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CAP
LC 2008
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SECTES : " Si le droit est respecté, il n'y a rien à faire "
Tel
était l'intitulé de la conférence donnée, lundi
soir, à Auxerre par Patrice Rolland, professeur de droit public. Invité
par le cercle Condorcet, une association auxerroise qui planche sur des sujets
de société, le juriste parisien a donné un éclairage
intéressant sur le débat politique engagé à l'Assemblée
nationale.
Très attaché
à la liberté de conscience, Patrice Rolland enseigne prioritairement
les libertés publiques et les droits de l'homme. S'il estime qu' "
il faut se montrer vigilant devant les phénomènes sectaires
", il indique aussi qu' " il convient d'éviter les procès
en sorcellerie. Il est absolument nécessaire de protéger les
minorités " dit-il.
Patrice Rolland ne tient donc pas seulement un discours de juriste. II tente
une analyse sociologique du phénomène sectaire, en essayant
de comprendre pourquoi les sociétés occidentales génèrent
un tel symptôme.
L'Yonne Républicaine: Pourquoi, vous qui êtes juriste, vous êtes
vous intéressé aux sectes ?
Patrice Rolland - J'enseigne le droit public depuis une dizaine d'années.
J'ai d'abord travaillé à Rouen et à Paris II. Aujourd'hui,
je suis professeur de droit public à Paris XII. J'enseigne notamment
les libertés publiques et les droits de l'homme. En tant que spécialiste
des libertés, je me suis tout naturellement intéressé
au phénomène sectaire.
Quelle, définition donneriez-vous de la secte?
Je n'en ai pas. D'ailleurs personne ne peut en donner une.
Comment dès lors, réussir à légiférer?
Peut-on interdire les sectes?
Tant que le droit est respecté, il n'y a rien à faire. On ne
voit pas au nom de quoi on pourrait empêcher un groupe d'individus de
se réunir ou de vivre en communauté, à partir du moment
où ils respectent la loi. Or, la plupart des groupes sectaires ne transgressent
pas la loi il n'y a donc pas grand-chose à faire.
Les députés
tentent d'établir une législation spécifique aux sectes
pour éviter qu' elles puissent nuire à l'individu. On parle
de la création d'un délit de manipulation mentale.
Cela vous semble-t-il
nécessaire?
Cela me paraît
tout à fait impossible, et peu souhaitable. Je ne crois pas qu'une
loi condamnant la manipulation mentale puisse être promulguée.
La manipulation mentale n'a pas en effet de contour juridique. Elle est indéfinissable.
De plus, on risque de tomber dans des procès en sorcellerie...
... Que pensez-vous des
mouvements antisectes, comme l'ADFI (association de défense de la famille
et de l'individu) par exemple?
C'est bien que les mouvements
antisectes existent mais quand ils ont l'oreille du gouvernement, ça
m'embête. Ils tiennent alors un langage qui devient officiel.
Qu'est ce qui, selon
vous, pose problème dans le phénomène sectaire?
Je dois dire que ce phénomène
ne m inquiète pas réellement. Je crois qu'il ne faut pas s'alarmer.
Il n'y a plus aujourd'hui de développement des mouvements sectaires.
Et puis le concept de secte n'est pas un concept absolu. Il faut analyser
au cas par cas. Or on ne parvient pas à comprendre ce qui se passe
dans ces groupes.
Jusque dans les années 60, les sectes étaient d'origine protestante.
Désormais, il est impossible de cerner leur philosophie, si on peut
appeler cela ainsi:
À quoi attribuez-vous l'émergence de cette diversité
sectaire?
Je crois que cela est lié à l'état des sociétés
occidentales. On n'écoute plus l'institution, justement parce qu'il
s'agit de l'institution. Résultat les religions ne fédèrent
plus. En fait, le phénomène sectaire est un symptôme du
malaise social. Aujourd'hui, on se fait sa propre religion. L'individualisme
est de rigueur. Mais paradoxalement, on a besoin d'une structure. Cette structure,
c'est la secte.
Pourquoi, en France, les sectes sont-elles à ce point dans le collimateur,
ce qui est loin d'être le cas aux États-Unis?
Les Français sont plutôt intolérants. Nous sommes très
attachés à la notion d'universalisme. La tradition républicaine
française n'a pas toujours prôné le pluralisme. Ce jacobinisme
reste présent dans la mentalité française.
Toucher aux sectes, est-ce porter atteinte à la liberté de conscience?
C'est vrai que vouloir éradiquer les sectes, lorsque la loi est respectée,
c'est s'attaquer à la liberté de conscience. Mais cette liberté
est insaisissable. Ni l'Église, ni Staline n'ont réussi à
l'aliéner. En outre, la loi de 1905 sur la séparation de l'Église
et de l'État garantit la liberté de conscience. Actuellement,
la cour européenne aborde le problème des sectes sous l'angle
de la liberté de conscience individuelle. Je pense qu'une société
de liberté doit accepter une part de risques. Elle doit aussi laisser
les minorités s'exprimer.
Propos recueillis par Hubert Besson.