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Lettre
au Rapporteur spécial juin 2010 |
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17
Mai 2010
Cest au nom du CAP LC (Coordination des Associations et des Particuliers pour la Liberté de Conscience) que je vous écris. Il sagit dune association créée en 2000 pour unir les religions minoritaires de France, afin de combattre la discrimination du droit à la liberté de conscience et de croyance et pour alerter le public au sujet dactions et de discours en violation des Droits de lHomme, ou constituant une menace pour les libertés fondamentales. Parmi les membres du CAP se trouvent les adhérents de plusieurs minorités qui, en tant que soi-disant « sectes », sont victimes de mesures discriminatoires de la part du gouvernement. Veuillez trouver ci-dessous des clarifications et des commentaires relatifs aux arguments fournis par le gouvernement français à propos de la demande dinformation que vous lui avez faite, lors de votre visite en France en 2005. Votre requête portait sur lattention que les autorités françaises comptaient donner à vos recommandations. Dans les pages 12 et 13 de sa lettre, le gouvernement français déclare: ** « Pour mener à bien sa mission, la Miviludes nutilise aucune liste ni aucune grille de discrimination. Chaque fois que cela est possible, elle rappelle aux agents de lEtat qui la contactent quune telle approche est à éviter. Elle ne tient aucun compte des croyances en tant que telles, ne se fonde aucunement sur le fait que celles-ci soient ou non reconnues, ou quelles soient majoritaires ou minoritaires. Ou encore de savoir si oui ou non leur contenu peut être considéré comme relevant dune religion ou dune croyance. » Cette déclaration est incorrecte et incomplète. En fait, la Miviludes fait pire quutiliser une liste de « sectes ». Elle a compilé un référentiel de dossiers fondé sur des accusations et des allégations contre de soi-disant « mouvements sectaires ». A cette date, les croyances incriminées nont pas eu accès à ces rapports ni eu lopportunité de répondre ou de corriger toute fausse information. 1) Un référentiel de rapports infamants créé par la Miviludes En mai 2009, M. Georges Fenech, président de la Mission Inter ministérielle de lutte et de Vigilance contre les Dérives Sectaires (Miviludes), annonçait quun référentiel de rapports avait été créé sur environ 600 mouvements stigmatisés du nom de « sectes ». Daprès ses déclarations au Média, ce référentiel est établi sur la seule base de dénonciations ou de plaintes à lencontre de mouvements spirituels minoritaires. Bien que M. Fenech ait déclaré que les mouvements mis en cause auraient accès aux- dits rapports et de faire des commentaires (sans toutefois y apporter de corrections), un tel accès na pas été autorisé à ce jour. Ainsi, ces minorités spirituelles nont pu apporter aucune correction aux accusations de la Miviludes. A la suite dune opposition du Ministre de lIntérieur, craignant que lesdits rapports ne stigmatisent ces minorités spirituelles, le gouvernement français a décidé den soustraire laccès au public. Cependant, la Miviludes les a mis à la disposition de professionnels tels que des juges, des procureurs et des hommes de loi lors de linstruction daffaires judiciaires contre de tels groupes. Ils ont de même été mis à disposition dautorités et de fonctionnaires locaux dans le cadre de décisions portant sur des locations de salles de conférences ou de loctroi de patentes à des membres de minorités spirituelles. Dans les recommandations qui ont suivi la visite officielle du Rapporteur en France, du 18 au 29 septembre 2005, les autorités françaises sont enjointes à ne plus faire référence ni utiliser la liste des « sectes » publiée par le Parlement en 1996, dans le cadre daffaires judiciaires. Voir à ce sujet la directive E/CN. 4/2006/5/Add. 4, 8 mars 2006, soumise par Asma Jahangir, Rapporteur spécial sur la liberté de religion ou de croyances. Nous nous sentons concernés par une pratique courante, qui consiste à désigner les croyances des groupes minoritaires comme des « mouvements sectaires ». Le fait de garder un référentiel de rapports sur de tels groupes revient à en dresser la «liste noire» sous lappellation de « sectes ». Une telle pratique ne peut que dégénérer, du moment que ce référentiel se compose uniquement dallégations péjoratives et noffre aucune possibilité de correction ou dexplication de la part des groupes concernés. Il aura des conséquences dévastatrices pour le droit à la liberté de religion et de croyances, tel que garanti par larticle 18 de la Convention des Droits Civils et Politiques. La France a ratifié les accords internationaux qui garantissent le droit à la liberté de religion et de croyances, ainsi que les principes de non-discrimination et dégalité. Elle est donc tenue de respecter ces standards en tant que membre de la Communauté internationale. Le fait que ce référentiel ne soit accessible quaux seuls professionnels viole les droits les plus fondamentaux et ne soulève pas uniquement des questions de liberté religieuse. Il donne aux juges et aux autorités chargées de faire respecter la loi des informations accusatrices, à sens unique, sans aucune procédure permettant de corriger des informations inexactes, déformées ou incomplètes. Egalement, et fatalement, cette pratique sapant toute procédure fondamentale met en danger le droit à la présomption dinnocence et lindépendance même de lappareil judiciaire. Les mesures de la Miviludes contre les minorités religieuses et ses efforts pour retourner les juges contre elles interfèrent dans lindépendance de la magistrature. En empêchant lexercice de procédures juridiques honnêtes, elles violent les principes de non-discrimination et dégalité devant la loi, oppriment les minorités religieuses avec des poursuites judiciaires de mauvaise foi et des procès empreints de préjugés. De plus, et encore plus important, ce référentiel de rapports secrets va à lencontre des recommandations de la Mission en France du Rapporteur de lONU du 8 mars 2006. Celui-ci enjoignait le gouvernement français : « dans ses rapports avec les différents groupes de croyance ou communautés religieuses, de faire preuve de tolérance envers la liberté de religion ou de croyances et de respecter le principe selon lequel personne ne devrait être jugé pour ses actes, par dautres voies que celles des instances judiciaires appropriées. » Comme nous lavons fait remarquer précédemment, depuis 1998 en France, des séminaires annuels spéciaux appelés « séances dédification » sont tenus à lintention des magistrats et des juges. De tels séminaires continuent davoir lieu. Des documents acquis grâce à la loi sur la liberté daccès à linformation montrent quils sont organisés par la Miviludes, et reposent entièrement sur de la documentation fournie par des associations anti-sectes, sans quaucune possibilité ne soit offerte aux communautés concernées de les réfuter. Cette documentation comporte des articles de presse hostiles et des décisions de justice négatives contre les groupes concernés ou contre leurs membres, en omettant les décisions dinstances judiciaires plus élevées, ou en contradiction directe contre de tels arrêts. Aucune décision de jurisprudence positive, reconnaissance officielle ou information objective de la part duniversitaires au sujet de ces groupes nest jamais présentée, voire considérée. De tels programmes « dédification » à lintention dinstances officielles de la Justice ont été condamnés par le Comité des Droits de lHomme des Nations Unies. En 1996, dans des circonstances dune similarité saisissante, les observations et conclusions du Comité pour les Droits de lHomme des Nations Unies exigeaient que lAllemagne cesse de tenir ses séances de « sensibilisation à lintention des juges contre les pratiques de certaines sectes ». Autrement, le droit à un jugement équitable pour les religions minoritaires se retrouve détruit (Conclusions des observations du Comité des Droits de lHomme en Allemagne, le 18/11/96 CCPR/C/79/Add.73). Cependant, dans son rapport au Premier Ministre de 2008 intitulé « La justice face aux abus des sectes », M. Fenech souscrit entièrement à ces programmes dendoctrinement biaisés et recommande leur continuation. Il y détaille son plan pour une augmentation de la lutte contre les « sectes » : « Les sujets traités et la qualité des intervenants sont pleinement satisfaisants, mais le nombre de participants est encore trop bas. » De tels séminaires furent tenus du 30 novembre au 2 décembre 2009 et prolongés au bénéfice des magistrats de la Cour dappel, dans le cadre du programme 2009 de la Miviludes. Le référentiel de rapports quelle a rendu accessible aux juges et aux officiels chargés de faire appliquer la loi repose sur les mêmes informations biaisées et à sens unique que celles présentées dans ces séminaires. Ainsi, ces référentiels violent le jugement même du Comité des Droits de lHomme. Le fait de sappuyer sur de telles informations sape les procédures standard et la tolérance religieuse, aggravant ainsi les préjugés contre les religions minoritaires. En 2009, désireux de « dynamiser » leurs échanges avec les magistrats chargés denquêtes pénales, les conseillers de la Miviludes ont rencontré des procureurs au sujet de cas dans lesquels des dérives sectaires étaient présumées. En France, une grave préoccupation prévaut au sein des minorités religieuses du fait que cet endoctrinement et cette pression politique inclinent les magistrats et les juges à poursuivre et à condamner des individus et des organisations en raison de leurs croyances religieuses. Le tout en contradiction avec les Droits humains fondamentaux. En 1995, alors que la dernière liste parlementaire sur les sectes était en cours, certains groupes et leurs membres furent soumis à dincessantes investigations, enquêtes et inspections du travail. Des autorités municipales refusaient de louer des salles communales à des associations présentées comme des « sectes ». Des droits de garde denfants furent remis en cause par des cours de justice, en raison de lappartenance de parents à des groupes religieux figurant sur la liste noire. Selon des témoignages reçus par le CAP LC, les discriminations continuent et ne peuvent que saggraver en raison du référentiel récemment créé par la Miviludes. Prenons par exemple un mouvement chrétien, religieux et philosophique, oeuvrant à la libération spirituelle de lhumanité par le message du Graal. En 1995, il figurait sur la liste noire publiée par la Commission denquête parlementaire sur les « sectes ». Il a été depuis systématiquement discriminé, dabord par la MILS, puis par son successeur, la Miviludes. M. Thibeaudeau, président de cette association, a fourni au CAP LC une preuve spécifique de discrimination à son égard. Dans une lettre datée du 28 juin 2005, le Crédit Mutuel lui refusait louverture dun compte, sans en donner les raisons. Dans une lettre du 10 août 2005, la Société Générale rejetait la requête du Graal, alors à la recherche dune autre banque, sans non plus lui fournir une raison. Puis, le 1er septembre 2005, le Crédit Lyonnais linformait que sa demande douverture de compte était refusée sous prétexte que son nom figurait dans le rapport de 1995 et de 1999 de la Commission denquête parlementaire sur les « sectes ». Ce qui, selon eux, entraînait trop de contraintes relatives aux règlements sur le blanchiment dargent sale. Dans un autre domaine, ladjoint au maire de Saintes, dans une lettre du 29 octobre 2007, refusait de louer une salle communale au Graal pour sa conférence. La raison officielle de ce déni était que lassociation figurait en tant que secte de 500 à 2000 membres dans le rapport de lAssemblée nationale de 1995. Dans une lettre du 4 avril 2008 de la ville de Pau, le Graal se voyait à nouveau refuser laccès à une salle publique. Dans un décret du 17 mars 2010, le maire de Boulogne-sur-Mer rejetait une demande du mouvement du Graal de louer une salle de conférence à la Maison des Associations. Une telle utilisation étant jugée contraire à lordre et à la moralité publiques en raison du caractère sectaire de lassociation noté par le Rapport de la commission parlementaire sur les sectes de 1995 (Correspondance ad hoc incluse). Un exemple similaire est celui du mouvement religieux de Sûkyô Mahikari, une branche du Bouddhisme. Le mois dernier, M. Duclos, son président, rapportait au CAP LC quen 1999 la Commission parlementaire sur les finances et les sectes avait inclus le mouvement sur la liste des « sectes ». Ni la Mils ni la Miviludes ne lui ont jamais donné loccasion de sexprimer ou de corriger les inexactitudes du rapport. M. Duclos rapporte quen raison de fausses allégations, Sûkyô Mahikari sest fait expulser de ses locaux. On lui a imposé des frais bancaires plus élevés que la normale, des services lui ont été refusés et même ses comptes bancaires ont été fermés. Un autre exemple de discrimination de longue durée en France est celui des Témoins de Jéhovah. En avril 2010, M. Gérard Gertoux témoignait envers le CAP à cet égard. M. Gertoux préparait sa thèse en philosophie à la Maison dOrient et à luniversité de Lyon. Le directeur de recherches et six jurés sapprêtaient à juger sa dissertation lorsquils reçurent une lettre les informant que M. Gertoux était un Témoin de Jéhovah. En conséquence, celui-ci sest vu refuser de passer son examen. Deux des jurés depuis lors refusent même de lui adresser la parole. Le directeur de recherches lui a cependant signé une requête de transfert, de sorte quil puisse tenter sa chance dans une autre école. Mr. Gertoux a donc essayé de se présenter à lInalco. Cependant cette université a de même refusé sa candidature. Bien quil ait reçu laccord du directeur de recherches de lINalco et que deux des premiers jurés fussent daccord dexaminer son travail, sa demande a été rejetée. Il a déclaré quil sagissait là dun exemple de linfluence de la liste noire de la Miviludes. Cette influence sétend à tout le gouvernement du moment que la Miviludes est une agence inter-ministérielle. Le Ministre de lEducation étant au dessus de toutes les universités, et celles-ci dépendant de lui pour leur financement, aucune delles nose le contrecarrer. En ce qui concerne tous les témoignages ci-dessus, les lettres ci-jointes révèlent que la liste des sectes de 1995 est toujours en vigueur en France. La Miviludes est donc loin de se souvenir de ce que le gouvernement français a affirmé dans sa réponse au Rapporteur de lONU en février 2010 : Chaque fois que cela est possible, elle rappelle aux agents de lEtat qui la contactent quune telle approche est à éviter. En fait, elle amplifie le phénomène en incitant les agents de lEtat à assister à des séances dédification », et en leur fournissant un référentiel de rapports basé sur ses listes et ses accusations contre des groupes de croyances minoritaires. 2. Les « sectes » classées en que tant « croyances pathologique » En mai 2009, M. Fenech déclarait dans la presse que la France comptait entre 500 et 600 mouvements sectaires, contre seulement 200 il y a une quinzaine dannées. En fait, cette augmentation, contre laquelle M. Fenech réclame des mesures accrues de la part du gouvernement, est due à lescalade du nombre de pratiques et des croyances que la Miviludes considère « déviantes ». Ce qui explique le grand nombre de mouvements minoritaires listés dans le référentiel établi par M. Fenech. M. Olivier Bobineau, sociologue des religions, est un professeur à lInstitut catholique de Paris, et adjoint scientifique auprès du Directeur de lOffice central des cultes du Ministère de lIntérieur, depuis janvier 2006. Ayant démissionné en tant que conseiller scientifique de la Miviludes en 2005, il considère celle-ci comme étant une « police de la pensée » française. Dans une interview du 8 juin 2009, il explique : « Bien quaffichant une politique publique moderne, elle est la seule à enfreindre trois principes fondamentaux. » 1. Une définition de lobjectif de son travail : la Miviludes mélange sectes, phénomènes sectaires, et dérives sectaires, sans fournir aucune définition. Ces termes ne sont que des coquilles appliquées à tout et à nimporte quoi, ce qui a eu pour principal résultat de faire passer le nombre des sectes en France de 200 à 607. Cette multiplication par trois est due au fait que la Miviludes a mis le cap sur la psychanalyse. 2. Une explication de sa méthode, cest-à-dire lexistence dun débat public, dun examen des sources et dune véritable réflexion sur le sujet Cependant la seule logique de la Miviludes est une recherche de boucs émissaires, elle-même basée sur une autre logique, celle de linquisition. Le point de vue de la Miviludes est : « nous navons aucunes preuves, cest donc quon nous les cache, ce qui donc constitue une menace.» 3. Une évaluation véritable de ses actions : la Miviludes ne dispose daucun outil pour cela, ni ne permet de discussion sur ses conclusions. Lorsque lOsce et lONU osent critiquer son travail, elle réplique que ces deux institutions sont infiltrées par les « sectes ». Munie dune telle logique, la Miviludes a déclaré la guerre à des mouvements quelle accuse de dérives sectaires. Dans son Rapport annuel de 2008, elle explique ce qui suit : « La loi condamne toute pratique contraire aux Droits de lHomme et aux libertés fondamentales, ou qui représente une menace pour lordre public. Le domaine de la manipulation mentale est typique des dérives sectaires. Une répression de la part de lEtat est donc nécessaire si un certain nombre de critères doivent être satisfaits. » Une ou plusieurs personnes commencent à croire en certaines idées qui sécartent de celles généralement acceptées par la société. La personne qui les reçoit se met à modifier ses références, relations et projets, et sa vie échappe à son propre contrôle. Elle peut dès lors être dirigée et conditionnée par le manipulateur psycho-sectaire. Cet engagement, qui coûte de largent, représente une partie substantielle de son budget. Ce sont là les deux critères qui caractérisent la manipulation mentale des personnes engagées dans de soi-disant dérives « sectaires : La diffusion de nouvelles croyances sécartant des religions traditionnelles et généralement acceptées par la société. La réponse faite en février 2010 par le gouvernement français à la requête du Rapporteur de lONU sur la mise à jour de ses informations est donc inexacte et trompeuse : Elle dit en effet que la Miviludes ne tient aucun compte des croyances en tant que telles, ne se fonde aucunement sur le fait que celles-ci soient ou non reconnues, majoritaires ou minoritaires, ou de savoir si oui ou non leur contenu peut être considéré comme relevant dune religion ou dune croyance. En fait, dans son rapport au Premier Ministre de 2008, non seulement M. Fenech met en avant « les dérives sectaires » mais les croyances elles-mêmes, comme devant être sujettes à des actions de la part de lEtat. A titre dexemple, le rapport cite la psychologue Sonya Jougla, à laquelle il donne son approbation. « Jusquà aujourdhui, les enfants victimes des sectes étaient oubliés par la société et les professionnels de lenfance en danger. Cest peut-être parce quil est plus difficile de protéger un enfant contre les croyances de ses parents que contre leurs mauvais traitements ou leur sexualité incestueuse. Cest aussi peut-être parce que la pression exercée par les parents sur leurs enfants en les immergeant dans la secte est parfaitement légale. » Cette déclaration est parfaitement claire : le but est de protéger les enfants contre les croyances de leurs parents. Une telle approche et les recommandations qui en découlent sont une violation flagrante du droit des parents à éduquer leurs enfants selon leurs propres croyances tel que garanti par la Convention Internationale des Droits Civils et Politiques et par la Convention Européenne des Droits de lHomme. Le biais contre les croyances des mouvements jugés à caractère sectaire est encore plus évident dans larbitraire avec lequel M. Fenech les caractérise dans son rapport : « Un type de totalitarisme pseudo-philosophique ou pseudo-religieux », et dans la manière dont il les dénigre : « Une doctrine dégradante envers lindividu drapée dans les oripeaux dune nouvelle spiritualité. » Dautres instances officielles du gouvernement français se sont publiquement prononcées dans leur lutte contre ce quelles considèrent des croyances déviantes. Par exemple lors de la conférence de la Miviludes à la Mairie de Lyon, le 26 novembre 2009, lorsque le Secrétaire de la Justice française Jean-Marie Bockel a déclaré : « Le phénomène sectaire peut être analysé comme relevant dune pathologie ou dune croyance sur fond dindividualisation et dun dérèglement en matière de croyance. » De telles déclarations, publiées dans le Média national, ont été mises sur le site officiel du Ministre de la justice française, où elles figurent encore. Au cours de cette même conférence, les instances officielles françaises ont publiquement annoncé la création de la première brigade anti-secte à la suite dune recommandation formulée par M. Fenech dans son rapport de 2008 au Premier Ministre. Le commandant Bernard Malfay, de l'Office central de répression des violences aux personnes a alors présenté la Cellule dassistance et dintervention en matière de dérive sectaire (Caimades). Cette brigade, composée de six policiers, offre son aide à tous les services de police envers les cas suspectés de « dérive sectaire ». La Caimades utilise un « canevas daudition », sorte de guide dinterrogatoire à propos du passé dune personne. Ceci afin daider les experts psychiatres à déterminer sil existe des signes dallégeance ou de sujétion mentale envers de soi-disant « gourous ». Dans sa contribution au rapport 2009 de la Miviludes, le Ministère de lIntérieur note que la nouvelle police anti-secte fut créée le 1er septembre 2009. Et, bien quelle devrait intervenir au tout début dune enquête, elle est cependant à disposition à nimporte que stade dune procédure pénale. Lors dinterrogatoires fait en cours de détention, laide de ses experts est de même à la disposition des forces de police. Lintervention et les « soins » prodigués aux adeptes font partie des recommandations de M. Fenech dans son rapport de 2008 au Premier Ministre et sont entrées en vigueur en 2009. * Dans ce même rapport, il déclare que les adeptes de croyances « dégradantes » sont des « esclaves heureux qui ne sont pas encore conscients dêtre des victimes ». A leur endroit, il recommande que durant les enquêtes judiciaires, un examen psychiatrique ait lieu, afin de confirmer si leur adhésion à de telles croyances constitue un état de sujétion. Lors de la détention des adeptes, des « soins » spéciaux devraient leur être prodigués par un psychologue et par des associations anti-sectes. Ceci, du moment que nétant pas conscients de vivre en situation de dépendance, ils sont « susceptibles de fortes réactions émotionnelles au moment de leur arrestation et lors des heures qui suivent ». Il recommande le recours à des associations anti-sectes pour permettre aux membres de minorités religieuses de recevoir un « traitement » sous forme dune dé-programmation de leurs croyances soi-disant dégradantes. Ainsi que dassurer un suivi, afin quils nessayent pas de reconstituer leur groupe une fois dissout. Il nappartient pas à lEtat de régenter les croyances. Le fait détiqueter des communautés religieuses comme des « sectes » et de restreindre le pouvoir de choix dun individu à choisir ou à changer de croyance na rien à voir avec les standards internationaux sur la liberté religieuse. Le Comité des Droits de lHomme des Nations Unies a décrété que la liberté de religion nest pas limitée aux religions traditionnelles. Le fait quune religion ou quune croyance soit sujette à lhostilité ou à la discrimination dune religion prédominante, pour quelque raison que ce soit, est en contravention avec larticle 18 de la Convention Internationale des Droits Civils et Politiques. Et ceci, nonobstant le fait quelle soit nouvellement établie ou minoritaire. Larticle 18 protège toutes les croyances, quelles soient déistes ou non, voire athées, aussi bien que le droit de ne pas avoir de religion ou de croyance. Les termes croyance et religion doivent donc être très largement explicités. De même larticle 18 ne se limite pas dans son application aux religions traditionnelles ou à celles ayant un caractère institutionnel analogue à celles-ci. Ainsi, le Comité se préoccupe de toute tendance à la discrimination contre une religion ou croyance, pour quelque raison que ce soit. Ce qui inclut le fait quelles puissent être nouvellement établies, ou lobjet dune hostilité de la part de communautés religieuses prédominantes. Commentaire général No. 22 sur lArticle 18 (Para 2). La politique répressive du gouvernement français envers des groupes de croyances minoritaires viole ces standards internationaux des droits humains. 3) Condamnation et stigmatisation de groupes minoritaires par la Miviludes Contrevenant à ces standards, la Miviludes émet des jugements sur quelles religions ou croyances devraient être considérées comme telles, et stigmatises ou condamne publiquement certains groupes. Ceci contrairement à ce quaffirme le gouvernement Français dans sa réponse de février 2010 : « La Miviludes ne procède a aucune condamnation publique, ni ne stigmatise aucun mouvement ou pratique en tant que telles, mais seulement à des avertissements concernant sa mission ». Un exemple en est le procès contre certains membres de lEglise de Scientologie, accuses descroquerie par dex paroissiens à la suggestion de lassociation « anti-sectes » de lUnadfi. Avant et pendant le procès, en mai 2009 au Tribunal de Première Instance à Paris, M. Fenech est apparu dans plus de 100 journaux nationaux de même quà la télévision (sur les chaînes les plus importantes) pour dénigrer publiquement lEglise de Scientologie et les croyances de ses paroissiens. De manière répétée, il a déclare que la Scientologie nétait pas une religion. Comme par exemple sur les ondes de RTL le 16 juin 2009 lorsquil a déclaré : « Il sagit dun fort avertissement pour toutes les victimes piégées par cette organisation, qui se pare dun masque religieux. En fait, la Justice fait des progrès pour lever le voile de cette pseudo religion et pour révéler ses manuvres qui violent les libertés fondamentales. » De plus, et de manière répétée, il a affirmé que les « croyances » des Scientologues ne pouvaient pas être considéré comme telles. A titre dexemple, sur la chaîne de télévision nationale France 5, voici ce quil a répliqué à lopinion sur la liberté de religion dun sociologue des religions. « Mr. Liogier voit des croyances partout. Ce qui est normal, son travail étant dobserver le phénomène religieux. A propos de la Scientologie, dites moi où vous voyez des croyances, lorsque il est question dacheter des cours, de laudition, des vérifications au moyen dun électromètre, des tests de personnalité et des procédures de purification. » En fait, M. Fenech a présenté lEglise de Scientologie comme étant coupable, au cours dune campagne médiatique, avant même que le procès ait commence, et avec des déclarations telles que: Nous sommes en face dune entreprise commerciale avec un emballage religieux et qui fait un nombre énorme de victimes » ou : « Le procès qui va souvrir à Paris, démontre bien quil existe des dangers pour des personnes quil est de notre devoir davertir et dinformer ». Loin dêtre une mise en garde contre les dérives sectaires, comme le prétendent les autorités françaises, le comportement du président de la Miviludes semble davantage une condamnation publique et une tentative politique pour faire condamner les membres de ce groupe en mettant la pression sur les juges. En violation de son devoir de neutralité en tant que haut membre du gouvernement officiel, M. Fenech se conduit comme un activiste « anti-sectes ». Lorsquil découvrit, lors du procès contre la Scientologie, que la peine de dissolution envers une entité légale avait été rayée du Code pénal, il a eu ce commentaire à légard de la Scientologie (notons quaucune décision sur sa culpabilité nétait encore entreprise) : « Nous devons réadapter nos moyens de neutraliser de telles associations. » Les actions prises par la Miviludes ne correspondent pas à la présentation quen a faite le gouvernement français dans sa réponse de février 2010 au Rapporteur sur liberté religieuse de lONU. De manière encore plus importante, elles représentent une violation du droit à un jugement équitable et à celui de la liberté de croyance, pour les groupes minoritaires concernés. 4) Descentes dans les communautés Dans sa mission au sein de la Miviludes, M. Fenech a adopté une nouvelle méthode de contrôle et dinvestigation des croyances et des groupes minoritaires : comme relaté dans le rapport 2009 de la Miviludes, il sest engagé dans des « visites » surprise de certaines communautés. Ce que le rapport ne précise pas, est que ces visites ont eu lieu avec des journalistes nayant pas été présentés comme tels. Les communautés qui leur ont ouvert leurs portes en toute bonne foi, se sont donc senties trahies. Toutes les visites ont été suivies dattaques médiatiques comportant de très sérieuses accusations contre les groupes concernés, stigmatisés comme étant des « mouvements sectaires ». Le scénario habituel de ces « visites » ou plutôt de ces descentes a été le suivant : Mr. Fenech, arrive avec environ 10 à 15 individus, incluant une personne du media, de sorte quun article puisse être publiée avec des photographies ou à la Télévision. M. Fenech et son groupe se présentent sans avoir été invites, et demandent à pouvoir entrer pour poser des questions. Tous les mouvements qui ont accepté de laisser M. Fenech entrer avec son cirque médiatique lont plus tard regretté. Une petite communauté catholique Amour et Miséricorde qui se réunissait chaque mois autour de son fondateur, lequel avait eu des visions de la Vierge Marie, annonçait sa dissolution après une « visite » de la Miviludes. Le 18 décembre 2008. Le journal Le Progrès rapportait ce qui suit: Dominique Balestrat, propriétaire du terrain sur lequel vivait la communauté et faisant partie de ce groupe depuis dix ans, déclare que tout cela est triste et incompréhensible: « Nous avons souhaité la bienvenue à M. Georges Fenech, qui nous a dit quil ne venait pas pour faire une enquête mais simplement pour nous rencontrer. Nous nous retrouvons aujourdhui bombardés de diffamations. Il nest pas venu en ennemi. Il est venu en traître. Il sest servi du media pour nous écraser alors quil ny avait rien à écraser. Nos réunions comportaient environ dix personnes. » Malgré- ou plutôt parce que ce groupe entretenait de bonnes relations avec lArchevêque de Dijon, M. Fenech a rencontré celui-ci afin quil leur retire son soutien. Le 11 décembre 2009, La Gazette de la Côte dOr, rapportait linterview suivant de M. Fenech: « Le journaliste: Avez-vous rencontré son Excellence Minnerath ? G. Fenech: Oui, à ma demande. En fait, les membres de cette communauté prétendent avoir le soutien de lArchevêque de Dijon. Nous avons eu une longue discussion à cet égard. Larchevêque navait pas tous les éléments à disposition afin quil puisse se faire une opinion complète de ce mouvement, qui de notre point de vue présente certaines difficultés. Journaliste: Quelle a été sa réaction? G. Fenech: Il a paru surpris: Nous lavons entre autres informé, que Juliano Verbard, qui devint plus tard le Petit Lys dAmour dans lîle de La Réunion, avait passé une journée dinitiation dans cette communauté. Il a reproduit cette pratique à la Réunion, avec les chants, la liturgie, les visions Plus tard, cela a débouché sur le rapt dun enfant. Je ne dis pas quil existe un lien entre Amour et Miséricorde et le Petit Lys dAmour, mais je dis que son inspiration vient dAmour et Miséricorde. » La tentative de M. Fenech sest avérée sans succès, du moment que lArchevêque a maintenu son soutien envers Amour et Miséricorde. Le 13 octobre 2009, léquipe de la Miviludes accompagnée dun journaliste du Parisien et dune équipe de France 2 effectuait une autre « visite surprise » dans la communauté du Moulin des Vallées à Saint Malo sur Mer en Bretagne. Le Moulin des Vallées se présente comme un monastère oecuménique dans lequel les gens puissent trouver « un peu de silence et de répit propice à la réflexion ». Il rassemble environ 70 praticiens diplômés du domaine de la santé, autour des enseignements philosophiques du moine Bouddhiste Frère Abel. La lettre de protestation envoyée au préfet par les membres du monastère explique les conditions et lesprit de la « visite ». Les membres ont résumé leur plainte comme suit : « Monsieur le Préfet, nous sollicitons votre aide afin de comprendre comment M. Fenech a pu sintroduire légalement dans un monastère sous le couvert dune investigation ministérielle, pour aider des journalistes à rédiger un rapport non autorisé ? » Ils décrivent ensuite la « visite » ainsi : « Mardi 13 Octobre, nous avons assisté à la visite de la Miviludes au monastère séculier du Moulin des Vallées qui sest avérée être une « descente » véritable et violente » telle décrite par Mme Anne-Cécile dAujourdhui en France, dans son article du vendredi 16 octobre. Avec le recul, le sentiment davoir été abusés et pris dans un traquenard persiste. Médusés, sans ressources, nous avons été les témoins dune véritable intrusion. Nous avons ressenti cette expérience comme un viol, telle fut la brutalité du raid de la Miviludes. Nous sommes abasourdis que de tels moyens puissent être employés au nom de la Commission interministérielle de lutte contre les dérives sectaires. Nous avons été soumis à un flux ininterrompu de questions auxquelles nous avons tenté de répondre face aux allégations de M. Fenech et nous avons été particulièrement choqués par ses insinuations sur le fait que nous étions une secte, avec lesquelles il ne cessait de nous interrompre. Nos réponses nont reçu aucun crédit et nous étions jugés et condamnés davance. En fait, par une série damalgames, dinsinuations et dinexactitudes, notre choix de vie a été dénigré et comparé à des mouvements dont les principes sont en opposition totale avec nos valeurs. » Cette nouvelle méthode de la Miviludes, présentée dans son Rapport de 2009 comme une meilleure aide aux victimes, représente en fait le déni des droits de ces communautés. La séquence des actions de la Miviludes se déroule comme suit: Elle reçoit des lettres de dénonciation ou des plaintes au sujet de certains groupes, ou, simplement, le groupe est inclus dans la liste des sectes établie en1995. Au lieu dessayer de dialoguer afin dobtenir davantage dinformations neutres, la Miviludes utilise ces dénonciations pour organiser des descentes en compagnie du media, afin dattaquer les groupes concernés. Loin dessayer de se conformer aux recommandations du Rapporteur lors de sa visite en France en 2005, la Miviludes est engagée dans une politique dattaque et de « lutte » contre des groupes minoritaires. Et ceci, contrairement aux directives de dialogue présentées dans le Traité européen de Lisbonne et aux principes de tolérance et de non-discrimination des Droits humains internationaux, instruments que la France a ratifiés pour garantir le droit et la liberté de religion et de croyance. Conclusion Plutôt que de chercher à réparer les atteintes aux droits de lhomme, identifiés dans le rapport de la Mission en France le 8 Mars 2006, les autorités françaises ont choisi une politique dintolérance et de discrimination, basée sur la répression de croyances minoritaires, quelles considèrent comme étant possédées dune « pathologie de croyance » et que, de leur point de vue, il convient de contrôler. La réalité est que le gouvernement français, par le biais de la Miviludes et de son président, a nourri et canalisé une intolérance religieuse avec sa politique publique de « lutte » contre des groupes religieux désignés comme des « mouvements sectaires ». Cette aggravation de la situation, ainsi que les mesures oppressive couramment prises par la Miviludes contre les groupes de croyance minoritaires, va à lencontre des droits de lHomme de leur membres et de leur droit à la liberté de religion, ainsi quà celui dune justice équitable et libre de toute discrimination. Ces mesures répressives ne peuvent pas être tolérées en regard des standards de lONU. Ce qui inclut la Déclaration pour lélimination de toute formes dintolérance et de discrimination basée sur la Religion ou les croyances, ainsi que par lArticle 18 de la Convention Internationale sur les droits civiques et Politiques. Les standards légaux internationaux stipulent que les nouvelles religions ou les religions minoritaires reçoivent un traitement équitable, de la même manière que les autres religions. Ces standards stipulent également un esprit de tolérance envers les mouvements minoritaires et la responsabilité de lEtat de créer le dialogue et de prendre des mesures là où des discriminations ont lieu. Jusquà ce que toutes ces mesures répressives soient éradiquées et que le gouvernement français entreprenne des actions fermes au moyen du dialogue à un niveau élevé, ainsi que par dautres mesures promouvant la tolérance envers toutes les religions, la discrimination dirigée en France contre des centaines de religions considérées comme des « mouvements sectaires » va continuer. Au nom du CAP LC, je requiers respectueusement du Rapporteur quil se mette en communication avec le gouvernement français en ce qui concerne ces faits et pour enquêter sur les allégations détaillées qui accompagnent la présente soumission. Ceci, afin que les droits des religions minoritaires soient restaurés en France. Je vous remercie pour votre aide. Si vous avez des questions à propos des informations que nous vous vous faisons parvenir, ou si vous avez besoin de davantage dinformation.
CAPLC - CAP pour la Liberté de Conscience - Liberté de Religion - Liberté de Conviction |
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