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CAP
LC 2008
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René
Rémond, politologue et académicien
«Non à toute législation antisectes »
… Enquêtes policières, rapports Parlementaires, création d'une nouvelle mission Interministérielle anti-sectes... L'État est-il dans son rôle ?
Son
rôle est de veiller à ce qu'il n'y ait pas d'abus contre la liberté des personnes,
l'honnêteté des transactions, des moeurs... II est responsable de la moralité
publique et du respect de la loi. Au nom de la liberté de chacun de croire
en ce que bon lui semble, l'État ne peut évidemment pas fermer les yeux sur
des pratiques qui tombent sous le coup de la loi.
Que les policiers, la Justice, le gouvernement et le Parlement s'inquiètent
des agissements de certaines sectes suspectes, j'en suis d'accord. Par contre,
je n'admettrai pas que l'on puisse légiférer spécialement pour elles.
Vous craignez
une loi d'exception ?
Une liste des sectes présumées dangereuses a été dressée. Elle est aléatoire,
souvent arbitraire et elle s'apparente à une loi des suspects. Qu'est-ce qui
est secte et ne l'est pas? II n'y a pas de définition intellectuellement satisfaisante.
Alors comment appliquerait-on une législation spéciale à un phénomène que
l'on n'arrive pas à définir ?
De proche en proche, on finirait par étendre cette loi. Ne recommencerait-on
pas avec les sectes ce que l'on a fait, jadis, avec les congrégations religieuses,
en adoptant un régime discriminatoire? Que craint-on de la part des sectes:
des séquestrations, des escroqueries, des atteintes aux bonnes moeurs. Le
code pénal suffit à les condamner. Il n'est pas nécessaire de leur consacrer
un chapitre spécial.
Partageriez-vous
l’opinion d'un certain nombre de militants laïcs qui affirment que l'État
n'a pas à se mêler des croyances quelles qu'elles soient ?
C'est la position libérale
et laïque traditionnelle, celle qui a conduit à la séparation des Églises
et de l'État: La religion est une affaire intime, privée. L'État n'a pas à
s'en mêler. Que les gens appartiennent à une secte, c'est leur affaire.. Cette
position n'est pas réaliste. II est vrai que la croyance religieuse est avant
tout un fait de conscience. En matière de liberté religieuse, l'État n'est
pas compétent. Il doit être neutre.
Il demeure que le fait religieux a, nécessairement, une dimension collective
et sociale: les gens se rassemblent dans des lieux de prière, ils transmettent
leurs convictions. Là, qu'on le veuille ou non, nous sommes dans le domaine
public. L'État ne peut pas fermer les yeux. La loi de séparation, dans son
article premier, affirme bien que la République doit garantir la liberté des
cultes. C'est donc reconnaître leur existence.