
Le
livre de Bruno Etienne, " La France façe aux sectes " se
présente comme une étude de terrain sans complaisance, effectuée par plusieurs
universitaires français de l’Observatoire du Religieux, ayant porté sur plusieurs
dizaines de mouvements étiquetés comme ‘sectes’, gros ou ‘petits’.
Le livre décrit tout d’abord la façon spécifique dont l’Etat et la société française
traitent leurs minorités religieuses ou thérapeutiques. On ne peut en effet
parler des nouveaux mouvements spirituels sans parler des médias et de l’Etat,
omniprésents dans le débat.
L’auteur décrit le phénomène du " monisme ", c’est-à-dire la volonté de n’autoriser
qu’une seule réalité de l’Etre, de Dieu, de la Communauté, de la Nation, etc.,
que cette réalité soit religieuse ou laïque.
Profitant du déclin de l’Eglise Catholique, l’Etat français a en effet directement
hérité de cette tendance lourde qui déborde sur la santé, l’éducation, les pratiques
et croyances. Les nouveaux mouvements religieux, mais aussi les alternatives
thérapeutiques ou éducatives sont alors conçues comme une concurrence déloyale
face à son monopole auto-proclamé.
Dans une rhétorique curieuse, l’Etat présente de plus ses concurrents potentiels
comme des ‘dérives totalitaires’ ! Ensuite, l’auteur introduit le concept essentiel
d’étude comparative – et règle au passage ses comptes avec les médias, simples
" fabricants d’audimat ".
L’étude a donc consisté à analyser les réalités de groupes minoritaires français,
et à comparer ces réalités aux institutions et groupements religieux, politiques
ou sociaux plus traditionnels.
A noter au passage que les membres des groupes " anti-sectes " ont toujours
refusé de collaborer à cette étude, ce qui semble être une constante. L’ouvrage
contient de nombreux témoignages de membres de nouveaux mouvements religieux,
petits ou grands.
Il explore les conditions dans laquelle la fameuse loi About-Picard de Juin
2001 a été votée, trace des pistes pour une " typologie des sectes ", sans connotation
péjorative, et explique les fondements juridiques et constitutionnels de la
laïcité en France, et en quoi l’Etat français a largement débordé ce cadre.
On peut regretter la persistance de quelques jugements de valeurs et théories
extérieurs à l’observation de terrain, mais c’est le risque d’une telle étude
dans la France d’aujourd’hui, collective de surcroît.
Hachette,
collection Littératures
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