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CAP
LC 2008
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TYPE DE DISCRIMINATIONS :
RUPTURES DE CONTRATS COMMERCIAUX
TEMOIGNAGE N° 10
Paris, 3 mars 2000
En tant que mère de famille, ce n’est pas facile
avec les enfants qui doivent répondre à des tas de questions à l’école. Il
faut sans arrêt justifier nos croyances religieuses. C’est quelque chose qui
sape le moral et qui est extrêmement pénible à vivre.
Chantal :
"Mon mari et moi avons une société de conseil en gestion et recrutement.
Nous ne faisons pas de recrutement nous-mêmes, mais nous donnons des outils
pour que les entreprises puissent recruter les personnes qu’elles recherchent.
Nos clients sont généralement extrêmement satisfaits de nos services.
Mon
mari est un scientologue très actif qui prend souvent la parole pour la défense
des droits de l’homme. On le voit parfois à la télévision et dans la presse
écrite. Dans Paris-Match, par exemple, il a été mis sur une liste noire. Nous
sommes régulièrement la cible d’attaques de la part de la presse parce que
nous sommes scientologues depuis une quinzaine d’années. Cela est préjudiciable
à l’entreprise et à cause de ces campagnes de dénigrement, sans arrêt, nous
devons nous battre pour essayer de récupérer les clients qui ont pris peur.
En tant que mère de famille, ce n'est pas facile
avec les enfants qui doivent répondre à des tas de questions à l'école. Il
faut sans arrêt justifier nos croyances religieuses. C’est quelque chose qui
sape le moral et qui est extrêmement pénible à vivre. Nous perdons des amis
et des relations. Il faut chaque fois rendre des comptes comme si nous étions
fautifs. Nous avons déjà dû fermer deux entreprises qui fonctionnaient très
bien et licencier une dizaine de personnes."
TEMOIGNAGE N° 18
Paris, 3 mars 2000
En tant que formateurs, si nous voulons travailler
pour des grandes organisations européennes ou françaises qui ont lu le rapport
« Les sectes et l’argent », je dois aller demander à l’ADFI un certificat
de bonne conduite.
Christian
: "En tant que psychosociologue, je dirige un organisme de formation
depuis une quinzaine d'années. Mon premier “tort” est d'enseigner différentes
disciplines psychologiques, notamment la PNL – programmation neurolinguistique
– dont on a dit, ici et là, depuis plusieurs années, que c'était une "secte".
Dans les séminaires que je peux animer dans de grandes entreprises et des
administrations, je parle assez régulièrement et très librement de spiritualité.
Je n'ai jamais appartenu à aucune organisation spirituelle, religieuse, mystique.
En
1994, j'ai lancé un mouvement politique qui a présenté une liste aux élections
européennes, pour défendre notamment la liberté de conscience et les libertés
thérapeutiques.
Il
faut croire que tout cela a dû agacer un certain nombre de gens au pouvoir
qui ont réussi à faire passer ma société de formation pour une filiale de
la Scientologie, dans le rapport parlementaire de juin 1999 intitulé “Les
sectes et l'argent”. Et cela alors même que je n'ai jamais eu aucune relation
que ce soit avec la Scientologie.
En
1996, mon entreprise était florissante avec un peu plus de six millions de
francs de chiffre d'affaires. Aujourd'hui, nous avons un peu de mal à faire
la moitié de ce chiffre d'affaires parce que, pour obtenir la même clientèle,
je dois faire à peu près trois fois plus d'efforts pour faire face aux suspicions
et aux questions. J'ai perdu plusieurs marchés depuis quelques mois avec un
certain nombre de mes clients ou futurs clients.
Un
de mes associés est allé demander à Mme Janine Tavernier un certificat de
“bonne secte” – pour avoir le droit de travailler. Celle-ci lui a dit : “Ah,
ne me demandez pas de papier... !” Nous en sommes là, aujourd'hui. En tant
que formateurs, si nous voulons travailler pour des grandes organisations
européennes ou françaises qui ont lu le rapport "Les sectes et l'argent",
je dois aller demander à l’ADFI un certificat de bonne conduite !"
TEMOIGNAGE N° 45
Paris, 3 mars 2000
Du jour au lendemain, j’ai perdu tout ce que
j’avais créé. J’ai du me battre. J’ai fait des procès aux journaux qui m’accusaient
d’espionnage... J’ai gagné la plupart des procès.
Michel
: "ingénieur, diplômé de l’Ecole polytechnique, je suis scientologue
depuis vingt-cinq ans. En 1990, j’avais une entreprise informatique, créée
avec un associé non scientologue, et elle employait 22 salariés. J’étais le
seul scientologue de l’entreprise. Le directeur commercial de notre entreprise
avait décroché une étude de faisabilité pour la mise au point d’un logiciel
permettant d’aider les interventions du RAID.
Le
RAID est une unité de policiers qui intervient en urgence dans les affaires
de prises d'otage, de terrorisme et de lutte contre les forcenés. Dans ma
naïveté, je me suis dis que ces gens méritaient d’être aidés parce qu’ils
risquaient leur vie tous les jours. Ce contrat avait été obtenu par une démarche
commerciale tout à fait normale. Cela s’est très bien passé dans mon intervention
jusqu’à ce que je sois dénoncé par la presse comme scientologue, non seulement
s’infiltrant, mais espionnant au profit d’une “secte”. Cela a fait les gros
titres, avec par exemple, dans Le Figaro : “l’Intérieur, client de la secte”…
Une cinquantaine d’articles sont parus. J’ai dû me défendre à la radio et
à la télévision. J'étais le seul scientologue dans l’entreprise, et Le Canard
enchaîné disait de nous que nous étions “Une bande de scientos s’infiltrant
dans la police”. Étant le seul scientologue, j’ai démissionné pour protéger
l’entreprise de tout cet amalgame et lui permettre d’exister. Du jour au lendemain,
j’ai perdu tout ce que j’avais créé. J’ai dû me battre. J’ai fait des procès
aux journaux qui m’accusaient d’espionnage… J’ai gagné la plupart des procès.
Dans
le journal Libération, une pleine page m’accusait d’avoir eu ce contrat grâce
à l’intervention d’une "taupe" scientologue infiltrée au ministère
de l’Intérieur. Devant le juge, l’avocat de Libération a reconnu que c’était
une erreur. Ils ont été condamnés et n’ont pas fait appel du jugement. Ce
qui montre qu’un journal de cette notoriété peut inventer de toutes pièces
une histoire comme celle-ci sans la moindre preuve… D’après ce journaliste,
la DST – Direction de la sécurité du territoire – nous en voulait fortement.
La police en France manipule les journalistes et réciproquement. Je précise
ici, en public, que je n’ai jamais livré la moindre information sur mon travail
à l'Église de Scientologie et, bien sûr, qu’elle ne me l’a jamais demandé.
Pendant que la campagne de presse battait son plein, mon associé a été voir
l’ADFI pour demander à cette association qu’elle arrête de faire cet amalgame
entre notre société et l'Église de Scientologie.
Trois
ans plus tard, après avoir refait ma vie en repartant de zéro, j’ai créé une
autre activité.
Dans
ma vie professionnelle nouvelle, qui n’a plus rien à voir avec ce que je faisais
à l’époque, je continue régulièrement à avoir des contrats interrompus sur
une décision brutale probablement due à l’intervention de la police. J’ai
demandé par l’intermédiaire de la CNIL – Commission nationale Informatique
et Liberté – à avoir accès à la fiche que les RG détiennent sur mon compte.
On m’a répondu que j’étais fiché mais que je ne pouvais pas avoir accès à
ma fiche pour des motifs de sécurité nationale. Je suis considéré comme un
individu dangereux pour la sécurité nationale, et, dans ce cas-là, le gouvernement
français a le droit de ficher des gens pour leurs opinions politiques, religieuses,
et de ne pas leur communiquer le contenu de leur fiche… Une action est en
cours devant le tribunal administratif pour que je puisse avoir accès à mon
dossier des RG. Je pense que tout cela ira jusqu’à la Cour européenne de justice.
"
TEMOIGNAGE N° 47
Rennes, 17 mai 2000
L’article était titré : « Le yoga sur la sellette ». En gros, il voulait faire passer le yoga
pour « exercice illégal de la médecine
». Tout cela parce que nous avions écrit dans notre brochure que le yoga
est une « aide pour la santé dans les moments difficiles ».
R. : "je suis professeur de yoga. J'ai créé un centre de yoga à Saint-Lô dans la Manche en 91 et j’ai également créé l’association Arc-en-Ciel. Ce centre se développait très bien grâce à l'intervention de plusieurs personnes. Par la suite, j'ai demandé à la délégation régionale " Jeunesse et Sports" comment on pourrait avoir un agrément de leur part ou quelque chose qui nous crédite auprès des écoles, car nous avons voulu développer l’enseignement pour préparer des examens.
En
96, j'ai envoyé plusieurs lettres et n'ai jamais reçu de réponses. En mai
97, un de mes élèves a appelé un numéro de téléphone officiel pour se renseigner
sur les “sectes” en Normandie. Le ministère de la Jeunesse et des Sports renseignait
les personnes désireuses de connaître les “sectes” dans la région. Hugo, mon
élève, a donc eu cette personne au téléphone qui lui a expliqué que dans la
région il y avait deux mouvements dangereux : la Fraternité blanche universelle
et Arc-en-ciel, implanté à Saint-Lô et en Bretagne, qui est une filière de
la Fraternité blanche !...
J'ai
rencontré cette dame pour lui expliquer le but de notre association, de notre
travail de développement personnel et de relaxation avec les élèves. Elle
était enfermée dans ses préjugés et me disait : “Mais écoutez, il y a un rapport
parlementaire où plusieurs associations sont dénoncées.” Sans argumenter
correctement elle nous positionnait comme une “secte” alors même que nous
n'étions pas sur la liste du rapport parlementaire. Je l'ai quand même invitée
à Saint-Lô pour visiter le centre. Elle s'est déplacée avec les délégués Jeunesse
et Sports de Saint-Lô. Nous avons de nouveau tout expliqué. Suite à cette
rencontre, elle a campé sur ses positions. De toute façon, il n'y avait pas
de dialogue.
Ensuite,
j'ai eu un contact avec un journaliste de la Manche-Libre, un journal très
lu à Saint-Lô. Il me disait qu'il avait fait une enquête sur nous et qu'il
avait préparé un article. Il disait que si je ne le recevais pas, ça serait
grave pour moi. Je me suis laissé prendre au piège. Il a fait un interview
qui était extrêmement bien préparé afin que toutes les interprétations qu'il
faisait de mes propos soient très négatives pour moi. Cet article a été publié
avec un interview qu'il a fait avec les gens du ministère.
L'article
était titré : “Le yoga sur la sellette”. En gros, il voulait faire passer
le yoga pour “exercice illégal de la médecine”. Tout cela parce que nous avions
écrit dans notre brochure que le yoga est une “aide pour la santé et les moments
difficiles”. Selon les gens du ministère, ces interventions sont “ à la limite
médicale, à la limite de la thérapeutique”. Et cela alors même que tous les
ouvrages de yoga en circulation en France depuis 40 ans parlent de ses effets
bénéfiques sur la santé. Nous avons informé depuis l’ouverture du centre de
Yoga par des brochures et dépliants sur la forme de notre travail, et nous
avons même organisé peu avant la parution de l’article une conférence sur
le sujet de la spiritualité et des “sectes” à Saint-Lô. Un élève que nous
avions formé était prêt à reprendre l'activité du Centre. Suite à cet article,
il a baissé les bras. Le Centre a donc été fermé. Plus personne ne voulait
reprendre cette activité dans ces conditions. Deux autres personnes travaillant
dans ce centre ont perdu leur emploi. Pour moi, cette situation s'est révélée
très difficile à vivre par rapport à toutes les personnes que je connaissais
en Normandie depuis une dizaine d'années. J'ai été obligé de rompre un certain
nombre de relations avec des personnes qui n'ont pas compris qu'un journal
pouvait mentir ou déformer les choses. Pour eux, tout ce qui était écrit dans
le journal était vrai. Le procès en diffamation que nous avons intenté n'a
malheureusement pas pu aboutir pour des raisons de procédures et de délais.
A
titre personnel, j'ai été démoli par cet article de presse. Je suis absolument
certain que c'était une commande. La diffamation m’a mis dans une situation
psychologique difficile et, ne pouvant plus envisager d’avenir dans la région,
j’ai été obligé de précipiter mon départ pour m’installer en Bretagne où finalement
j'ai construit à nouveau un petit centre où j’enseigne depuis un an.
Pendant
ce temps ma vie de famille se brise, j’ai divorcé et je suis passé par des
phases financières extrêmement délicates, j’ai même été au RMI, alors que
j’ai toujours été indépendant depuis l’âge de 18 ans. Ma détermination est
tout ce qui me reste pour que justice se fasse et que les personnes à l’origine
de tout cela répondent de leurs actes."