
Éditions Gallimard, collection "Folio".
Le tambour - Quand j'ai dîné, il y a des fois que je sens une espèce de démangeaison ici. Ça me chatouille, ou plutôt ça me gratouille. Knock - Attention. Ne confondons pas. Est-ce que ça vous chatouille, ou est-ce que ça vous gratouille.
Le tambour - Ça me gratouille. Mais ça me chatouille bien un peu aussi...
Knock - Est-ce que ça ne vous gratouille pas davantage quand vous avec mangé de la tête de veau à la vinaigrette ?
Le tambour - Je n'en mange jamais. Mais il me semble que si j'en mangeais, effectivement, çà me gratouillerait plus.
« Les gens bien portants sont des malades qui s'ignorent », proclame le docteur Knock en donnant ainsi le ton à cette satire médicale (1923), digne de Molière. Le Docteur Knock vient de s’établir dans une bourgade saine et sereine qu’il transforme progressivement en un prospère sanatorium. Gourou scientiste de la secte Médecine, il a la puissance inquiétante d’un dictateur. Il distille la maladie dans l’esprit de ses concitoyens et obtient leur reconnaissance unanime. Avec Le Docteur Knock, ou le triomphe de la médecine (1923), Jules Romains a produit un véritable classique du théâtre français, une satire dans laquelle il montre combien il est facile de tromper des gens tout à fait respectables qui ont confiance en un médecin, même peu scrupuleux pour faire « triompher la médecine ». Malgré tout, Knock démystifie le sacro-saint domaine de la médecine et souligne l'incommensurable crédulité humaine. Depuis quatre-vingt ans, cette pièce constitue un des sommets de la comédie satirique française et une œuvre emblématique du répertoire. Pourquoi une telle pérennité ? Car Knock nous parle d’abord de nous-mêmes ! Autant qu’une comédie, Knock est une fable sur la passion du pouvoir, sur l’emprise de l’imposture sur la vie de la cité.
www.coordiap.com CAPLC - CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction