Coordination des Associations et Particuliers pour la Liberté de Conscience
Coordination des Associations & Particuliers pour la Liberté de Conscience
line
CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction
 
actualites
enquetes
revue de presse
vos droits
Aidez-nous
futur
publications
Point de vue
liens / links
telechargements
contacts
english version
CAP LC 2012
www.coordiap.com

Ecrivez-nous : 37, rue St Léonard 44000 Nantes

contact@coordiap.com
 
 

TYPE DE DISCRIMINATIONS :

CAMPAGNES DE RUMEURS

page 3/5

TEMOIGNAGE N° 36

Lyon, 28 avril 2000

Dans notre village, certaines personnes demandent à leurs enfants de ne pas parler aux nôtres parce qu’ils ne fréquentent pas l’école et qu’en conséquence, ils font donc partie d’une "secte".

Marc-André : "nous avons décidé d'instruire nous-mêmes nos enfants. Cette démarche n'est pas très courante et, dans ce genre de situation, on peut se sentir seul. Nous avons donc adhéré à une association " Les enfants d'abord ", regroupant des personnes ayant fait le même choix qui nous ont confortés dans notre démarche.

Une de mes amies qui fait l'école à ses enfants depuis très longtemps est au milieu d’une procédure de divorce. Le juge lui a retiré la garde de son enfant de 3 ans à l'époque en suivant une procédure très rapide suscitée par la peur des “sectes”. Le juge dit en gros ceci au sujet de cette amie : “Ne nie pas s'être chargée de l'instruction de ses enfants plus âgés, ce qui met le petit dernier en danger.” Dans quel contexte le fait d'exercer une liberté fondamentale peut-il vous faire perdre la garde d'un enfant ?

Un second amalgame qui a fait beaucoup de tort à l'instruction à domicile a été d'associer celle-ci avec les “sectes”. L'école à la maison fait partie des indices de comportement sectaire au même titre que le végétarisme, la méditation ou la pratique de certains arts martiaux. Le ministère de l'Education a scandaleusement déformé la réalité de l'instruction à domicile, notamment par l'inspecteur général qui est le "monsieur sectes" du ministère, également membre du conseil d'orientation de la MILS. En 97, il a utilisé la mort d'un enfant en disant ceci au journal Le Monde : “Même si l'affaire de Tabitha's Place qui est survenue le 4 avril concernait un bébé de 19 mois, mort faute de soins, et non un enfant en âge d'être scolarisé, c'est tout le problème de la santé et de l'éducation des enfants qui vivent au sein de sectes qui est posé.” C'est un mensonge parce qu'il a été établi que l'enfant n'est pas mort faute de soins. Aujourd'hui lorsqu'on leur fait passer un contrôle de connaissances, on ne leur laisse pas le temps de finir leurs exercices et ça permet ensuite de dire qu'ils n'ont pas le niveau requis. Dans un examen, si on vous laisse une heure trente pour faire ce que vous pouvez ou si, tous les quarts d'heure, on vous dit de passer à l'exercice suivant, ce n'est absolument pas la même chose.

Pourquoi cette volonté de nuire ? A l'époque le ministère estimait que le nombre d'enfants instruits à domicile ou dans des écoles hors contrat représentait 0,3% des enfants. Cela a suffi pour dire que nous serions les paravents d'une menace occulte représentée par les “sectes”. Donc, tout le mal viendrait de nous. En 98, un rapport du Sénat donne des chiffres "officiels" : 1 034 enfants sont instruits au sein d'une famille “ sectaire ”, 3 600 élèves fréquentent des établissements soupçonnés d'entretenir des liens avec une “secte” et 950 élèves suivraient des cours par correspondance pour raisons religieuses qui en réalité recouvriraient des comportements sectaires. Ces chiffres fantaisistes fondés sur les renseignements fournis par la gendarmerie, les Renseignements généraux et l'Education nationale servent à faire passer des lois qui criminalisent l'enseignement à domicile.

Si nous souhaitons faire l'école à la maison, il faut se plier à l'administration. Ce qui signifie, par exemple, recevoir des courriers où il est écrit que la liberté d'instruction est réservée à des cas exceptionnels, si les enfants sont malades, handicapés ou dans certaines situations particulières. Et cela, contrairement à la loi qui protège la liberté d'instruction. Lorsqu'on déclare vouloir instruire soi-même ses enfants, on nous envoie une feuille où sont répertoriées les différentes peines que vous encourez. Si les parents refusent de mettre à l'école des enfants qui ne seraient pas jugés au bon niveau, ils sont passibles d'une peine de six mois d'emprisonnement et de cinquante mille francs d'amende. Si vous ne vous déclarez pas en tant qu'instructeur à domicile, vous encourez dix mille francs d'amende. Si vous n'instruisez pas vos enfants vous êtes passibles de deux ans de prison et deux cent mille francs d'amende. Toutes ces intimidations contribuent à ce que ce mouvement ne prenne aucune ampleur. Si un inspecteur décide de faire réintégrer l'école à un enfant, il n'y a aucun droit de recours.

Si vous instruisez vos enfants, vous êtes déjà suspect de maltraitance. C'est ainsi que, peu avant l'adoption de ces textes, Mme Ségolène Royal, ministre déléguée à l’Education nationale, a tenu des propos offensants pour tous ceux qui ont fait le choix de l'instruction à domicile : “Bien souvent, au nom de l'instruction dans la famille, les enfants sont maintenus dans un état d'inculture, d'ignorance, ou pire encore embrigadés, aliénés, maltraités. Certains les privent de leur autonomie pour mieux les asservir ou les dominer, d'autres enfin n'hésitent pas à les conduire jusqu'au sacrifice de leurs vies.” Ces propos apparaissent totalement inadmissibles dans un Etat qui se prétend démocratique. Ils constituent une atteinte directe à l'honneur et à la probité de milliers de citoyens. Les abus et les discriminations qu'ils engendrent sont incalculables. Et ce, d'autant plus que l'Education nationale n'atteint pas les résultats qu'elle exige de ceux qui font l'éducation à la maison. On estime que 10 à 20% des enfants de l'école de la République ne savent pas lire, écrire et compter quand ils arrivent en classe de sixième. Un récent rapport de l'OCDE estime qu'il y a 40% d'illettrés, mais pour les familles faisant l'école à la maison les résultats scolaires insuffisants pourraient faire l'objet d'une peine de prison. Aux États-Unis, 1,2 à 1,6 million d'enfants sont scolarisés dans les familles avec des résultats largement supérieurs à ceux des écoles publiques. Selon un institut de recherche, le taux de réussite à des tests standardisés était de 65 à 80% pour des enfants scolarisés à domicile contre 50% pour les enfants des écoles publiques. Ce qui n'empêche pas Mme Royal de dire qu'une telle évolution ne doit en aucun cas être favorisée par la loi.

Nous assistons à une forme de harcèlement que j'aimerais dénoncer ici. Dans notre village, certaines personnes demandent à leurs enfants de ne pas parler aux nôtres parce qu'ils ne fréquentent pas l'école et qu'en conséquence ils font donc partie d'une “secte”. Nous avons jugé nécessaire d'intervenir auprès du maire et du curé pour faire cesser de telles rumeurs. A l'automne 98, juste avant l'adoption de la loi, j'ai reçu la visite de deux gendarmes qui, sans se présenter, venaient s'enquérir du mode d'instruction dans notre famille. Comme je m'étonnais de leur démarche puisque les enfants étaient régulièrement inscrits à l'académie, ils m'affirmèrent constituer leur propre fiche de renseignements. Voilà le genre d'intimidations et d'intrusions auxquelles les familles doivent désormais s'habituer ! Nous assistons à une large entreprise de normalisation qui touche non seulement les familles instructrices et les écoles parallèles, mais aussi le système scolaire tout entier. Cette action concertée est intolérante, antidémocratique par essence, parce qu'elle a pour but la négation de la dimension affective et spirituelle de l'enfant et cela dès son plus jeune âge."


TEMOIGNAGE N° 37

Lyon, 28 avril 2000

Nous étions convaincus que nous n’avions aucun rapport avec les "sectes". Mais, au fur et à mesure que les informations nous parvenaient, une évidence s’imposait. Sans être inscrits sur aucune liste, nous étions en plein dans le collimateur. L’objectif de l’oppression apparaissait au grand jour : il concernait les nouvelles spiritualités, mais aussi, l’instruction parentale, les médecines douces et le travail sur soi.

Sylvie : "Je me suis engagée dans une association pour la liberté d'instruction. Le conseil d'administration, dont je faisais partie, a décidé de laisser à chacun une totale liberté dans la mesure où cette dernière respectait les buts de l'association. Ma recherche personnelle, mon dynamisme et mon engagement intéressaient de nombreuses personnes. Je vivais donc mes prises de position et ma disponibilité pour l'association comme innovatrices et fructueuses.

Le rapport d'Alain Vivien de 1985 ne nous concernait pas. Nous étions convaincus que nous n’avions aucun rapport avec les “sectes”. Mais au fur et à mesure que les informations nous parvenaient, une évidence s'imposait. Sans être inscrits sur aucune liste, nous étions en plein dans le collimateur. L'objectif de l'oppression apparaissait au grand jour : il concernait les nouvelles spiritualités, mais, aussi, l'instruction parentale, les médecines douces et le travail sur soi. En juin 95, j'organisais dans le cadre de l'association une rencontre consacrée au thème suivant : “Connais ton enfance et tu connaîtras ton enfant”. Certains considéraient que c'était trop.

Peu à peu, chacun a pris connaissance des critères utilisés par les Renseignements généraux et des symptômes avancés par l'ADFI. La peur d'être dénoncé créa un climat malsain. Dans le contexte français de délation systématique, sont arrivées les accusations de “dérapage thérapeutique” et l'amalgame avec une “secte”.

Une famille que nous ne connaissions absolument pas s'est permis d'écrire : “Nous sommes des nouveaux venus puisqu’adhérents depuis septembre 1996, mais en l'état actuel des situations, du fonctionnement, des enjeux, des querelles, et influences de groupes de thérapie voire de communautés en passe de devenir des sectes, des vies brisées et de l'absence de débat sur la liberté d'instruction, nous sommes résignés à quitter rapidement l'association en s'assurant juridiquement par un courrier recommandé.”

Nous étions diabolisés aux yeux de personnes que nous n'avions jamais rencontrées. On nous proposait comme cible à des fanatiques. Même mes enfants étaient montrés du doigt. J'ai vécu comme une atteinte à l'honneur, à la dignité et à la liberté d'instruction la perte de ce cadre associatif qui était pour moi-même et mes enfants un lieu de rencontre et d'épanouissement. Cette affaire a été utilisée dans une histoire de divorce. La personne qui avait fait partie de notre groupe d'amis et qui connaissait l'importance qu'avait pour nous la relation mère-enfant dans les premières années de la vie, témoigna contre une de mes amies afin que son enfant, alors âgé de trois ans, lui soit retiré par procédure d'urgence pour être placé chez le père.

Lorsque le pouvoir se sent menacé par une conscience populaire qui s'organise et s'affine, il met en œuvre des processus puissants de déstabilisation qui attisent les refoulements inconscients de chacun. Tous ceux qui ont peur d'un changement mettent en place des formes de répression qui touchent personnellement chaque représentant de cette conscience en train de se développer. La déstabilisation est alors profonde et douloureuse car nous sommes touchés dans l'intimité de notre amour."

TEMOIGNAGE N° 41

Lyon, 28 avril 2000

Le journaliste m’a contacté la veille, en me demandant : « Etes-vous une secte ? » Je lui ai dit : « Si vous jugez qu’on est une secte, c’est votre problème, c’est pas le mien ». Il m’a raccroché au nez et le lendemain l’article passait. Voici un extrait de l’article : « On est en train de découvrir avec surprise l’intensité de l’activité sectaire dans le département de l’Ain... » Un avocat m’a dit que ça ne servait à rien de mener une action juridique contre la presse si on n’avait pas les moyens. 

Jacky : "je suis né pas loin d'ici dans le département de l’Ain. Ma grand-mère et ma mère soignaient par les plantes et par le magnétisme et j’en suis arrivé à créer, en 88, une association qui s’appelait “Énergie et régénération”, qui s'est transformée par la suite en "Hutipi". Je suis magnétiseur et ma compagne m’aide. Elle fait du drainage lymphatique. Les buts de l'association, c’est surtout l’amélioration des conditions de la vie par tous les moyens en accord avec la nature. Le projet principal est l’aménagement d’un lieu où les personnes pourront venir quelque temps se régénérer, se ressourcer et apprendre à mieux gérer leur santé. Voilà quelques années, j’ai rencontré un chaman amérindien, Fire Lame Deer. Son père, Tahca Ushte, était très connu parce qu’il a écrit un livre qui s’appelait De mémoire indienne. C’est lui qui nous a apporté la hutte à sudation qui est tout simplement un sauna indien qui fonctionne avec des plantes. Ce qui me plaît beaucoup, dans le système Lakota-Sioux, c’est cet immense respect de la femme, des enfants, et de notre mère la terre. Lame Deer est venu à la maison. Pendant plusieurs années, on a organisé des stages avec plus de 50 personnes. Nous avions des articles dans la presse. Lame Deer a été présenté à l’école du lieu où on habite. Il a parlé aux enfants de toutes les traditions. C’est dire qu’il n’y avait rien de caché.

Le 6 janvier 96, juste après l'affaire du Temple Solaire, le facteur nous apporte Le Progrès, avec en première page la photo de la hutte à sudation. “Plans d'Hotonnes, secte ou pas secte ? L’association qui a élu domicile dans la forêt près des Plans d'Hotonnes ne souhaite pas être considérée comme une secte malgré le décor et le discours ! Ses membres aspirent seulement à une nouvelle spiritualité qui passe par un retour à la nature.”

Le journaliste m’a contacté la veille, en me demandant : “Etes-vous une secte ?” Je lui ai dit : “ Si vous jugez qu’on est une “secte”, c’est votre problème, c’est pas le mien. ” Il m’a raccroché au nez et le lendemain l’article passait. Voici quelques extraits de l'article : “On est en train de découvrir avec surprise l’intensité de l’activité sectaire dans le département de l’Ain. Activité qui s’étend au-delà de la zone frontière avec la Suisse puisque, selon nos informations, la région des Plans d'Hotonnes et du plateau de Retords sont devenus, à l’initiative d’un guérisseur, un lieu de rendez-vous mystique. Jusqu’à présent, seuls des chasseurs et quelques randonneurs égarés sont tombés sur cet endroit insolite et plein de mystère, certains ont eu le temps d’assister à des rituels étranges. Pourtant rien n’a réellement filtré ces dernières années sur ce qui pouvait se pratiquer dans cette clairière qui se situe dans la région des Plans d'Hotonnes. Les gens qui ont installé leur campement là, l’ont fait sous couvert d’une association, même si tout laisse à penser qu’il s’agit d’une secte, avec son gourou, en l'occurrence un homme, qui joint hier au téléphone, se défendait d’être un guérisseur qui peut tout guérir… À ses adeptes ou plutôt aux membres de son association, il préconise simplement une médecine douce, un retour à la nature, et l’utilisation de plantes qui n’ont pas été hybridées. En ce qui concerne certaines maladies graves comme les cancers ou même le Sida, il avance cependant que certaines méthodes naturelles ont fait leurs preuves….

Le cérémonial de rigueur, certains week-ends, et le discours qui en constituent l’environnement font bien penser à une secte. Mais le principal intéressé refuse cette terminologie, et menace de procès ceux qui colporteraient cette idée... Actualité oblige, on s’interroge aujourd’hui à nouveau sur ce qui se passe près des Plans d’Hotonnes, où l’on vient de l’étranger pour s’y ressourcer (Suisse, Italie). On perçoit en même temps combien il est difficile d’appréhender la réalité d’une organisation sectaire et d’en évaluer la dangerosité. Dans le cas présent une foule de questions se posent...” Ils ont procédé à un montage photographique insidieux. On voit une petite cabane prise en photo assez floue : en fait ce sont les toilettes. On a donc fait un droit de réponse en reprenant l’article point par point puisqu’on nous accusait de choses plutôt surprenantes. On a montré qu'il n'y avait aucun secret puisque des articles étaient parus dans la presse sur nos activités. L'article nous faisait recommander un livre que nous n'avions même pas lu. On leur a dit : “Connaissez-vous beaucoup de sectes qui donnent à des œuvres?”. Entre 1989 et 1992, 41 800 F ont été versés en dons, à sœur Thérésa, et à Guy Gilbert, prêtre des loubards. En 1993 nous avons hébergé une famille de Bosniaques pendant 8 mois. Trois autres familles, membres de l’association, en ont également accueillis. Nous précisons aussi que nous ne touchons rien de quelque organisme que ce soit concernant l’accueil des jeunes en difficultés. Pour ce qui est des rituels étranges, il s’agit d’un sauna traditionnel indien qui fait partie de l’enseignement de Fire Lame Deer, Sioux Lakota, Chef spirituel Lakota. Celui-ci nous enseigne aussi la sagesse indienne, le respect de la femme, de la terre, de tout ce qui vit.

On a vu le journaliste. J’avais fait venir à la maison un membre de l’association, qui était ingénieur des eaux et forêts, donc assermenté. Il y avait aussi le maire du pays et le président de l'association. Il a toujours répondu à côté de la plaque et il en a rajouté. Finalement, notre droit de réponse a tenu en 10 lignes. Un avocat m'a dit que ça ne servait à rien de mener une action juridique contre la presse si on n’avait pas les moyens.

Nous avons d'ailleurs demandé conseil à Madame la procureur de la République de Bourg-en-Bresse qui, en gros, nous a répondu qu’il fallait se débrouiller avec la juridiction compétente. Dans la foulée, elle nous demande les autorisations et les agréments que nous avons de la part des autorités de justice pour recevoir des jeunes gens qui sortent de prison et que l'association prenait en charge gratuitement. Nous avions plusieurs lettres de juges qui nous confiaient des jeunes."

Page antérieure Haut de page Page suivante