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CAP
LC 2008
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Extraits
du journal "Le Point"
Sectes
les pourfendeurs se déchirent.
Crise.
Le comportement du socialiste Alain Vivien à la tête de la Mission
interministérielle de lutte contre les sectes est contesté.
Une polémique mal venue pour Lionel Jospin.
par CHRISTOPHE MOINE.
Le front des militants
engagés dans la lutte contre les sectes se désunit à
vue d'il. Jusqu'alors, les instances officielles et les associations
loi 1901 oeuvraient de concert en faveur de leur noble cause. Mais voilà
que ces cercles antisectes traversent une crise grave. Démissions,
putschs, luttes intestines et bisbilles finissent même par inquiéter
le cabinet de Lionel Jospin. Car le linge sale, lavé en famille dans
le petit monde des pourfendeurs de gourous, déteint peu à peu
sur la vénérable Mission interministérielle de lutte
contre les sectes (MILS), " un service du Premier ministre " installé
à deux pas de l'hôtel Matignon.
Jusque-là, le secret a été bien gardé sur ces
coulisses décidément bien peu feutrées, où tous
les coups semblent désormais permis pour régler les comptes
entre frères ennemis d'un même combat. C'est début 2001
que les premiers ferments d'agitation ont troublé la quiétude
du Centre contre les manipulations mentales (CCMM), une association-phare
de la lutte antisecte, en théorie indépendante de tout pouvoir.
Son président,
Jean-Pierre Bousquet, rechignait à se cantonner au rôle passif
d'un chef élu pour la galerie. Et pourtant, il ne disposait même
pas des clés de l'association! - Pour des raisons de sécurité,
if ne faut pas multiplier les doubles... explique aujourd'hui la directrice
administrative du CCMM, Patricia Vivien, qui n'est autre que l'épouse
d'Alain Vivien, le président de la très officielle MILS. Des
membres du CCMM sont désormais persuadés que Patricia, salariée
de l'association, et Alain Vivien, incarnation officielle de la politique
publique contre la mouvance sectaire, voulaient confiner Bousquet dans un
rôle de président fantoche.
Presque une histoire
d'amour.
Ancien député
socialiste de Seine-et-Marne, secrétaire d'état aux Affaires
étrangères sous le ministère de Roland Damas, Alain Vivien
est l'auteur d'un premier rapport parlementaire retentissant sur les sectes,
remis au Premier ministre Pierre Mauroy en 1983. Fort de cette légitimité
de précurseur, il préside la MILS depuis que le gouvernement
Jospin a porté en grande pompe cette institution sur les fonds baptismaux,
en 1998.
Pour Alain Vivien, le
CCMM est une affaire de famille, presque une histoire d'amour. Ancien professeur
d'histoire, il a présidé aux destinées du CCMM deux ans,
en 1997 et 1998. D'un énarque en déshérence, parfois
dupé, voire piégé par des sectes, l'ancien ministre a
fondé une structure dont les archives sont utiles aux chercheurs et
journalistes. Président de la MILS, Vivien est toujours administrateur
du CCMM, tandis que son épouse, directrice et gouvernante.
Leurs liens maritaux
influent-ils sur leurs travaux respectifs? Alain Vivien a pris fait et cause
pour sa femme, qui se plaignait d'une attitude jugée dure du président
Bousquet. Avec elle, trois salariées ont pris le président du
CCMM en grippe. L'infortuné a été destitué, en
mai, par un bureau qui n'en avait pas la compétence juridique, le tout
en présence d'Alain Vivien. Jean-Pierre Bousquet a cependant résisté
en portant le litige devant la justice, le 6 juin 2001. A la surprise générale
le vice-président du tribunal de grande instance de Paris, François
Dior, plaçait le CCMM sous administration judiciaire jusqu'au 6 octobre,
le temps d'élire un président de rechange.
Les Vivien ont-ils cédé
à la confusion des rôles? L'intimité du couple facilite,
en tout cas, la bonne intelligence entre le CCMM et la MILS. Selon un rapport
d'état confidentiel de l'éducation nationale confiée
à deux ministres et au président de la MILS qui a curieusement
été diffusé par le CCMM. Autre exemple de synergie, sinon
de collusion: un voyage à Pékin en 2000 pour un symposium sur
le phénomène sectaire, où madame a séjourné
pour le compte du CCMM, et monsieur comme président de la MILS.
Le chef de cabinet de
Lionel Jospin Henry Pradeaux, aurait demandé en juin à Alain
Vivien de mettre fin à une situation qui confine au conflit d'intérêts,
en vain. Au début de l'année l'épouse de Vivien s'était
elle-même, chargée de négocier à Matignon, dans
le bureau du chef de cabinet de Jospin une subvention de 1,5 millions de francs
pour l'achat d'un nouveau siège de l'association antisecte. La somme
lui a été allouée en février 2001, sur la ligne
budgétaire de la défense des droits de l'homme, du ressort du
Premier ministre. En bonne logique, Alain Vivien a été consulté;
note un proche du dossier. Or Vivien est président de la MILS, mais
aussi de la commission DOM -TOM de la Ligue des droits de l'homme depuis 1996.
Actuellement en voyage à Tokyo, Vivien n'a pu être joint. Le
cabinet de Matignon, contacté, n'a pas donné suite.
La cible des critiques.
Cofondatrice du CCMM
avec l'écrivain Roger lkor - prix Goncourt 1955 pour " Les eaux
mêlées " - Marie Genève, présidente d'honneur
du centre, confie son irritation que le nom de Roger Ikor soit attaché
à ce qu'elle décrit comme une dérive. À l'instar
de plusieurs administrateurs, elle a l'intention de démissionner dans
les prochains jours. " Jusqu'à présent, nous n'avons pas
dénoncé l'opacité de la gestion financière, pour
éviter que les sectes profitent de l'aubaine pour lancer une contre-offensive,
confie l'un de ces démissionnaires annoncés, Max Bouderlique,
mais un seuil a été franchi ".
Bien protégé
des sectes, puisqu'il bénéficie en permanence d'un garde du
corps et parfois d'une voiture blindée Alain Vivien est surtout, depuis
quelque temps, la cible des critiques. Les dernières - voilées
et prudentes - émanent de Janine Tavernier, militante de la première
heure de la cause antisecte, depuis 1982 où elle avait découvert
que son mari, ancien officier de marine, s'était laissé séduire
par un gourou. Présidente de l'Union nationale des associations de
défense de la famille et de l'individu (Unadfi) depuis 1993, Janine
Tavernier a ferraillé comme personne contre ces groupuscules qui amusent,
endoctrinent, manipulent, corrompent les esprits. Lassée des oppositions
internes, cette figure médiatique a démissionné le 21
septembre: " Alain Vivien a tendance à vouloir tout régenter.
Toute l'action devrait passer par lui ".
Entre les deux hérauts
de la lutte antisectes le politique Alain Vivien et la pasionaria Jeanine
Tavernier - le conflit dépasse les rivalités de personne. La
polémique s'est cristallisée sur les écoles Steiner,
dont la pédagogie se fonde sur les préceptes d'un penseur contesté,
Rudolf Steiner qui préconise de ne pas infliger de contraintes aux
élèves. Janine Tavernier dont les enfants ont suivi les cours
de ces établissements, note qu'aucune " victime " de comportement
sectaire n'est signalée à ce jour. En réponse, Vivien
consacre une partie de son rapport annuel 2000 sur les sectes à l'anthroposophie,
fondée par le même Steiner, dont il critique les écoles.
Encore une démission...
Toutefois, un courrier
du ministre de l'éducation, Jack Lang, au président de la Fédération
des écoles Steiner, le 24 juillet 2001, indique que " les contrôles
diligentés par Monsieur l'inspecteur général Daniel Groscolas
n'ont pas révélé de pratiques à caractère
sectaires ". La missive aurait pu clore la polémique. Il n'en
est rien.
La MILS n'a pas attendu
ces épisodes récents pour vivre des moments de tension. Dès
ses débuts, le conseil d'orientation de la Mission a été
le lieu de débats plus que vifs qui opposaient Alain Vivien au psychiatre
Jean-Marie Abgrall, expert dans l'affaire du Temple Solaire, et à l'inspecteur
général de l'éducation nationale, Daniel Groscolas. Selon
ce dernier, chef de la cellule pour la prévention du phénomène
sectaire au ministère de l'éducation. " La Constitution
n'autorise pas à sanctionner des enseignants qui n'ont commis aucune
faute au seul motif qu'ils sont liés à des sectes, or la MILS
souhaiterait une sanction".
En février dernier,
Groscolas et Abgrall n'ont pas été reconduits dans la nouvelle
composition du conseil d'orientation de la MILS. En juillet, coup de théâtre:
c'était au tour du secrétaire général de la mission,
le magistrat Denis Barthélemy, d'envoyer sa lettre de démission.
Ces derniers jours, cet ancien du cabinet de Martine Aubry aux Affaires sociales
a quitté ses bureaux sans demander son reste. En désaccord avec
Vivien, il a réintégré la cour d'appel de Versailles.