très effrayés par le danger que représenterait le métal pour leurs enfants me posent certaines questions. Et lorsque ma réponse ne va pas abonder dans leur sens, celui de la peur, de la condamnation et donc de linterdiction, je me fais traiter de mauvais prêtre ! Je peux être accusé de "diviser" les familles car certains jeunes ont lu mon livre et sappuient sur lui pour défendre leur passion musicale face à des parents très intransigeants. Nicolas Walzer : Robert résume ici tout lintérêt des sciences humaines : susciter le dialogue à partir dune position argumentée, distanciée et réfléchie (cest exactement ce que disait le père de lécole française de sociologie, Durkheim). Cest toujours ma motivation lorsque je publie un livre et cest semble t-il ce qui explique le succès en terme de ventes de nos ouvrages respectifs (Anthropologie du métal extrême, Du paganisme à Nietzsche.Se construire dans le métal, pour le dernier et LAge du métal, qui sont souvent achetés ensemble dailleurs). (Jen profite pour remercier ici tous les lecteurs qui mont envoyé des mails très touchant et les universitaires pour leurs demandes de conférence). source : http://www.musicwaves.fr/frmarticle.aspx?ID=312
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