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CAP
LC 2008
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SECTES
Scientologie, Falungong, etc.
de Harold
Hyman
Le
phénomène sectaire inquiète. La Chine mène une
véritable guerre contre les sectes, l'Europe tente d'en limiter l'expansion,
le Japon ose à peine agir, tandis que les Etats-Unis leur laissent
une grande liberté. La culture politique de chaque pays suffit-elle
à expliquer ces différentes attitudes ?
«D'un côté,
il y a des sectes. Et puis de l'autre, il y a des sectes apocalyptiques ou
millénaristes.» Ainsi s'exprimait, voici deux ans, William Pfaff,
éditorialiste de l'«International Herald Tribune». Cette
distinction fonctionne au Japon, en Chine, mais
pas en France. «Une première mondiale», c'est ainsi que
la loi antisectes de mai 2001 a été caractérisée
par son rapporteur, la députée Catherine Picard.
Pour «The Guardian», «la France est le premier pays au monde
à tenter de limiter juridiquement l'influence des sectes», au
grand déplaisir de la scientologie et du révérend Sun
Myung Moon. Toutefois, les autorités catholiques et protestantes ont
critiqué l'usage du mot «secte» dans la loi, car il serait
«juridiquement indéfinissable».
Un député français, Jean-Pierre Bard, a rétorqué
qu'une religion n'est pas mieux définie : «Nous savons ce qu'est
une secte. Il nous fallait un instrument pour les combattre. Aujourd'hui nous
l'avons», a-t-il dit. Des définitions quasi légales ont
été formulées par des commissions d'enquête parlementaires
et par l'UNADFI, la principale association antisectes de France.
Mais en matière
de première, l'Allemagne a peut-être devancé la France
lorsqu'elle a, il y a environ quatre ans, juridiquement restreint les activités
des scientologues. Cette attitude a suscité aux Etats-Unis la réprobation
du Congrès et du Département d'Etat. Car, en 1993, les scientologues
se sont vus reconnaître par la Cour suprême américaine
le statut de religion légale.
Si la nouvelle loi française a laissé de marbre les élus
et journalistes américains, c'est sans doute parce qu'ils sont actuellement
préoccupés par la répression chinoise à l'encontre
de la secte du Falungong. C'est l'énième épisode du grand
drame de la violation des droits de l'homme par la Chine, un drame dont le
scénario est écrit à Washington.
Inversement, le sort du Falungong émeut bien peu en France. Une comparaison
est donc à faire entre la situation chinoise et française, car
aujourd'hui, ces deux pays se considèrent comme des piliers de l'antisectarisme.
Bien sûr, la loi
française ne réserve aucune punition pour les sectaires. Seul
est sanctionnée l'activité délictuelle, définie
de manière large, des adeptes responsables. Les décrets officiels
chinois débouchent, eux, sur une répression policière
et carcérale élevée au rang de croisade nationale. Mais
le langage du député français Jean-Pierre Bard ressemble
à celui employé par les autorités chinoises. Des mots
comme «maléfique, malsain, manipulateur» reviennent souvent.
L'association officielle antisecte chinoise, elle, a fait une discrète
visite en France, où elle a pu rencontrer quelques champions français
de l'antisectarisme. La désignation même de «secte»
(cult) justifie la répression menée par le gouvernement chinois,
note le «Times» de Londres. Les dirigeants chinois aussi savent
ce qu'est une secte. On dirait presque qu'ils utilisent à leur insu
une définition française !
La Chine se retrouve
dans une posture diplomatique maladroite. Elle cherche des soutiens à
cette croisade à contre-courant dans un Extrême-Orient truffé
de sectes. Tung Chee-hwa, chef exécutif de Hongkong, et James Murdoch,
fils de Rupert et PDG de News Corp en pleine expansion en Chine, ont tous
deux dénoncé le Falungong pour satisfaire Pékin.
En clair, l'Etat chinois se sent défié par les sectes, l'Etat
français non. William Pfaff nous rappelle dans l'«IHT»
que la Chine a souvent été secouée par des sectes révolutionnaires,
comme les Taiping et les Boxers au XIXe siècle : «La question
est de savoir à quel genre de secte appartient le Falungong.»
Les gouvernants pékinois ont clairement répondu.
Le Japon, enfin, est
lui aussi confronté à un problème de «cultes».
L'oeuvre assassine de l'Aum Shinrikyo cette secte apocalyptique à
consonance bouddhique a frappé aux gaz toxique en 1994 et 1995
a débouché sur une législation renforcée. Toutefois,
l'Aum Shinrikyo reste légale sous un autre nom.
D'autres sectes nipponnes n'ont rien de maléfique, au contraire : elles
sont considérées comme de simples «groupes religieux».
C'est le cas de la secte
Soka Gakkai, décrite notamment par le «Japan Times» comme
le volet religieux d'un parti politique présent à la Diète
et au gouvernement ! Chose, bien sûr, inconcevable en France. «Asiaweek»
classe le Japon aux antipodes de la «sectophobie».
La France laïque et républicaine, elle, mérite sans doute
le titre de pays occidental le plus avancé dans la sectophobie.
A moins que ce ne soit l'Allemagne...