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CAP
LC 2008
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TYPE DE DISCRIMINATIONS :
CAMPAGNES DE RUMEURS
page 3/5
Lyon, 28 avril 2000
Dans notre village, certaines personnes demandent
à leurs enfants de ne pas parler aux nôtres parce qu’ils ne fréquentent pas
l’école et qu’en conséquence, ils font donc partie d’une "secte".
Marc-André
: "nous avons décidé d'instruire nous-mêmes nos enfants. Cette démarche
n'est pas très courante et, dans ce genre de situation, on peut se sentir
seul. Nous avons donc adhéré à une association " Les enfants d'abord
", regroupant des personnes ayant fait le même choix qui nous ont confortés
dans notre démarche.
Une de
mes amies qui fait l'école à ses enfants depuis très longtemps est au milieu
d’une procédure de divorce. Le juge lui a retiré la garde de son enfant de
3 ans à l'époque en suivant une procédure très rapide suscitée par la peur
des “sectes”. Le juge dit en gros ceci au sujet de cette amie : “Ne nie pas
s'être chargée de l'instruction de ses enfants plus âgés, ce qui met le petit
dernier en danger.” Dans quel contexte le fait d'exercer une liberté fondamentale
peut-il vous faire perdre la garde d'un enfant ?
Un second
amalgame qui a fait beaucoup de tort à l'instruction à domicile a été d'associer
celle-ci avec les “sectes”. L'école à la maison fait partie des indices de
comportement sectaire au même titre que le végétarisme, la méditation ou la
pratique de certains arts martiaux. Le ministère de l'Education a scandaleusement
déformé la réalité de l'instruction à domicile, notamment par l'inspecteur
général qui est le "monsieur sectes" du ministère, également membre
du conseil d'orientation de la MILS. En 97, il a utilisé la mort d'un enfant
en disant ceci au journal Le Monde : “Même si l'affaire de Tabitha's Place qui est survenue
le 4 avril concernait un bébé de 19 mois, mort faute de soins, et non un enfant
en âge d'être scolarisé, c'est tout le problème de la santé et de l'éducation
des enfants qui vivent au sein de sectes qui est posé.” C'est un mensonge
parce qu'il a été établi que l'enfant n'est pas mort faute de soins. Aujourd'hui
lorsqu'on leur fait passer un contrôle de connaissances, on ne leur laisse
pas le temps de finir leurs exercices et ça permet ensuite de dire qu'ils
n'ont pas le niveau requis. Dans un examen, si on vous laisse une heure trente
pour faire ce que vous pouvez ou si, tous les quarts d'heure, on vous dit
de passer à l'exercice suivant, ce n'est absolument pas la même chose.
Pourquoi
cette volonté de nuire ? A l'époque le ministère estimait que le nombre d'enfants
instruits à domicile ou dans des écoles hors contrat représentait 0,3% des
enfants. Cela a suffi pour dire que nous serions les paravents d'une menace
occulte représentée par les “sectes”. Donc, tout le mal viendrait de nous.
En 98, un rapport du Sénat donne des chiffres "officiels" : 1 034
enfants sont instruits au sein d'une famille “ sectaire ”, 3 600 élèves fréquentent
des établissements soupçonnés d'entretenir des liens avec une “secte” et 950
élèves suivraient des cours par correspondance pour raisons religieuses qui
en réalité recouvriraient des comportements sectaires. Ces chiffres fantaisistes
fondés sur les renseignements fournis par la gendarmerie, les Renseignements
généraux et l'Education nationale servent à faire passer des lois qui criminalisent
l'enseignement à domicile.
Si nous
souhaitons faire l'école à la maison, il faut se plier à l'administration.
Ce qui signifie, par exemple, recevoir des courriers où il est écrit que la
liberté d'instruction est réservée à des cas exceptionnels, si les enfants
sont malades, handicapés ou dans certaines situations particulières. Et cela,
contrairement à la loi qui protège la liberté d'instruction. Lorsqu'on déclare
vouloir instruire soi-même ses enfants, on nous envoie une feuille où sont
répertoriées les différentes peines que vous encourez. Si les parents refusent
de mettre à l'école des enfants qui ne seraient pas jugés au bon niveau, ils
sont passibles d'une peine de six mois d'emprisonnement et de cinquante mille
francs d'amende. Si vous ne vous déclarez pas en tant qu'instructeur à domicile,
vous encourez dix mille francs d'amende. Si vous n'instruisez pas vos enfants
vous êtes passibles de deux ans de prison et deux cent mille francs d'amende.
Toutes ces intimidations contribuent à ce que ce mouvement ne prenne aucune
ampleur. Si un inspecteur décide de faire réintégrer l'école à un enfant,
il n'y a aucun droit de recours.
Si vous
instruisez vos enfants, vous êtes déjà suspect de maltraitance. C'est ainsi
que, peu avant l'adoption de ces textes, Mme Ségolène Royal, ministre déléguée
à l’Education nationale, a tenu des propos offensants pour tous ceux qui ont
fait le choix de l'instruction à domicile : “Bien souvent, au nom de l'instruction
dans la famille, les enfants sont maintenus dans un état d'inculture, d'ignorance,
ou pire encore embrigadés, aliénés, maltraités. Certains les privent de leur
autonomie pour mieux les asservir ou les dominer, d'autres enfin n'hésitent
pas à les conduire jusqu'au sacrifice de leurs vies.” Ces propos apparaissent
totalement inadmissibles dans un Etat qui se prétend démocratique. Ils constituent
une atteinte directe à l'honneur et à la probité de milliers de citoyens.
Les abus et les discriminations qu'ils engendrent sont incalculables. Et ce,
d'autant plus que l'Education nationale n'atteint pas les résultats qu'elle
exige de ceux qui font l'éducation à la maison. On estime que 10 à 20% des
enfants de l'école de la République ne savent pas lire, écrire et compter
quand ils arrivent en classe de sixième. Un récent rapport de l'OCDE estime
qu'il y a 40% d'illettrés, mais pour les familles faisant l'école à la maison
les résultats scolaires insuffisants pourraient faire l'objet d'une peine
de prison. Aux États-Unis, 1,2 à 1,6 million d'enfants sont scolarisés dans
les familles avec des résultats largement supérieurs à ceux des écoles publiques.
Selon un institut de recherche, le taux de réussite à des tests standardisés
était de 65 à 80% pour des enfants scolarisés à domicile contre 50% pour les
enfants des écoles publiques. Ce qui n'empêche pas Mme Royal de dire qu'une
telle évolution ne doit en aucun cas être favorisée par la loi.
Nous assistons
à une forme de harcèlement que j'aimerais dénoncer ici. Dans notre village,
certaines personnes demandent à leurs enfants de ne pas parler aux nôtres
parce qu'ils ne fréquentent pas l'école et qu'en conséquence ils font donc
partie d'une “secte”. Nous avons jugé nécessaire d'intervenir auprès du maire
et du curé pour faire cesser de telles rumeurs. A l'automne 98, juste avant
l'adoption de la loi, j'ai reçu la visite de deux gendarmes qui, sans se présenter,
venaient s'enquérir du mode d'instruction dans notre famille. Comme je m'étonnais
de leur démarche puisque les enfants étaient régulièrement inscrits à l'académie,
ils m'affirmèrent constituer leur propre fiche de renseignements. Voilà le
genre d'intimidations et d'intrusions auxquelles les familles doivent désormais
s'habituer ! Nous assistons à une large entreprise de normalisation qui touche
non seulement les familles instructrices et les écoles parallèles, mais aussi
le système scolaire tout entier. Cette action concertée est intolérante, antidémocratique
par essence, parce qu'elle a pour but la négation de la dimension affective
et spirituelle de l'enfant et cela dès son plus jeune âge."
TEMOIGNAGE N° 37
Lyon,
28 avril 2000
Nous étions convaincus que nous n’avions aucun
rapport avec les "sectes". Mais, au fur et à mesure que les informations
nous parvenaient, une évidence s’imposait. Sans être inscrits sur aucune liste,
nous étions en plein dans le collimateur. L’objectif de l’oppression apparaissait
au grand jour : il concernait les nouvelles spiritualités, mais aussi, l’instruction
parentale, les médecines douces et le travail sur soi.
Sylvie
: "Je me suis engagée dans une association pour la liberté d'instruction.
Le conseil d'administration, dont je faisais partie, a décidé de laisser à
chacun une totale liberté dans la mesure où cette dernière respectait les
buts de l'association. Ma recherche personnelle, mon dynamisme et mon engagement
intéressaient de nombreuses personnes. Je vivais donc mes prises de position
et ma disponibilité pour l'association comme innovatrices et fructueuses.
Le
rapport d'Alain Vivien de 1985 ne nous concernait pas. Nous étions convaincus
que nous n’avions aucun rapport avec les “sectes”. Mais au fur et à mesure
que les informations nous parvenaient, une évidence s'imposait. Sans être
inscrits sur aucune liste, nous étions en plein dans le collimateur. L'objectif
de l'oppression apparaissait au grand jour : il concernait les nouvelles spiritualités,
mais, aussi, l'instruction parentale, les médecines douces et le travail sur
soi. En juin 95, j'organisais dans le cadre de l'association une rencontre
consacrée au thème suivant : “Connais ton enfance et tu connaîtras ton enfant”.
Certains considéraient que c'était trop.
Peu
à peu, chacun a pris connaissance des critères utilisés par les Renseignements
généraux et des symptômes avancés par l'ADFI. La peur d'être dénoncé créa
un climat malsain. Dans le contexte français de délation systématique, sont
arrivées les accusations de “dérapage thérapeutique” et l'amalgame avec une
“secte”.
Une
famille que nous ne connaissions absolument pas s'est permis d'écrire : “Nous
sommes des nouveaux venus puisqu’adhérents depuis septembre 1996, mais en
l'état actuel des situations, du fonctionnement, des enjeux, des querelles,
et influences de groupes de thérapie voire de communautés en passe de devenir
des sectes, des vies brisées et de l'absence de débat sur la liberté d'instruction,
nous sommes résignés à quitter rapidement l'association en s'assurant juridiquement
par un courrier recommandé.”
Nous
étions diabolisés aux yeux de personnes que nous n'avions jamais rencontrées.
On nous proposait comme cible à des fanatiques. Même mes enfants étaient montrés
du doigt. J'ai vécu comme une atteinte à l'honneur, à la dignité et à la liberté
d'instruction la perte de ce cadre associatif qui était pour moi-même et mes
enfants un lieu de rencontre et d'épanouissement. Cette affaire a été utilisée
dans une histoire de divorce. La personne qui avait fait partie de notre groupe
d'amis et qui connaissait l'importance qu'avait pour nous la relation mère-enfant
dans les premières années de la vie, témoigna contre une de mes amies afin
que son enfant, alors âgé de trois ans, lui soit retiré par procédure d'urgence
pour être placé chez le père.
Lorsque
le pouvoir se sent menacé par une conscience populaire qui s'organise et s'affine,
il met en œuvre des processus puissants de déstabilisation qui attisent les
refoulements inconscients de chacun. Tous ceux qui ont peur d'un changement
mettent en place des formes de répression qui touchent personnellement chaque
représentant de cette conscience en train de se développer. La déstabilisation
est alors profonde et douloureuse car nous sommes touchés dans l'intimité
de notre amour."
TEMOIGNAGE N° 41
Lyon, 28 avril 2000
Le journaliste m’a contacté la veille, en me
demandant : « Etes-vous une secte ? » Je lui ai dit : « Si vous jugez qu’on
est une secte, c’est votre problème, c’est pas le mien ». Il m’a raccroché
au nez et le lendemain l’article passait. Voici un extrait de l’article :
« On est en train de découvrir avec surprise
l’intensité de l’activité sectaire dans le département de l’Ain... » Un
avocat m’a dit que ça ne servait à rien de mener une action juridique contre
la presse si on n’avait pas les moyens.
Jacky :
"je suis né pas loin d'ici dans le département de l’Ain. Ma grand-mère
et ma mère soignaient par les plantes et par le magnétisme et j’en suis arrivé
à créer, en 88, une association qui s’appelait “Énergie et régénération”, qui s'est transformée par la suite en "Hutipi".
Je suis magnétiseur et ma compagne m’aide. Elle fait du drainage lymphatique.
Les buts de l'association, c’est surtout l’amélioration des conditions de
la vie par tous les moyens en accord avec la nature. Le projet principal est
l’aménagement d’un lieu où les personnes pourront venir quelque temps se régénérer,
se ressourcer et apprendre à mieux gérer leur santé. Voilà quelques années,
j’ai rencontré un chaman amérindien, Fire Lame Deer. Son père, Tahca Ushte,
était très connu parce qu’il a écrit un livre qui s’appelait De mémoire indienne.
C’est lui qui nous a apporté la hutte à sudation qui est tout simplement un
sauna indien qui fonctionne avec des plantes. Ce qui me plaît beaucoup, dans
le système Lakota-Sioux, c’est cet immense respect de la femme, des enfants,
et de notre mère la terre. Lame Deer est venu à la maison. Pendant plusieurs
années, on a organisé des stages avec plus de 50 personnes. Nous avions des
articles dans la presse. Lame Deer a été présenté à l’école du lieu où on
habite. Il a parlé aux enfants de toutes les traditions. C’est dire qu’il
n’y avait rien de caché.
Le 6 janvier
96, juste après l'affaire du Temple Solaire, le facteur nous apporte Le Progrès,
avec en première page la photo de la hutte à sudation. “Plans d'Hotonnes,
secte ou pas secte ? L’association qui a élu domicile dans la forêt près des
Plans d'Hotonnes ne souhaite pas être considérée comme une secte malgré le
décor et le discours ! Ses membres aspirent seulement à une nouvelle spiritualité
qui passe par un retour à la nature.”
Le journaliste m’a contacté la veille, en me demandant : “Etes-vous une secte ?” Je lui ai dit : “ Si vous jugez qu’on est une “secte”, c’est votre problème, c’est pas le mien. ” Il m’a raccroché au nez et le lendemain l’article passait. Voici quelques extraits de l'article : “On est en train de découvrir avec surprise l’intensité de l’activité sectaire dans le département de l’Ain. Activité qui s’étend au-delà de la zone frontière avec la Suisse puisque, selon nos informations, la région des Plans d'Hotonnes et du plateau de Retords sont devenus, à l’initiative d’un guérisseur, un lieu de rendez-vous mystique. Jusqu’à présent, seuls des chasseurs et quelques randonneurs égarés sont tombés sur cet endroit insolite et plein de mystère, certains ont eu le temps d’assister à des rituels étranges. Pourtant rien n’a réellement filtré ces dernières années sur ce qui pouvait se pratiquer dans cette clairière qui se situe dans la région des Plans d'Hotonnes. Les gens qui ont installé leur campement là, l’ont fait sous couvert d’une association, même si tout laisse à penser qu’il s’agit d’une secte, avec son gourou, en l'occurrence un homme, qui joint hier au téléphone, se défendait d’être un guérisseur qui peut tout guérir… À ses adeptes ou plutôt aux membres de son association, il préconise simplement une médecine douce, un retour à la nature, et l’utilisation de plantes qui n’ont pas été hybridées. En ce qui concerne certaines maladies graves comme les cancers ou même le Sida, il avance cependant que certaines méthodes naturelles ont fait leurs preuves….
Le cérémonial
de rigueur, certains week-ends, et le discours qui en constituent l’environnement
font bien penser à une secte. Mais le principal intéressé refuse cette terminologie,
et menace de procès ceux qui colporteraient cette idée... Actualité oblige,
on s’interroge aujourd’hui à nouveau sur ce qui se passe près des Plans d’Hotonnes,
où l’on vient de l’étranger pour s’y ressourcer (Suisse, Italie). On perçoit
en même temps combien il est difficile d’appréhender la réalité d’une organisation
sectaire et d’en évaluer la dangerosité. Dans le cas présent une foule de
questions se posent...” Ils ont procédé à un montage photographique insidieux.
On voit une petite cabane prise en photo assez floue : en fait ce sont les
toilettes. On a donc fait un droit de réponse en reprenant l’article point
par point puisqu’on nous accusait de choses plutôt surprenantes. On a montré
qu'il n'y avait aucun secret puisque des articles étaient parus dans la presse
sur nos activités. L'article nous faisait recommander un livre que nous n'avions
même pas lu. On leur a dit : “Connaissez-vous
beaucoup de sectes qui donnent à des œuvres?”. Entre 1989 et 1992, 41
800 F ont été versés en dons, à sœur Thérésa, et à Guy Gilbert, prêtre des
loubards. En 1993 nous avons hébergé une famille de Bosniaques pendant 8 mois.
Trois autres familles, membres de l’association, en ont également accueillis.
Nous précisons aussi que nous ne touchons rien de quelque organisme que ce
soit concernant l’accueil des jeunes en difficultés. Pour ce qui est des rituels
étranges, il s’agit d’un sauna traditionnel indien qui fait partie de l’enseignement
de Fire Lame Deer, Sioux Lakota, Chef spirituel Lakota. Celui-ci nous enseigne
aussi la sagesse indienne, le respect de la femme, de la terre, de tout ce
qui vit.
On a vu
le journaliste. J’avais fait venir à la maison un membre de l’association,
qui était ingénieur des eaux et forêts, donc assermenté. Il y avait aussi
le maire du pays et le président de l'association. Il a toujours répondu à
côté de la plaque et il en a rajouté. Finalement, notre droit de réponse a
tenu en 10 lignes. Un avocat m'a dit que ça ne servait à rien de mener une
action juridique contre la presse si on n’avait pas les moyens.
Nous avons d'ailleurs demandé conseil à Madame la procureur de la République de Bourg-en-Bresse qui, en gros, nous a répondu qu’il fallait se débrouiller avec la juridiction compétente. Dans la foulée, elle nous demande les autorisations et les agréments que nous avons de la part des autorités de justice pour recevoir des jeunes gens qui sortent de prison et que l'association prenait en charge gratuitement. Nous avions plusieurs lettres de juges qui nous confiaient des jeunes."
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