|
CAP
LC 2008
www.coordiap.com |
|
La
nouvelle proposition de loi anti-sectes vous satisfait-elle ?
" Non, soit le texte manque de cohérence, soit on a voulu sciemment
nous tromper ".
Jean-Arnold de Clermont.
Président de
la Fédération protestante de France (FPF), le Pasteur Jean-Arnold
de Clermont fut, dès le début des débats parlementaires
sur la lutte contre les sectes, opposé à des propositions que
les Églises chrétiennes jugent contraires à la liberté
de croyance. Si le texte a été remanié, Jean-Arnold de
Clermont continue de critiquer la proposition de loi qui fera, aujourd'hui,
l'objet d'un ultime vote de l'Assemblée nationale.
Le nouveau texte de la proposition
de loi de lutte contre les sectes ne reprend pas le délit de "
manipulation mentale ". Cela vous paraît-il satisfaisant ?
Jean-Arnold de Clermont : - L'article 5 tel qu'il est rédigé
marque des progrès. Tout d'abord, l'ancien texte disait que la victime
d'un délit de manipulation mentale pouvait être consentante.
Le nouveau texte parle de délit " d'abus de l'état d'ignorance
ou de faiblesse " et les victimes sont clairement définies: les
mineurs, les personnes en état de dépendance physique ou psychologique
et... les femmes enceintes!
Je m'étonne qu'il ne se soit pas trouvé une seule sénatrice
pour se demander ce que viennent faire ici les femmes enceintes. Ne s'agit-il
pas de donner la possibilité, comme le demande le Réseau Voltaire,
de taxer de sectaires les groupes qui accueillent les femmes enceintes pour
les convaincre de ne pas avorter ?
Concernant encore l'article 5, le texte reste imprécis en disant que
le délit consiste à conduire la victime " à un acte
ou une abstention qui lui est gravement préjudiciable ". Mais
sur quel fondement le magistrat va-t-il juger le préjudice?
Ne sommes-nous pas soumis au risque que, en fonction des vents dominants et
des modes, il soit jugé " préjudiciable " de rentrer
dans les ordres, d'être membre d'un groupe religieux qui n'a pas pignon
sur rue? Donc, nos réserves demeurent.
- Le second point litigieux de la proposition de loi est la possibilité
donnée au juge de dissoudre une secte condamnée par les tribunaux
pour certains types d'infraction.
- Des progrès dans la rédaction de l'article premier ont été
faits. Mais il emploie l'expression: " créer, maintenir ou exploiter
la sujétion psychologique ". Or ces termes sont exactement ceux
qui étaient employés dans l'ancien article 5 visant le délit
de manipulation mentale.
Soit il y a un manque de cohérence qu'il faut corriger en employant
dans les deux articles les mêmes termes " abus d'état d'ignorance
ou de faiblesse ", soit on a sciemment voulu nous tromper, en supprimant
les termes critiqués dans l'article 5 pour les replacer dans l'article
premier. Ainsi on pourra demain devant les tribunaux français, faire
état de " manipulation mentale ". Cela ouvre la voie à
tous les abus...
... En doutez-vous ?
- Nous avons été reçus par le cabinet du Premier ministre,
et par la commission des lois du Sénat. Mais la commission des lois
de l'Assemblée nationale n'a pas jugé bon de nous recevoir.
Nous le regrettons et nous resterons extrêmement vigilants. Au-delà
de cette loi, je suis convaincu que cette affaire révèle un
problème plus profond.
Les responsables politiques n'ont plus la connaissance suffisante du paysage
religieux actuel. L'éducation nationale comme l'armée font preuve
aujourd'hui d'un réel souci de mieux comprendre la dimension religieuse.
Je me demande si cette même ouverture existe de la part des responsables
politiques français.
- Les auteurs de la proposition de loi se félicitent de l'intérêt
que suscite, à l'étranger, cette " première "
législative...
- Je suis profondément inquiet de cela. Car ils oublient de dire qui
sont, ces pays: il s'agit de la Chine qui veut bannir les Falungong, de pays
d'Europe de l'Est où les nationalismes religieux sont forts. Je suis
inquiet que la France puisse être une source d'inspiration pour des
pays où les libertés religieuses ne sont pas toujours respectées.
Recueilli par Bernard
GORCE