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Signalons ce dossier fort bien construit sur la laïcité
qui paraît à l'occasion du centenaire de la loi 1905, dossier
qui reprend parfois d'anciens articles publiés dans le contexte
historique. En titre d'introduction, la rédaction constate que
la laïcité n'est plus conçue comme un facteur d'unité
du corps social dans la France de 2005, mais comme un mode de co-existence
de citoyens de plus en plus individualisés.
Ce dossier a le mérite de
faire la part belle aux recherches historiques récentes qui mettent
à mal les clichés habituels sur la fameuse " séparation
" des Eglises et de l'Etat. Son titre rappelle le côté
fort émotionnel du terme " laïcité ", dont
le sociologue Emile Poulat dit qu'il donne lieu à un véritable
délire en France, devenu un terme à la mode censé
supplanter le concept de modernité, voire régler tous les
problèmes sociaux ! L'étude démarre avec justesse
avec un " best of " des idées reçues, qui concernent
notamment l'opposition vie publique / privée, la laïcité
" ouverte " ou " fermée ", l'intangibilité
supposée de la loi 1905, les positions prêtées à
l'Eglise Catholique ou à l'Islam. Les déclarations anticléricales,
certes, mais non anti-religieuses de Jules Ferry, Spüller, Jaurès,
Briand sont mises en exergue pour démontrer l'esprit d'ouverture
de cette loi.
Certes, 1905 voit bien la consécration
d'une séparation entre la morale républicaine et la morale
religieuse, entre connaissances et croyances, qui se cristallise particulièrement
dans le domaine scolaire, dans lequel l'Etat adopte une attitude que l'on
qualifierait aujourd'hui de totalitaire, à la lumière de
l'expérience des pays communistes. Par contre, la loi 1905 ne concerne
pas du tout ces sujets, mais organise simplement la liberté des
cultes dans un cadre légal.
On découvre fort à
propos la description de la laïcité française donnée
par la commission Stasi (reproduite in extenso), qui insistait sur la
version libérale - celle de la loi 1905 - . Publié en 2003,
ce rappel doctrinal constituait une première en France après
20 ans de confiscation du débat par les tenants jusqu'au-boutistes,
qui véhiculaient et défendaient une version virtuelle d'une
laïcité qui n'a jamais existé en France. Elle coïncidait
avec l'entrée en force des universitaires dans ce débat.
Avec les universitaires, un changement
de tonalité
Les universitaires sont appelés
à donner leur sentiment sur l'évolution sociale et les politiques
actuelles. Pour Emile Poulat, c'était une erreur que d'invoquer
des raisons religieuses pour la loi sur les signes vestimentaires, le
motif d'ordre public qui s'applique aussi bien d'ailleurs aux manifestations
politiques que religieuses lui semble plus pertinent. Il rappelle que
la loi 1905 était une loi de libéralisation (la privatisation
d'une religion d'Etat), non une loi de laïcisation de l'Etat, qui
l'était déjà.
Jean Baubérot préfèrerait
quant à lui que l'on applique la loi de 1905 complètement,
plutôt que de la modifier. Il rappelle que, selon l'auteur même
de cette loi Aristide Briand, lorsqu'on doutera sur un point d'application,
c'est la solution la plus libérale qu'il faudra choisir. L'enjeu
de 1905 est la diversité culturelle, pas l'homogénéité
! Le sociologue rappelle qu'aujourd'hui la France prône la diversité
culturelle sur le plan international, mais que beaucoup uvrent dans
le sens contraire à l'intérieur. L'hexagone ne détient
pas le monopole de la laïcité dans le monde, loin de là
!
Les grands débats qui
ont précédé 1905
Déjà Victor Hugo,
député, s'était engagé en 1850 lors de la
loi Falloux pour une instruction gratuite, permettant l'accès du
plus grand nombre à la science, tout en défendant le droit
des religions à l'enseignement de leur religion pour autant que
celui-ci ne touche pas à la politique, avec une séparation
stricte entre les deux.
En face, Charles de Montalembert,
futur chef du Parti du Parti religieux libéral, demande que l'on
fasse entrer la religion dans l'éducation non pour tuer la raison,
mais pour la discipliner et l'éclairer. Pour lui, la religion est
la garante de l'ordre social.
La laïcité à
l'épreuve de 150 ans de politique
Une chronologie rappelle toutes
les péripéties de l'enseignement privé et/ou religieux,
depuis la loi Falloux en 1850 qui reconnaît les établissement
privés ou dits " libres " ( !) à côté
des établissement publics, à la loi sur les signes religieux
de 2004, en passant par l'interdiction des congrégations (1904)
et les différentes lois de la 5è république précisant
les statuts et ressources de l'enseignement privé sous contrat.
(La loi 1905 prétendue intangible a connu 9 modifications depuis
!) On zoome sur la fameuse manifestation de 1984 à Paris, où
1 million de français ont fait reculer le grand projet de système
scolaire unifié dit Savary, coup d'arrêt pour une certaine
France qui se croyait aux commandes. 10 ans plus tard, c'est pour défendre
le service public de l'éducation que les enseignants, parents d'élèves,
Franc-maçons et partis de gauche défilent, protestant contre
une libéralisation des crédits à l'enseignement privé
(un projet de loi très flou et peu applicable qui visait à
favoriser les investissements des établissements privés).
Entre temps, les ministres Jospin, puis Lang ont enterré la hache
de guerre avec l'enseignement privé en payant une partie de 5 milliards
d'arriérés dus par l'Etat aux établissement privés
(depuis l'arrivée de la gauche au pouvoir), et en promulguant des
mesures sociales à l'attention des enseignants du privé,
selon le principe de parité public - privé.
La laïcité, le foulard
et les intellectuels
Peu de sujets auront divisé
les français comme " l'affaire du foulard ". Beaucoup
redoutent de voir l'école se transformer en une machine à
exclure, une sorte de " conseil de révision rejetant ceux
qui ne sont pas conformes au modèle établi ", qui générerait
des écoles confessionnelles et un repli de toute une partie de
la population. D'autres au contraire, souvent impressionnés par
quelques témoignages chocs, veulent éviter un délitement
de la République et plaident pour une loi. Le ministre de l'Education,
Luc Ferry, d'abord opposé à une loi, - tout comme une majorité
de la commission Stasi, changera finalement d'avis sous la pression médiatique.
On rappelle que des universitaires
ont plaidé contre l'exclusion qui enlève une chance aux
jeunes filles d'accéder à l'éducation, et stigmatise
celles qui ont fait un choix personnel. Si le voile peut parfois être
un signe d'oppression des femmes, il n'est pas prouvé que ce bout
de tissu ait tant d'importance à lui seul.
Un conseiller de Tony Blair explique
un sentiment partagé à l'étranger selon lequel cette
loi d'interdiction systématique n'est pas une solution, car elle
renvoie l'écho du fondamentalisme qu'elle prétend combattre.
Laïcité et contexte
international
En faisant un tour des pays occidentaux,
on constate qu'ils sont régis par des régimes multiples,
qui vont de la stricte séparation (très théorique)
aux régimes avec Eglises nationales (Danemark, Finlande). Les cultures
locales colorent ces modus vivendi, car en Angleterre ou aux Pays Bas
par exemple, le communautarisme n'est pas vécu comme une menace
mais comme un mode d'organisation normal. Sous la pression de la Convention
Européenne des Droits de l'Homme, les structures évoluent
lentement, avec l'abandon de la mention d'appartenance religieuse sur
les cartes d'identité grecques, et la séparation de l'Eglise
luthérienne et de l'Etat suédois en 2000. Vu de l'étranger
cependant, la France semble en proie à une " laïcité
de combat " et non à une " laïcité de l'intelligence
" selon le vu de Régis Debray, ce qui fait probablement
qu'elle fait peu d'émules.
On cite également la Turquie,
où l'islam est soluble dans la laïcité. Atatürk
n'a pas voulu en effet dé-islamiser son pays, mais le moderniser.
Dans ce pays majoritairment musulman, la loi ne fait plus référence
au Coran, et les femmes turques ont voté avant les françaises
!
En Angleterre en revanche, le chef
de l'Etat est aussi le chef de l'Eglise Nationale Anglicane, et on n'a
aboli le contrôle du parlement sur le contenu des livres de prière
qu'en
1972 ! Explication du contexte français vu d'Angleterre
: il semble que les français n'ont pas digéré la
guerre d'Algérie psychologiquement, alors que l'Angleterre a tiré
un trait sur son passé colonial.
Quant aux Etats-Unis, un des premiers
pays laïcs, une polémique enfle actuellement sur l'enseignement
de la théorie de l'évolution, simple hypothèse de
travail ou loi validée ? Le 8 novembre 2005, le Conseil des écoles
du Kansas a autorisé une lecture critique de la théorie
darwiniste.
Conclusion :
En replaçant la loi de 1905
dans la perspective des deux derniers siècles, ce dossier permet
de prendre un recul historique et géographique, de sortir du débat
franco-français, de relativiser les enjeux fortement dramatisés
en France, et de remettre à sa place ce mythe d'un " modèle
universel intangible et parfait ", dont personne ne veut à
l'étranger.
CAPLC
- CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion
- Liberté de Conviction
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