Breveter la vie, breveter
toutes espèces vivantes, toutes les substances naturelles, breveter
le code génétique, pourquoi pas l'ADN humain et toutes substances
du corps humain, c'est le cauchemar qu'un certain nombre de militants
éclairés tentent de nous éviter. On a parlé
du pillage projeté des substances médicinales utilisées
par les peuples traditionnels, tels ceux de l'Amazonie, et l'on croyait
que seules ces civilisations traditionnelles étaient menacées.
Et bien non ! Les corporations qui tentent de tuer toute concurrence "
naturelle " - telle celle des pharmaciens sous Pétain - viennent
de frapper un grand coup en France même. L'objet de leurs foudres
: les traitements naturels !
Un décret qui a pris effet au 1er juillet 2006 interdit à
quiconque de commercialiser, de divulguer des recettes ou de parler de
produits dits phytosanitaires qui ne seraient pas " homologués
", systématisant ainsi l'autorisation de mise sur le marché
(AMM), dont certains dénoncent la partialité et un certain
laxisme vis à vis des produits réellement toxiques.
Les produits phytosanitaires : définition
Un produit phytosanitaire est un produit destiné à protéger
des espèces végétales cultivées (y compris
des arbres), à en améliorer les rendements, et comprend
entre autres les pesticides, chimiques ou naturels. Ils sont constitués
en fait d'une quinzaine de catégories, comme les fongicides (champignons)
et les bactéricides, et la France en consomme environ 100 000 tonnes
par an, au troisième rang mondial.
Dans les produits visés, on trouve des recettes naturelles phytosanitaires
utilisées depuis des siècles, que certaines associations
s'efforcent actuellement de sauver de l'oubli et de promouvoir.
Une homologation coûteuse
et souvent hypocrite
Or, la commission nationale chargée de ladite homologation est
exclusivement composée de producteurs de produits chimiques, sans
aucun représentant des producteurs de produits naturels. Depuis
ce décret, toute information, tout article sur ces recettes naturelles
tombe sous le coup de la loi.
Il faut rappeler qu'une homologation nationale est très coûteuse
(plusieurs centaines de milliers d'euros), et d'ailleurs qui donc paierait
les frais, quand ces produits n'appartiennent justement à personne
en particulier mais à l'humanité toute entière ?
A l'inverse, les défenseurs des produits dits traditionnels font
remarquer qu'un très fort pourcentage de produits " homologués
" s'avèrent à l'usage toxiques ou dangereux - dont
les pesticides non naturels - et sont retirés de la vente après
10 ans d'utilisation. La polémique sur le gaucho avait fait sensation
il y a quelques années, mais ne constitue que le haut de l'iceberg.
En effet, le programme européen global de réforme écologique
de l'agriculture prévoit d'interdire d'ici 2008 près de
400 produits jugés dangereux pour la santé de l'homme qui
avaient été cependant agréés par une directive
de 1991.
Ils tirent l'alerte sur le fait que 90% des produits utilisés en
agriculture et en jardinage biologique sont de fait rayés de la
carte par ce décret.
Prison et amendes pour les contrevenants
Selon ce nouveau décret (en application d'une loi du 5 janvier
2006), transmettre un savoir de ce type (engrais naturel, etc.) à
d'autres personnes serait passible de 2 ans de prison et de 75 000 euros
d'amende. A l'avenir, les produits d'agriculture naturels non " homologués
", ne pourront être confectionnés et utilisés
qu'à des fins personnelles, et ils ne devront plus être vendus,
donnés, conseillés, recommandés, que ce soit au travers
d'un livre, d'un site Internet, d'un journal, d'une formation ou d'une
conférence ! De par cette loi d'orientation, titrée "
RÉPONDRE AUX ATTENTES DES CITOYENS ET DES CONSOMMATEURS "
(sic !) la majorité de l'activité de l'agriculture biologique
passe hors la loi, dans la mesure où justement le cahier des charges
de cette activité impose de ne pas utiliser de produits de synthèses,
donc des produits majoritairement traditionnels.
Premières intimidations
Signe révélateur de l'intention
suspecte de cette loi, le premiers visés n'ont pas été
les promoteurs de produits industriels hautement toxiques. Non, le 31
Août 2006, les représentants de l'Inspection nationale des
enquêtes de concurrence, de consommation et de répression
des fraudes et le Service régional de la protection des végétaux
de l'Ain ont effectué une visite chez un entrepreneur paysagiste
de l'Ain, qui dispense des formations en agriculture utilisant des produits
naturels. Non seulement, ces fonctionnaires zélés ont saisi
les documents de cours proposés aux stagiaires ainsi que des données
informatiques, le tout sans mandat... Mais ils ont interdit d'aller récolter
avec les stagiaires des plantes sauvages dans la nature, ces plantes étant
destinées à une utilisation pour des préparations
visées par le décret ! Cette visite intempestive semble
consécutive à la publication par l'intéressé,
Eric Petiot, d'un ouvrage intitulé " Purin d'ortie et compagnie
", aux éditions De Terran. Cette loi va-t-elle devenir un
outil de rétorsion " ciblé " contre les filière
naturelles, bio et bio dynamiques, contre la presse environnementale et
de santé ? Contre les chercheurs et associations d'usagers de santé
? Contre les stages permettant aux jardiniers et agriculteurs de devenir
plus indépendants des grands producteurs phytosanitaires ?
Réactions : vers
une nouvelle objection de conscience ?
Corinne Lepage, ancienne ministre de l'environnement et avocate spécialisée
dans le droit de l'environnement, a commenté : " C'est une
atteinte à la liberté, et je ne vois pas en quoi ces produits
rentrent dans la catégorie des produits phytosanitaires visés
par la loi. Il sera peut-être utile d'aller jusqu'à un procès
pour faire jurisprudence en la matière. "
Ecrivain paysan, Bernard Bertrand a créé les Editions de
Terran et, spécialiste des savoirs traditionnels respectueux de
la nature, il occupe également la fonction de porte-parole de l'association
des Amis de l'ortie. Il s'interroge : va-t-on demain brûler ou envoyer
au pilon tous les livres transmettant ces savoirs et recettes traditionnels
?
L' association des Amis de l'ortie a lancé un appel aux fonctionnaires
qui pourraient être amenés à appliquer ce décret,
pour qu'ils fassent appel à la clause de conscience qui leur permet
de juger de l'opportunité de mettre en application un décret,
aussi répressif et attaquable dans sa légalité.
Plus d'informations à : www.univers-nature.com