Une nouvelle commission parlementaire
Après
avoir été réclamée et annoncée depuis longtemps, voilà donc une nouvelle
commission parlementaire à voir le jour, la troisième en 11 ans. Elle
s'est donnée pour rôle d'étudier l'influence des sectes sur les mineurs.
Avant
d'en parler plus longuement, faisons un petit détour bien inattendu
et non dénué de sel.
«
Depuis quelque temps, on parle beaucoup de la laïcité en France, peut-être
même trop, car la grande majorité des citoyens de ce pays la tiennent
pour un acquis définitif. Il ne faudrait donc pas que ce principe essentiel
de laïcité, pour des raisons plus idéologiques que républicaines, devienne
le fondement d'un intégrisme tout aussi dangereux que l'intégrisme religieux.
Là encore, je pense que ce livre ["Secte" sur ordonnance, auteur Serge
Toussaint] met bien ce danger en évidence. Veillons donc à ce que la
lutte contre les sectes ne devienne pas elle-même un vecteur de sectarisme!
»
De
qui est ce texte? D'un défenseur des minorités de conviction? Non, absolument
pas. Il est de Mme JeannineTavernier, égérie de la lutte anti-sectes
et ancienne présidente de l'UNADFI.
Et
précédemment elle écrivait: « ... il a suffi qu'une commission parlementaire,
ou plutôt quelques députés d'une commission, le [l'AMORC] mettent à
l'index dans un rapport, pour que l'opprobre, relayé par l'emballement
médiatique, devienne une condamnation publique. »
Oh
combien sommes-nous d'accord avec Mme Tavernier! Pour une fois. Et combien
voudrions-nous qu'elle dise la même chose de tous les groupements mis
à l'index dans le trop fameux rapport de 1995, et pour lesquels l'opprobre,
relayé par l'emballement médiatique, est devenu une condamnation publique.
Alors à quand la réhabilitation pour tous?
En
tout cas la prose de Mme Tavernier est d'une brûlante actualité, et
nous recommandons sa lecture à tous les membres de la toute nouvelle
commission parlementaire qui vient de voir le jour et qui est en charge
d'enquêter sur l'influence des sectes sur les mineurs. « Veillons donc
à ce que la lutte contre les sectes ne devienne pas elle-même un vecteur
de sectarisme! »
Et
veillons également à ce que quelques députés d'une commission ne jettent
l'opprobre sur des groupements parfaitement innocents. De l'opprobre
à la condamnation publique, il n'y a qu'un pas. Alors, pourquoi une
telle commission parlementaire?
Pour
nous, elle ne trouve aucune justification dans l'actualité.
Ainsi
la MIVILUDES elle-même écrivait début 2005: « Toutefois, le nombre de
mineurs en danger est relativement faible au plan national (une enquête
a montré en 2003 que sur 54000 dossiers d'assistance éducative, seuls
192 présentaient un lien avec une problématique sectaire) ».
Et
le 6 septembre 2005 à l'Assemblée Nationale, le Premier Ministre déclarait:
« Les cas de maltraitance physique ou psychologique de mineurs en relation
avec l'appartenance d'un ou des parents à un mouvement dit sectaire
sont exceptionnels. »
La
création de cette commission parlementaire est d'autant plus ridicule
qu'il existe bien d'autres préoccupations autrement plus gravissimes
concernant les jeunes. En permanence les voitures flambent dans les
banlieues, la délinquance juvénile est en hausse constante. La consommation
des drogues explose: cannabis (26% des filles et 38% des garçons), cocaïne
(1,1% des filles et 2,0 des garçons), champignons hallucinogènes (2,0%
des filles et 4,9% des garçons). Egalement le taux de décès par suicide
est de 11% entre 15 et 19 ans, et de 17% entre 20 et 24 ans. Chiffres
à comparer avec un taux de 2% pour l'ensemble de la population.
Les
raisons pour créer une telle commission sont donc à chercher ailleurs.
Un élément de réponse est donné par la réponse de M. Fenech, président
de cette commission, à la question d'un journaliste: « Sans vouloir
m'avancer sur les conclusions de nos travaux, je pense au problème de
la prescription: on peut imaginer de la faire partir le jour de la majorité
de l'enfant. Se posent aussi les problèmes du secret médical et du contrôle
d'obligation d'enseignement et de scolarité. » Ce qui intéresse en priorité
le président de la commission est l’enfant après sa majorité pour tenter
de multiplier les plaintes contre les mouvements.
La
stratégie du lobby est donc claire: créer un sentiment de panique et
d'urgence dans l'opinion publique en vue de proposer et de faire voter
un certain nombre de lois liberticides. Rajouter de la pression sur
les membres des minorités de conviction. Contrôler davantage le secteur
médical et celui de l'enseignement.
Et
voilà quelques-unes des déclarations faites le 28 juin lors de la mise
en place de cette commission parlementaire. A chacun d'en juger.
Déclaration
de M. Olivier Jardé de l'UDF: « C’est pourquoi, bien qu’aucune action,
en la matière, ne puisse être définitive ni suffire à résoudre un problème
aussi grave – on ne peut malheureusement espérer un grand soir des sectes,
permettant de régler la question une fois pour toutes. » S'agit-il d'un
nostalgique de la Saint-Barthélémy? Une telle déclaration a de quoi
faire froid dans le dos.
Déclaration
de Martine David: « Il faut donc renforcer la publicité et rendre aisément
accessible la liste des organisations présumées sectaires ». Rappelons
qu'une circulaire de M. Raffarin demande la fin des listes de groupes
sectaires. Présumées sectaires, nul besoin de preuves, la présomption
suffit. Nous qui croyions en la présomption d'innocence!
Mme
David, qu'en dites-vous?
Et
nous nous devons de porter une attention particulière à la déclaration
de M. Guy Geoffroy (UMP): « Nous signifions par là que nous avons conscience
de la nécessité pour chacun de croire, [en une croyance religieuse]
pourquoi pas en dehors des chemins de la République, mais sans contredire
la vérité de la République. » C'est clairement affirmer le primat de
la vérité de la République sur la vérité religieuse. Une remise en cause
de la séparation des Eglises et de l'Etat? Le soi-disant danger sectaire
ne serait donc qu'un prétexte fallacieux pour mettre au pas les religions,
toutes les religions?
Nous
voilà donc avertis.
A
nous de nous taire et laisser faire ? Mais alors personne n'aura à se
plaindre des conséquences pour lui, ses proches, ses amis.
Nous
avons aussi la possibilité de faire savoir qui nous sommes réellement,
sans violence, mais sans faiblesse.
Parce
qu'il faut le dire haut et fort, l'enseignement public dit laïque n'est
pas un modèle de réussite.
Violence
à tous les étages.
Mais
ce ne sont pas nos enfants qui incendient les voitures, violent et commettent
des délits atroces, se shootent de toutes les manières. Non, mais bien
au contraire, nos enfants à nous deviennent des adultes responsables
et intégrés. Si une solution doit être trouvée à la crise de la jeunesse,
c'est chez nous, dans nos méthodes d'éducation qu'il convient de la
chercher.
Voilà
ce que devrait conclure le rapport de cette commission parlementaire
si celle-ci menait ses travaux avec sérieux et impartialité. Mais au
vu de la liste de ses membres, son président et son rapporteur, tous
des vieux militants contre les minorité de conviction, l'espoir est
autant dire nul.
Amitiés,
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