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CAP
LC 2008
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Suite logique de la mélasse législative (voir précédent article), voici le salmigondis pénal ! Le ministère de la Justice vient dadresser une circulaire à lensemble des hauts magistrats judiciaires : procureurs généraux, procureurs de la République, présidents de cour dappel et de tribunaux de grande instance (circulaire CRIM SDJPG N° 11-F-190-63 du 19 septembre 2011). Cet écrit administratif sintitule : « circulaire de politique générale relative à la vigilance et la lutte contre les dérives sectaires ». Lintitulé nabuse personne. Bien que non cités expressément, seuls les « nouveaux mouvements minoritaires » sont visés et, parmi eux, les Témoins de Jéhovah qui sont pourtant établis en France depuis plus dun siècle Un mouvement qui décidément reste jeune aux yeux des pouvoirs publics. « Politique générale » ! Vous avez bien lu. Le ministère de la Justice, c'est-à-dire lEtat français, définit ainsi sa ligne de conduite, arrête son plan daction, lance son ordre de bataille. La politique de la France, faute dêtre libérale et tolérante, a au moins lavantage dêtre claire. Au-delà des belles déclarations sur « la laïcité, la tolérance, la liberté religieuse », rien na changé depuis des décennies. On reprend les mêmes : Unadfi, CCMM, Miviludes et on recommence, « Quoi de neuf sous le soleil ? » (la Bible). Que penser de cette circulaire ? Le Congrès américain a déjà réagi en adressant le 28 octobre dernier un courrier à François Fillon (voir sur le site lédito de Paul Vinel et larticle de Thierry Bécourt). KAFKA : LE RETOUR« Dérives sectaires » ! Jai plutôt limpression que ce sont lEtat et nos institutions qui partent à la « dérive » Les affaires politico-financières, les scandales au niveau de la République ne manquent pas dindigner et dinquiéter les modestes citoyens. Mais à propos, dérive par rapport à quoi ? Par rapport à un modèle de société qui simposerait à tous ? Mais, au sein dune démocratie libérale, qui est habilité à définir ce cadre standard et surtout à limposer aux autres ? Qui est autorisé à instituer un tel monde qui serait oppressant, concentrationnaire ? Ce monde kafkaïen, personne ne le désire. Franz K., le héros du livre de Kafka : « Le Procès », est broyé par les mécanismes étatiques et subit une condamnation à mort quil ne comprend pas. La France entend-t-elle réaliser un « remake » de ce drame ? Le fait de vivre et/ou de penser différemment est-il devenu un crime ? « Ne souhaitons pas que tout le monde pense comme nous. Luniformité des sentiments serait odieuse » Anatole France « LA KERMESSE DES HYPOCRITES » La circulaire souligne « quil nexiste pas en France, conformément au respect du principe de laïcité et de la liberté de conscience, de législation visant à définir une secte et à mettre en uvre conséquemment envers ses membres des mesures restrictives de droits ». Soyons conscients que si une telle législation nexiste pas en France, ce nest ni par respect du principe de laïcité, ni par souci dassurer la liberté de conscience et encore moins par absence de volonté politique (quelle soit de droite, de gauche, du centre ), mais tout simplement en raison dune évidence : limpossibilité relevée par les juridictions européenne et françaises de distinguer « secte » et « religion ». La notion, plombée dhypocrisie, de « dérives sectaires », va plonger les magistrats dans un profond brouillard où ils devront marcher à la corne de brume. Lobjet (respectable en soi) des circulaires consiste pourtant à éclairer, expliquer, simplifier les législations et les réglementations La confusion entretenue promet de sérieux maux de tête et cas de conscience à tous les destinataires de cette instruction ministérielle La « dérive sectaire » cest larlésienne cultuelle, on en parle mais personne (faute de lavoir vue) ne peut la définir. Mais ce nest pas grave. Sur la base de cette fiction complexe, les pouvoirs publics sont mobilisés au détriment de fléaux sociaux particulièrement attentatoires à la sécurité, à la paix sociale, à la stabilité et à la pérennité de la société : criminalité, drogue, chômage, crise économique et sociale, mal-être dans les cités, violences conjugales, suicides Il est vrai quil est plus aisé de faire diversion sur des sujets jugés (à tort car lopinion publique a évolué) plus fédérateurs. La recette ne date pas daujourdhui et a toujours été lapanage de gouvernements impuissants face aux problèmes à résoudre. A toutes les époques, la société a cherché des boucs émissaires qui seraient responsables de tous ses maux (les Juifs, les Jésuites, les Francs-maçons les sectes et ses « dérives »). Seules les cibles ont changé au fil des siècles. Autre hypocrisie : sagissant du « délit dabus de faiblesse sur personne en état de sujétion psychologique », la circulaire du ministère de la justice constate que « de 2004 à 2009, trente quatre condamnations de ce chef ont été enregistrées par le casier judiciaire national ». Et dajouter, quelques lignes plus loin : « il faut noter, par ailleurs, que cette infraction a pu être retenue dans des circonstances qui ne relevaient pas des dérives sectaires ». Il conviendrait, honnêteté oblige, de préciser le nombre exact des condamnations qui, pour les six années évoquées, sont directement en rapport avec le délit dabus de faiblesse résultant de pratiques sectaires. Seul ce dernier chiffre présenterait de lintérêt car il serait significatif. Une nouvelle fois on procède par voie damalgame. A ce stade de ma réflexion, une pensée me vient à lesprit. Laffaire Bétencourt et son ballet de valises ne relèvent-t-ils pas de labus de faiblesse ? Allons, ne soyons pas malpoli, ne faisons pas de mauvais esprit . ! Mais, ce nest pas tout. La circulaire évoque le texte pénal définissant le délit dabus de faiblesse dune manière pour le moins inquiétante pour les libertés individuelles : « Les termes retenus par la loi sont assez généraux et laissent au juge un large pouvoir dappréciation en fonction des faits ( ) ». « Termes ( ) assez généraux » ! « large pouvoir dappréciation » laissé au juge ! Tous les grands principes du droit pénal, du moins ceux applicables dans les démocraties libérales, sont piétinés. En effet, la garantie des citoyens et le respect des libertés individuelles exigent que toute infraction pénale soit définie de façon claire et précise, et ce pour plusieurs raisons : - Les personnes doivent savoir exactement ce qui est interdit, - Les textes pénaux étant dinterprétation stricte, il est interdit aux juges den faire une application extensive à des situations voisines. - Lapplication de la loi pénale ne doit pas être abandonnée à larbitraire dun juge, ce qui interdit le recours à « des termes généraux » (« Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser » Montesquieu). LES INSTRUMENTS DE CETTE POLICE DE LA PENSEE La circulaire, dans son ordre de mobilisation générale, nhésite pas à rappeler « les vieux de la vieille » du milieu associatif : - Lincontournable Unadfi dont le nombre dadhérents fond plus rapidement que la calotte polaire au point, semble-t-il, de ne plus remplir les conditions légales relatives à un effectif minimum (200 personnes) pour être reconnue dutilité publique. Sur le plan de lobjet social, jai déjà souligné que ce dernier était illicite dans la mesure où il porte atteinte à la liberté religieuse et au principe de laïcité. - Le CCMM qui date de lépoque néolithique de cette guerre spirituelle, - La Miviludes, cet organisme hybride, cette scorie de la laïcité, vient en renfort et apporte un semblant de caution étatique dans ce combat de labsurde. Caution timide pour éviter de commettre une violation flagrante des libertés fondamentales reconnues par la Constitution et les traités internationaux signés par la France (convention européenne des droits de lhomme et pacte des droits civils et politiques notamment). Complètent ce régiment de « bras cassés », des structures purement étatiques : - Les préfets, qui je le rappelle, représentent lEtat dans les départements, ce qui confirme quil sagit bien dune « politique » définie par lEtat. - La police nationale : la Caimades (Cellule dassistance et dintervention en matière de dérives sectaires). Il est vrai que la police, compte tenu de ses effectifs pléthoriques résultant de recrutements massifs et de la manne budgétaire procurée par notre situation économique et financière florissante, est en mesure daffecter du personnel à cette grande cause nationale. Les banlieues et les cités sont suffisamment sécurisées, les femmes peuvent librement circuler dans les transports en commun à la tombée de la nuit LA NECESSITE DE REDORER UN BLASON PARTICULIEREMENT TERNI Je relève que cette circulaire a été diffusée fin septembre, soit environ un mois avant le début de laffaire pénale qui est évoquée devant la cour dappel de Paris et qui concerne lEglise de Scientologie. Sagit-il de remotiver les magistrats à cette grande cause nationale quest la lutte contre les sectes ? La décence, le principe de séparation des pouvoirs, la neutralité commandaient au ministère de la justice de laisser les magistrats traiter cette affaire pénale en toute indépendance. Jignore totalement le contenu du dossier pénal concernant lEglise de Scientologie. Coupable, non coupable ? Cet examen appartient aux juges qui prononceront la décision « Au nom du peuple français ». Lourde responsabilité qui implique le respect du droit : « Toute personne a droit à ce que sa cause soit entendue équitablement ( ) par un tribunal indépendant et impartial ( ) » conformément à larticle 6 de la Convention européenne des droits de lhomme. Par ailleurs, léquité, autre principe fondamental issu du droit naturel, ne doit pas être absente dans cette affaire. La Justice est une valeur qui a été suffisamment dévaluée ces derniers temps. LEtat
a-t-il besoin de redorer un blason particulièrement terni ? Il est
vrai que depuis quelques mois, lEtat Français a enregistré
de sérieuses défaites, notamment dans plusieurs procès
engagés par lAssociation des Témoins de Jéhovah
de France (affaires des aumôniers, de la taxation inique
). Il
y a longtemps quil na pas enregistré de victoires susceptibles
daccréditer une politique discriminatoire engagée il
y a trois décennies. Trente ans ! En principe on accède alors
à lâge dit de raison. Maintenant, si la déficience
est congénitale, cest une autre affaire
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