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CAP
LC 2006
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Commission
d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et
aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et morale des
mineurs
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Audition de : Madame Catherine
Picard, présidente de l’Union Nationale des Associations de défense de
la Famille et de l’Individu
Intervention compléte ...Cette commission d'enquête .... je rappellerai
tout simplement à l'intention de tous mes collègues pour ceux qui
ne le sauraient pas ; que Mme Picard est une ancienne députée, auteur
donc de la loi qui porte son nom avec le nom de Mr About, sénateur...
Vous êtes aujourd'hui, Catherine Picard, Présidente
de l'Union Nationale des Associations de Défense des Familles et de
l'Individu : l'UNADFI...heu...je dois vous rappeler, bien que vous le
sachiez très bien, les termes de l'article 142 du règlement de notre
assemblée. La commission pourra décider de citer dans son rapport tout
ou partie du compte rendu qui en sera fait et ce compte rendu vous sera
préalablement communiqué et les observations que vous pourriez faire
seront soumises à la commission. Notre ordonnance 58 modifiée, relative au fonctionnement
de l'assemblée parlementaire : les personnes auditionnées sont tenues
de déposer sous réserve des dispositions relatives au secret professionnel
et ses exceptions en matière d'atteinte sexuelle. Cette même ordonnance,
Mme Picard, exige des personnes auditionnées qu'elles prêtent serment
de dire la Vérité, toute la Vérité, rien que la Vérité. Je vais donc
vous demander de lever la main droite et de dire : "je le jure". "Je le jure" Merci. Même avertissement pour la Presse. En ce qui
concerne la loi de 1881 ; je vous cède la parole ; Mme Picard en votre
qualité de présidente de l'UNADFI, pour un exposé qui sera ensuite suivi
de questions. Catherine Picard : Je vous remercie Mr le Président. En préalable, je
signale que mon intervention est écrite à la disposition du secrétariat,
que l'UNADFI a tenu à apporter un certain nombre de documents : Cinq
cahiers qui sont l'illustration du phénomène sectaire concernant les
mineurs, qui est l'objet de cette commission : La présentation du phénomène, le phénomène sectaire
en milieu éducatif, les questions médicales ... de la vie.... concernant
la vie familiale et des témoignages. Ce sont...c'est une compilation
assez récente que nous avons vue ... que nous avons voulue récente,
qui s'échelonne entre 2003 et 2006, afin justement que l'on ne puisse
pas dire que les témoignages remontent trop loin. Donc, nous nous sommes tenus de garder un temps de
documentation très présent. Par ailleurs sera remis à la commission
une synthèse de la maltraitance dans … des enfants dans les sectes,
avec deux textes : un de la Présidente, vous m'en excuserez, un de Maître
Jougla sur les enfants victimes de sectes, victimes ignorées, oubliées,
négligées ou parfois niées. Ensuite, afin d'apporter un peu au sujet général,
nous avons traité le sujet sous trois formes d'entrée : les atteintes
aux liens familiaux, les atteintes à l'intégrité corporelle et au développement
physique...excusez-moi... les atteintes au développement intellectuel,
psychologique, moral et social. Nous l'avons référencé avec les textes de lois en
vigueur dans notre pays ainsi qu'avec les articles de la convention
internationale des droits de l'enfant dont je dirais dans mon propos
qu'elle est assez peu utilisée. Par ailleurs ce récapitulatif
est donc...sera formulé sous la forme donc de trois entrées, de trois
tableaux ; et nous avons apporté à la commission, qui semblait avoir
des demandes très précises en matière de témoignages, outre celui
des victimes que nous...que vous avez entendues, un …. récapitulatif
de 12..... de 112 cas heu...dont la commission appréciera ... le contenu,
qui reprennent les types de maltraitance ; donc les trois entrées
par les atteintes que je viens de citer, les groupes ou les techniques
….., puisque aujourd'hui, les groupes fermés sont encore très virulents
mais la multiplication des groupes et des applications de technique,
particulièrement sur des thérapies dites alternatives, sont importantes.
Un résumé des cas dont ... (si la commission d'ailleurs
a besoin d'un complément d'informations nous serons en mesure de le
lui donner, parce que nous avons voulu quand même que cela tienne dans
un petit cadre et c'est toujours un exercice très contraint de faire
une synthèse ...) la gravité des faits et des signalements ; c'est-à-dire,
est-ce qu'il y a eu des suites judiciaires ? N'y en n'a-t-il pas eu
? Quel a été le rôle des associations, de l'administration ou des ADFI
en fonction des cas ? La source ? C'est à dire quelle est l'ADFI de
référence ... en France et la date, qui, je le répète .... les dates...nous
avons pris principalement des cas dans les deux dernières années et
nous avons trié, nous en avons quand même 112 qui me semblent illustrer
le ... me semblent illustrer un peu le sujet que nous devons traiter
… donc il y a une version papier et une version "nouvelle technologie
de l'information". Fenech : On vous remercie Mme Picard, vous facilitez notre
tâche. Picard : Bon, puisqu'il m'a été accordé, au-delà de la présentation
des documents, un petit propos préliminaire, je vais, Mr le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés, Mesdames et Messieurs, vous le présenter. Je tiens d'abord à remercier au nom des membres de
l'UNADFI et des associations qui constituent cette union ainsi que de
ses bénévoles, l'Assemblée nationale ainsi que ses représentants de
l'initiative de créer cette commission d'enquête. J’associe à ses remerciements
le personnel de l'ADFI, qui a permis la constitution des documents que
je vous remets, Mr le Président. L'UNADFI est une union d'associations. Il y en a 26
sur le territoire français qui accueillent et accompagnent les victimes
de secte. L'UNADFI fait vivre un centre de documentation ; elle est
forte d'une documentation qui s'échelonne sur une trentaine d'années,
puisque la première ADFI a été crée en 1974. Elle informe et effectue
les interventions de prévention sur le phénomène sectaire et ses dérives.
C'est bien des victimes dont nous parlerons au cours
de cette audition, de victimes souvent méconnues pour lesquelles la
prise en charge est encore très fragile, voire inexistante. Nous considérons
comme victimes, les victimes directement concernées par les manipulations
dont elles ont fait l'objet, mais aussi leurs proches ; les conséquences
de l'appartenance sectaire sont destructrices du lien familial, social
et citoyen. C'est bien des victimes que vous avez déjà auditionnées
: leurs expériences, leurs doutes, leurs échecs, les incompréhensions
dont elles ont été l'objet et les difficultés d'insertion dans la vie
sociale, professionnelle dont elles vous ont fait part, met en lumière
la complexité du sujet mais aussi la complexité de son traitement. Sans compter qu'il faut souligner le courage qu'il
y a à témoigner publiquement d'un parcours de vie alors que peuvent
peser sur certains, menaces, harcèlement, intimidations. La collusion
actuelle des mouvements sectaires, leur organisation au sein de pseudo-associations
de défense de droits ….. là, j'ai laissé quelques points de suspension
…... représentent un danger potentiel pour les victimes, les associations
et les professionnels qui se sont exprimés. C'est encore de victimes dont ont parlé les différents
responsables des services de l'Etat. Je passerai sur les difficultés
rencontrées entre 2002 et 2004 empêchant tout essai de coordination
de ces services, et mettant en péril les actions d'informations, de
prévention et de formation des fonctionnaires et des professionnels
de terrain fortement engagés sur ce sujet. Des acteurs dont il est indispensable
d'avoir l'appui et l'expertise pour concevoir et améliorer la protection
des victimes. Aujourd'hui, l'actuelle MIVILUDES permet à nouveau de
travailler sereinement dans l'intérêt de tous et sur l'ensemble du territoire. Lorsque ces victimes sont des mineurs, on ne peut
que se féliciter à nouveau de la part prise par le législateur pour
s'inscrire dans la continuité de l'action Républicaine. Rappelons aux
détracteurs de cette commission, que dès 1793 : Constitution de l'An
1 de la République ; une nouvelle déclaration élargit la notion de droit
d'instruction à celle d'assistance. La création d'un Premier Code Civil
affirmât les devoirs des parents envers les enfants : surveillance et
protection ; un principe qui sera confirmé deux siècles plus tard, en
1989, à l'article 18 de la Convention Internationale des Droits de l'Enfant,
souvent cité, peu appliqué : "la responsabilité d'élever un enfant
et d'assurer son développement, incombe en premier chef aux parents..".
Si j'ai inclus cette citation c'est bien entendu "par exclusive"
(?) des parents et non pas par l'intermédiaire d'un gourou ou d'un groupe
à qui l'enfant est souvent dédié. Je ne résiste pas, pour clore,
à citer cet outil de protection des mineurs dont s'est procuré la France
: qui est l'Ordonnance de 45, souvent citée, souvent décriée : la France
n'est pas assez riche d'enfants pour qu'elle ait le droit de négliger
tout ce qui peut en faire des êtres sains. L'endoctrinement, les sévices
corporels, la privation d'instruction, l'éducation sous la contrainte
et la peur, la diabolisation des membres de sa famille et de la société
ne peuvent en rien permettre à un enfant de devenir un être sain et
encore moins un citoyen. Nous sommes au cœur du sujet,
les enfants mineurs restent au centre de la problématique sectaire et
ceux qui portent atteinte ... attente … pardon... à leur dignité échappent
encore trop souvent aux sanctions prévues par la loi. C'est donc bien de protection
dont ces enfants ont besoin. Ils sont à la fois sous la protection dont ces enfants ont besoin,
ils sont à la fois sous la coupe de leurs parents qui déterminent pour
eux un choix d’appartenance à telle ou telle doctrine, mais aussi sous
l’influence d’un gourou ou d’un maître à penser régissant le groupe
dont ils font partis. Il ne faut pas négliger aujourd’hui au regard de l’évolution
sectaire, la constitution de mouvances, de réseaux menés par des expérimentateurs
de techniques de soin ou d’éducation dont la fantaisie rivalise avec
la dangerosité de leurs conséquences ; d’aucun les nommerait charlatan
du corps et de l’esprit. L’augmentation importante dans les 10 dernières années de
ces mouvances, de ces réseaux, près de 600 répertoriés en France mais
aussi en Belgique, dont il faut saluer l’excellence du travail sur le
sujet sectaire, amène son lot de prosélytes. Ils sévissent au plus près
des secteurs de vulnérabilité, près des lieux de vie et d’activités
de jeunes mineurs, j’aurais dû dire aussi de soins. Les mêmes prosélytes approchent les parents en proposant
de fausses réponses à de vrais désarrois. Si l’on attrape les parents,
on gagne les enfants, la boucle est bouclée. L’enfant ou l’adolescent
est au centre de ces démarches internes ou extérieures, l’enfant en
devenir n’est pas épargné car le secteur de la péri-natalité est approché
par ces pseudo-thérapeutes, et j’aurais 2 documents à remettre à la
commission. Avant de passer aux cas concrets qui ont été recensés sur
les 2 dernières années par les ADFIs, parmi lesquels nous avons donc
trié les plus significatifs, je me permettrai une dernière remarque
générale. Les décisions des différentes instances européennes sont souvent
citées par nos détracteurs. Je voudrais rappeler à la commission la recommandation 14-12
de 1999 sur les activités illégales des sectes. L’Assemblée du Conseil
de l’Europe, en son article 9 indique : qu’elle attache
une grande importance à la protection des plus vulnérables et notamment
des enfants d’adeptes de groupes à caractère religieux, ésotérique ou
spirituel, en cas de viol, d’absence de soin, d’endoctrinement, de lavage
de cerveau - c’est l’Assemblée du Conseil de l’Europe qui ne dit
pas « manipulation mentale » mais « lavage de cerveau »
- et de non-scolarisation qui rend impossible tout contrôle de la
part des services sociaux. Je crois que dans cette décision, tous
les mots et tous les maux sont prononcés. Par l’étude des cas que nous proposons à la commission, nous
pouvons mesurer la complexité des situations rencontrées et mieux comprendre
la perplexité des professionnels confrontés à ces cas. Ennui, frayeur
et souvent déroute sont souvent les réactions des magistrats, des juges
des affaires familiales, des assistants éducatifs ou sociaux. Grand
est le pas à faire sur la formation et l’explication de la problématique
sectaire encore dans notre pays. Ce désarroi est orchestré
par la confusion entretenue, mêlant la dimension des croyances et
de la religion dans les propos communément divulgués par quelques
sociologues des religions et les sectes elles-mêmes. Nous avons distingué 3 sortes d’atteinte envers les mineurs :
atteinte aux liens familiaux, atteinte à l’intégrité corporelle et au
développement physique, atteinte au développement intellectuel, psychologique,
moral et social. Ces atteintes sont elles-mêmes divisées en catégories,
que je tiens à faire passer au président … excuse-moi de te mettre à
contribution … . Donc nous pouvons retrouver ce que dit le Droit pour
la plupart de ces atteintes, ce qui prouve que le Droit peut répondre
lorsqu’il y a plaintes. Il nous a été difficile de mettre un cas dans chaque catégorie
parce que la complexité du phénomène sectaire lorsqu’il s’agit d’enfants
est probante. Là nous reprenons, si vous le voulez bien, quelques cas
qui sur une simple affaire, j’allais dire, d’approche d’une ADFI au
cours d’un divorce et d’une garde d’enfant, d’une demande de garde d’enfant
par l’un des parents, nous fait remonter tout le parcours à l’envers
de ce que peut vivre une famille dont l’un ou les 2 membres sont membres
d’un mouvement sectaire. En conclusion, malgré un cadre législatif protecteur des
mineurs, tant au plan national qu’international, force est de constater
que le droit des mineurs ne suffit pas à protéger les enfants de l’influence
néfaste, tant morale que physique, des mouvements sectaires ni de leurs
prédateurs. Nous ne pouvons que demander à la commission de donner des
préconisations claires et surtout ceux qui en auront le suivi, de les
faire appliquer. Je me tiens à la disposition de la commission pour répondre
à ses questions monsieur le Président. Fenech : Merci. Est-ce que quelqu’un a déjà une question à poser ?
Monsieur …, Monsieur … pour l’instant ? Martine David. Martine David : Comme Mme Picard, au nom de l’ADFI, a eu la gentillesse de
nous apporter un document mais qu’on n’aura pas le temps d’examiner,
très vite, peut-être elle pourrait si elle le veut bien - ça m’ennuie
de lui dire « vous » parce que je la connais bien - nous donner
si j’ose dire un échantillonnage des témoignages les plus … qui affectent
le plus le … de mineurs qui sont embrigadés et en tout cas sous influence
sectaire, nous donner quelques indications à ce sujet y compris peut-être
dans la dernière période, alors j’ai bien compris que vous aviez quand
même retenu essentiellement depuis 2003. Et est-ce que vous avez le sentiment que par rapport à ces
témoignages et ceux qui ont pu les précéder, il y a une augmentation ?
Une stabilisation ? D’une part en terme quantitatif, et d’autre
part est-ce que tant la gravité que le côté insidieux de certains cas
vous paraissent à noter ou pas ? Fenech : Question complémentaire Serge Blisco ? Serge Blisco : Oui pour compléter. Au-delà des histoires nécessairement
personnelles que vous allez nous exposer, est-ce que vous pouvez nous
indiquer en un mot ou deux quels sont les verrouillages, les verrous,
les blocages, les difficultés que vous avez rencontrés, eu égard à notre
droit, à notre réglementation ou alors au fonctionnement des services
sociaux, médicaux, judicaires ? C. Picard : Je peux peut-être partir par la question de Mr Blisco. Je crois qu’il ne faut pas caractériser le fonctionnement
ni des services sociaux ni le fonctionnement particulièrement des juges
des affaires familiales parce que c’est vrai que le divorce est un moment
révélateur de cas pour lesquels peut-être les gens ne seraient jamais
venu consulter une association de défense de l’individu. Je pense que, dans mon propos, si j’ai voulu marquer cette
… un peu, non pas un dysfonctionnement mais une difficulté qui est celle
que, chacun est placé en fonction des ses croyances et de son approche
à ce sujet, avait un niveau différent d’appréciation de la difficulté
des cas qui sont rencontrés. C’est à dire que, on va prendre le cas
majoritairement des juges, je ne ferai pas un détour sur le nombre de
dossiers, la difficulté à instruire, etc… Il est extrêmement difficile aujourd’hui pour un magistrat
d’avoir une vision très précise, et d’avoir le temps de se l’approprier,
du groupe, du rapport à la doctrine qui amène une personne dans son
bureau à dire : « Mon enfant ne peut pas être gardé par
tel ou tel, son père ou sa mère, parce qu’il subit des pressions psychologiques,
il subit des pressions ». Nous sommes dans un sentiment où ce travail reste à faire
et je pense que là, il y a vraiment un travail de formation et surtout
plus que de formation, parce que je pense que le juge a tout à fait
la capacité de se donner les moyens d’aller faire sa recherche, mais
surtout de penser qu’il n’est pas dans un dossier de divorce, il n’est
pas face à un dossier comme les autres, bien que tout soit toujours
difficile, lorsqu’il s’agit de l’introduction du phénomène sectaire
et que l’appréciation est difficile. Elle est difficile personnellement
mais elle est aussi difficile par le sujet même du dossier. Pour avoir instruit des dossiers dans des procès pour un
certain nombre d’avocats, il faut savoir quand même que ça demande des
heures et des heures de travail pour arriver à pouvoir mettre en place
la preuve de ce que l’on avance, et ça je crois que malheureusement,
dans le traitement quotidien des affaires civiles, ce temps manque.
Sur les services sociaux, il y a alors là pour le coup un
véritable travail de prévention à faire et de formation pour au moins
alerter les services sociaux et je pense particulièrement aux services
des conseils généraux qui ont la responsabilité d’une partie de la protection de
l’enfance et aussi de l'adoption pour leur dire que ces cas existent
et mettre en valeur, en lumière la dangerosité potentielle, toujours
en respectant bien entendu notre cadre législatif, la constitution et
les principes qui nous régissent. Je ne referai pas à certains qui
étaient présents au moment de l’élaboration de la loi, le travail qu’il
a fallu faire justement pour rester cadré dans les principes qui sont
les nôtres et qui sont à l’honneur de la République tout en essayant
de démontrer qu’il y avait quand même de la mise en état de suggestion,
qu’il y avait tout un travail de manipulation sur certaines personnes.
Par rapport au droit, je crois que
dans le code pénal, dans le code civil, dans tous les codes et c’était
déjà ce que nous avions remarqué précédemment, nous avons tous les outils
pour répondre à des attaques sur l’intégrité physique. Là où ça devient un peu plus complexe,
c’est lorsque l’on attaque, ce qui a été soulevé d’ailleurs par les
deux témoins, par les deux témoins précédents, tout ce qui a trait à
l’intégrité, aux atteintes à l’intégrité psychique parce que là, nous
retombons dans tous les travers de l’expertise où parfois il faut un,
deux, trois experts sans compter qu’un certain nombre ne sont pas forcément
euh, j’allais dire sur la ligne que certains de nous peuvent défendre
dans cette salle. Donc nous sommes confrontés à différents
niveaux de responsabilité et différents niveaux de prise de position,
voire de formation, pour lequel je n’ai pas forcément non plus de solutions.
Quand à ces blocages, bon je crois
qu’il y a peu de blocages qui sont vraiment consciemment mis en place
pour qu’une affaire n’aboutisse pas. Nous avons connu quelques turbulences
dans la vie judiciaire sur ce sujet, aujourd’hui lorsqu’il s’agit d’enfants,
force est de constater que même si le droit et même si les juges ne
peuvent pas répondre à tout, il y a une capacité à mettre en place les
actions qui peuvent répondre en partie à la solution. Ce qui n’est pas pris en compte,
c’est le phénomène sectaire, ce qui n’est pas encore assez pris en compte
c’est le phénomène sectaire. Quand il y a viol sur mineur, il y a viol
sur mineur ; donc le tribunal va travailler sur le viol mais il
va repousser la dimension sectaire. Le dernier cas en date
c’est au tribunal de Pontoise où une ADFI n’a pas été reconnue partie
civile mais a pu assister au débat - et on peut en remercier le président
– cas du viol d’une mineure de 11 ans par un Témoin de Jéhovah … par
un Témoin de Jéhovah qui avait 21 ans au moment des faits …. le temps
que les faits avant la prescription, 10 ans passent, le jour des assises
15 ans avaient passé et la dimension Témoins de Jéhovah a été présente
dans tout …. dans le tribunal constamment mais ça n’a pas été pris
en compte réellement pour ce qu’elle avait d’important au moment des
faits. Et là encore une fois, il a été évoqué
précédemment dans le témoignage, le conseil, la justice interne des
témoins de Jéhovah, la prescription est de trois ans pour ces faits
et ça n’a pas pu être retenu alors qu’il y eu dissimulation de crime
au moment des faits. Donc sur le blocage, je dirais qu’on
est encore dans une forme de reconnaissance … les phénomènes sectaires
existent, ils commettent des exactions, nous le constatons très régulièrement,
mais la prise en considération par la justice est encore très faible.
Sur l’augmentation des cas, je citais
tout à l’heure qu’on assiste à trois déplacements, il y a encore l’UNADFI
… je vais en prendre un peu en amont si vous permettez, … l’UNADFI et
ses ADFI reçoivent à peu près 20000 appels téléphonique par an, qui
sont pour en grande partie des demandes d’informations, des demandes
de communication, des demandes de communication de professionnels et
pour une partie dont le pourcentage m’échappe aujourd’hui qui est plus
importante dans les ADFI locales qu’à l’UNADFI, des demandes de … des
témoignages de victimes. Ce qui est quand même une amplitude assez importante.
Les mouvements sur lesquels
nous sommes le plus interrogés aujourd’hui restent la Scientologie,
les Témoins de Jéhovah, les églises Évangélistes et l’importance dans
leurs disparités multiples et groupusculaires qu’elles prennent et
ensuite tout ce qui concerne les médecines - alors je ne sais pas
comment appeler, si on doit les appeler alternatives, nouvelles si
on répond aux prescriptions du Docteur Hamer, elles doivent être nouvelles
- en tout cas, toutes ces techniques non approuvées scientifiquement
sur lesquelles, je veux être précise, nous n’avons pas d’idées particulières
sinon que nous voyons les résultats de leur application puisque encore
une fois des parents adeptes et professant la Kinésiologie, adeptes
de régimes végétaliens ont laissé mourir un enfant de 16 mois de faim
et de mauvais traitements … enfin de mauvais traitements du fait qu’il
est mort de faim et ce qui a donné lieu au procès de Quimper l’année
passée. Donc nous voyons bien
qu’il y a toujours une forte interrogation et un nombre de plaintes
important sur les grands mouvements sectaires, ceux que je viens de
citer, qui sont connus, constitués et architecturés. Il y a une deuxième
série de plaintes donc sur tous ces groupes dont j’ai parlé qui représentent
une mouvance à peu près de 500 groupes, 600 groupes qui varient mais
qui sont connus à travers les techniques dans d’autres pays d’Europe.
C’est à dire que c’est
toute la mouvance que nous appelons la mouvance New Âge qui va comprendre
le décodage bioénergétique, la référence à l’Aura, la Kinésiologie,
les enfants Indigo et d’autres techniques dont je n’ai pas listé ...
que je n’ai pas listées avant de venir. Ces groupes sont diffus,
ils sont … ils fonctionnent en réseau, ils fonctionnent en réseau
… ils sont très présents sur l’ensemble du territoire et je pense
que pour être honnête il faut dire qu’ils répondent dans l’esprit
de nos concitoyens à des interrogations ; interrogations sur
l’alimentation, interrogations sur la médecine, interrogations sur
l’éducation, et aussi ils répondent à des désarrois parce que partout où la puissance publique
est absente pour répondre à une situation donnée … nous prendrons
le suivi des toxicomanes et en rapport avec l’action menée par la
Scientologie et son association Narconon … partout où la puissance
publique ne répond pas, non pas parce qu’elle ne le veut pas mais
parce qu’elle n’a pas mis les outils en route, les mouvements sectaires
rentrent dans ces fenêtres qui sont véritablement des opérations de
marketing et de normes et d’écart tout simplement et y installent
leur petite boutique. Ils font leur commerce, souvent assez lucratif
et proposent des solutions de substitution. Alors, dans le domaine
de l’éducation, on voit les dangers que cela peut donner, dans le
domaine de la santé, malheureusement, ils amènent à des décès et à
des perturbations qui sont encore plus nocives, s’il y a une gradation
lorsqu’il s’agit d’enfants. Donc la dangerosité est
moins perçue dans ces groupes parce que plus dans l’air du temps,
j’allais dire. Ouvrez certaines revues pseudo scientifiques ou de
pseudo psychologie et vous verrez dans toutes les annonces des dernières
pages, vous avez l’intégralité de la proposition de ces nouvelles
formes … j’allais dire de techniques médicales alternatives et comme
le faisait remarquer un médecin, si la médecine propose de soigner,
la secte ou ces mouvements proposent de guérir et il y a quand même
une petite nuance ; donc sur la dangerosité, on voit bien que
là, la différence est bien marquée. Picard : Parce
que au moment de la première instruction de ce fait, l'Unadfi, qui avait
été attaquée par la Scientologie en … pour être en dissolution, au regard
de ses statuts, avait de ce fait le temps de se retourner, si je peux
m'exprimer ainsi, le temps de refaire une Assemblée Générale Extraordinaire,
de refaire valider ses statuts par le Conseil d'Etat, puisque nous sommes
une association reconnue d'utilité publique, et le Ministère de l'Intérieur,
cette procédure, qui est une procédure de harcèlement, nous a fait perdre
un an, et de ce fait nous n'étions pas tout à fait en capacité sur ce
fait même, de nous porter partie civile. Fenech : Une difficulté
d'ordre juridique qui est réglée aujourd'hui … Picard : ...elle
est totalement réglée depuis décembre 2005, nous avons changé un article
qui était ... Fenech : De vos
statuts ? Picard : …. De
nos statuts, qui ont été donc validés par le Conseil d'Etat, je le répète
et par le Ministère de l'Intérieur, et donc tout est rentré dans l'ordre.
Il faut
quand même reconnaître que dans l'affaire, d'Arnaud Mussi, du procès
Néophare à Nantes, nous étions dans la même situation et que la constitution
de partie civile avait été reconnue et ça avait été d'ailleurs la première
jurisprudence de la loi dite « About-Picard » puisque la personne
a été condamnée sur ce fait. Fenech : Votre
loi trouve à s'appliquer quand même. Picard : Oui, trois
ans après, quatre ans après, non, trois ans après la promulgation, je
pense que ça n'est pas ... Fenech : Vous savez
combien il y a de procédures en cours ? Ou jugées déjà ? Picard : … de procédures en cours ... Fenech : Depuis
la parution de, depuis la parution de votre loi, combien de ... Picard : Il y en
a, il doit y en avoir cinq ou six en cours. Fenech : Pas plus
? Picard : Pas plus.
Alors, je pense que là on atteint un autre aspect du problème sur les
... Fenech : Comment
vous l'expliquez, ce faible nombre ? Picard : Parce que, ..., je vais reprendre les propos précédents. La victime sectaire
n'est pas une victime,..., enfin bon je peux pas le dire comme ça,
parce que je ne veux pas être injurieuse envers les autres victimes
en général, mais la victime qui est un, une ex-adepte sectaire, n'est
pas une victime ordinaire. C'est une victime qui a énormément de mal à faire le premier pas, déjà
pour aller chercher de l'aide et du secours. C'est un temps extrêmement
long, de maturation, c'est un temps qui est aussi totalement empêché
par du harcèlement, par des menaces, par des brimades, par de la honte,
de s'être laissé piégé, à partir du moment où on s'en rend compte,
il est toujours difficile de reconnaître que l'on s'est trompé. C'est un moment qui est aussi empêché par le mouvement lui-même, et, généralement,
l'accueil qui est fait au moment de la déclaration des faits, n'est
pas toujours un accueil qui prend en considération le phénomène sectaire.
Ce qui empêche un grand nombre de gens de porter témoignage. Fenech : Peut être
aussi l'effet dissuasif de votre loi. Picard : Peut être
l'effet dissuasif de ma loi ? Mais plus encore ? ... Fenech : Je veux
dire par là qu'à partir du moment où il y a un dispositif législatif
et des moyens qui sont mis en oeuvre, ça peut expliquer aussi un certain
tassement des faits répréhensibles, peut être ! Il faut
l'espérer ... Vous n'y croyez pas ? Picard : Je crois,
quand ça a été un long sujet de discussion, quand nous disions à l'époque,
l'époque d'Alain Vivien, et ... collègues antérieurs, ..., nous disions
que l'arsenal juridique suffisait tout à fait pour répondre à, ...,
force est de constater que ni l'article 35 de la loi de 1905, ni l'article
7 de la loi de 1901, n'étaient jamais appliqués à la fameuse dissolution
à partir du moment où l'association ne répondait pas aux objectifs pour
lesquels elle avait été créée et déclarée. Ça n'était
pas utilisé donc nous avons pris la responsabilité collectivement et
à l'unanimité de tous les groupes politiques, de faire ce texte, pour
inscrire dans le code pénal, pour réformer …. améliorer le code pénal,
et y inscrire la notion de mouvement sectaire d'une part, puisque c'est
dans le titre de la loi, et d'autre part pour pénaliser les personnes
morales qui attendraient à certains articles du code pénal. Mais à ce
moment là, c'est bien des dérives … c'est bien des délits dont nous
parlions, pardon, et en aucun cas nous ne parlions des contenus. Quand
... Fenech : Y'a pas
eu pour autant de dissolution depuis votre loi ? Picard : Y' a pas
eu ... Fenech : Y'en a
pas eu avant mais y'en a pas eu depuis ... Picard : Deux ….
deux actions de justice menées jusqu'au bout ! Lorsque
j'ai regardé que certaines actions de justice ont été démarrées en 99
pour être jugées en cour de Cassation en 2006, on voit, et c'est le
parcours classique de la justice, que, avant d'avoir deux condamnations
définitives, il va falloir que d'un autre côté, les magistrats prennent
en compte le phénomène sectaire, parce que si on ne prend jamais en
compte le phénomène sectaire, pour donner l'application de la loi, nous
n'aurons jamais des condamnations définitives. Je veux dire, nous tournons
un peu en rond sur ce sujet là. Et pour répondre plus précisément à la question, avant … quand nous étions
à la première lecture en 2000, il y avait à la Direction des Affaires
Criminelles et des Grâces … 130, sous réserve du chiffre, entre 130
et 135 affaires qui étaient portées au regard de la justice. Après, entre les deux lectures de la loi, le chiffre est passé à 350. Ce
qui veut dire que la publicité, la valeur symbolique de ce texte,
même si nous reconnaissons tous que c'est une amélioration du code
pénal, avait laissé entendre à des victimes qu'il était possible de
se rapprocher de la justice pour avoir réparation. Alors
aujourd'hui je n'ai pas le chiffre, il faudrait se rapprocher de la Direction des Affaires Criminelles et des Grâces,
mais je crois que cette vertu là a eu le mérite de pouvoir laisser entendre
qu'il pouvait y avoir réparation. Alors
maintenant sur le texte, je compte sur les députés présents pour éventuellement
y apporter des améliorations. Fenech : Ce que
vous exprimez en tant qu'ancien député, c'est beaucoup, mais on va,
vous aussi vous entendre. Picard : Voilà. Fenech : En tant
que Président de l'Unadfi, et c'est votre association qui est la plus,
la plus connue, la plus active, la plus importante, c'est pas du tout
désagréable ce que je dis vis à vis du CCMM, mais c'est vrai que vous
avez une plus grande antériorité, des moyens, peut-être pas d'antériorité,
je ne sais pas ... Picard : Nous avons
cinq ans de différence. Fenech : ... voilà,
vous avez beaucoup plus de moyens, vous êtes beaucoup plus représentés
sur tous les points du territoire. Donc vous êtes à proximité directe
des victimes, des familles que vous recevez. C'est bien vous qui connaissez
le mieux sans doute ce phénomène. Alors
je souhaiterais vous demander, est ce que vous êtes informés d'un projet
qui consisterait à transformer les cellules de vigilance, vous savez
ces fameuses cellules de vigilance qui existent dans chaque département,
qui sont vigilantes sur le phénomène sectaire. Il serait question me
dit-on, de les transformer en cellules de lutte contre l'insécurité
de manière générale. Vous êtes au courant de cette circulaire ? Picard : C'est
la circulaire Raffarin qui doit avoir, ..., de bonne mémoire... Fenech : Mais ça
ne remet pas en cause les cellules de vigilance pour autant ? Picard : Alors,
ça les a légèrement transformées …. quand elles se tiennent, parce qu'il
faut quand même bien remarquer qu'elles ne se tiennent pas sur l'ensemble
du territoire ... Fenech : Oui, il
en manque. Picard : ... certains
préfets ne répondent pas aux obligations du Ministre de l'Intérieur
qui leur ont été faites, et lorsqu'elles se tiennent elles sont très
très souvent des cellules d'enregistrement avec un tour de table, qui
est intéressant pace qu'il permet à chacun d'exposer au moins la situation
et particulièrement un certain service de l'Etat, si … je pense, pour
celles, .., je ne vais pas à toutes les cellules, mais pour les remontées
que j'ai, il y a deux manières de voir des préfets. Soit on
en reste au tour de table, et tout va bien, il ne se passe rien alors
que par ailleurs il vient de se dire qu'il y avait tant de mouvements,
qu'il y avait des inquiétudes, qu'il y avait tant de cas répertoriés,
la cellule ferme ses portes et chacun retourne chez soi travailler,
et je dois dire que sur les départements, l'ensemble des services de
l'Etat et des ADFI travaillent très très bien ensemble dans l'intérêt
des victimes, soit dans ces cellules, on y parle aussi de toxicomanie,
de prévention de la délinquance, et là, de ce fait, le sujet peut être
totalement noyé. Alors,
je sais qu'il y a une difficulté à mettre sur la table des noms, il
y a une difficulté à ... Picard : ...à mettre sur la table des
noms, il y une difficulté, un risque qui serait celui de caractériser
… néanmoins je pense qu'il y a un moment entre services de l'Etat et
associations compétentes et le préfet, il doit pouvoir y avoir le moyen
de se dire les choses clairement et de faire un véritable état des lieux,
sans pour autant qu'il passe, j'allais dire, en amont ou en aval de
cette fameuse cellule. Je pense que ces cellules,
à mon sens alors, là c'est en tant que Présidente d'Unadfi et en faisant
remonter ce que disent les ADFI, doivent avoir une lisibilité beaucoup
plus grande, prendre réellement eux le sujet à coeur, et ne pas le diluer
avec d'autres actions, qui ont leur importance, je ne dis pas le contraire.
Fenech : Nous souhaitions avoir votre
avis sur cette question. Picard : Pour revenir au système qui
n'était pas toujours non plus merveilleux, mais au système antérieur,
peut-être les diminuer, afin qu'il n'y ait pas forcément de fuite, ou
qu'il n'y ait pas de risque de caractérisation, mais revenir à un échange
qui soit un véritable échange afin que chacun soit informé de ce qui
se passe département par département. Et surtout de faire en sorte qu'elles
se tiennent dans chaque département. Fenech : Oui, Madame Picard, il y a
une question qui relève de vos compétences également mais incontestablement
aussi du domaine des Pouvoirs Publics, c'est la question de la réinsertion
des anciens adeptes. On en a vu, tout à l'heure,
ce matin, on nous a fait part des difficultés, de se retrouver en rupture
totale, y compris affective, en rupture sociale ….. Certains adeptes
n'ont même plus de couverture sociale. Ils n'ont plus d'inscription
nulle part … Comment faites vous … est ce que vous, association, vous
avez des moyens d'aide à la réinsertion ? Est ce que les Pouvoirs Publics
font ce qu'ils doivent faire, est ce qu'il n'y a pas là des lacunes,
peut être, à combler ? Picard : Alors ce travail de réflexion,
nous l'avons entamé avec le Ministère qui est, je dirais, qui est un
peu notre ministère de tutelle à l'Unadfi, qui est le ministère des
Affaires Sociales. En réfléchissant avec les
Inspecteurs Généraux, en réfléchissant avec le représentant du sujet
sectes aux affaires sociales, c'est extrêmement difficile mais nous
avançons. C'est à dire qu'il semble que, quand un département est touché,
quand la DDASS par exemple d'un département est informée, soit par une
Adfi, soit par un autre service de l'Etat qu'il y a problème sectaire,
elle est, éveillée au sujet, on en est vraiment encore là. Donc elle a un oeil beaucoup
plus attentif et pas forcément les moyens de répondre. Parce que les
moyens de réponse à la personne ex-adepte de secte, qui revient pour
une insertion dans la vie professionnelle, sociale, qui réclame des
droits d'inscription à la sécurité sociale, qui réclame un logement,
c'est dire que cette personne est regardée par les services comme parmi
les autres personnes qui pour x raisons, hors sectaires, réclament la
même aide. Et là nous voyons quand même évoluer dans certains Conseils
Généraux, dans certaines DDASS, nous voyons quand même évoluer la prise
en compte de la dimension spécifique sectaire. Alors c'est un tout petit
pas, et je pense que par l'intermédiaire du Ministère des Affaires Sociales,
moins sur l'aspect santé, plus sur l'aspect formation professionnelle,
nous pouvons par de la prévention, par une information régulière et
par aussi des circulaires, ce qui fait encore un peu marcher l'administration
et ses fonctionnaires, nous pouvons arriver à bien montrer que la particularité
de l'ex-adepte est un tout petit peu différente parce que il n'est pas
la victime directe d'une agression qui s'est passée la veille, ou il
n'est pas … dans la même prise en charge, que d'autres victimes parce
que son temps de maturation a été beaucoup plus long que celui d'autres
victimes et que psychologiquement c'est un aspect qu'il faut quand même
évoquer, psychologiquement il est particulièrement en difficulté face
à des démarches, face à une vie avec laquelle il a une coupure, excusez
moi, parfois d'une dizaine, d'une quinzaine ou d'une vingtaine d'années.
Si nous prenons les ex adeptes
de Moon, vous savez que la première Adfi en 1974 à Rennes, a été constituée
par des parents dont les enfants alors étudiants étaient tous partis
chez Moon. Moon n'a pas disparu du territoire
français, il vient de faire une grande conférence à Massy Palaiseau,
le 9 septembre, donc pas de problème, sous couvert d'ONG et de droits
de l'Homme, tout se passe tranquillement, donc ... mais le révérend
ne peut pas mettre les pieds sur le territoire français. Donc ... ces
parents qui en 1974 ont vu partir leurs enfants, se retrouvent aujourd'hui
grands-parents d'enfants qui sont toujours chez Moon avec leurs propres
parents, c'est à dire que sur deux générations, il y a eu totalement
une immersion totale chez Moon de gens qui n'ont pas de couverture sociale
qui n'ont jamais cotisé à la retraite, qui travaillent pour beaucoup
de manière totalement gratuite, et qui se retrouvent dans des situations,
si jamais ils devaient revenir à la vie civile, dans des situations
inextricables! Ce qui explique aussi qu'un
grand nombre de personnes ne peuvent plus sortir du mouvement sectaire
! Parce que dans ces grandes structures, ils sont tellement enserrés
par la toile, je pense que les propos précédents vous ont montré comment
le lien, la structuration à l'intérieur se faisait ; ces gens sont
tellement pris dans ce système qu'ils n'osent plus, ne s'autorisent
plus et ne peuvent plus sortir pour récupérer leurs droits de citoyen.
Et là je dois avouer à la
décharge des Pouvoirs Publics qu'il est extrêmement difficile, si l'on
ne prend pas cette particularité en tant que telle, de répondre à ces
retours. Fenech : Merci Madame Picard. Il y
a des questions à poser. Monsieur Jacques Remillet. Remillet : Madame, encore que dans votre
exposé vous avez répondu à la question que je souhaitais vous poser
effectivement sur la première partie de votre intervention. Nous avons
consulté l'ouvrage que vous nous avez fait passé, « la maltraitance
des enfants dans les sectes »
et vous parlez beaucoup des Témoins de Jéhovah … et vous avez évoqué
également les Témoins de Jéhovah il y a quelques instants, et vous êtes
arrivée toute à l'heure, alors que les deux précédents orateurs parlaient
de sévices sexuels à des enfants, de transfusion sanguine et de conditionnement
à obéir. Alors en fonction de vos responsabilités
précédentes comme parlementaire d'abord, et ensuite de Présidente de
l'association, quelle analyse faites-vous, analyse poussée si vous le
permettez, et indépendamment de ce que vous avez dit jusqu'à maintenant,
sur les interventions précédentes et sur ces trois points en particulier. Picard : Sur les interventions précédentes,
je ne les ai pas intégralement entendues au moment …. Remillet : Elles évoquaient les sujets
essentiels. Picard : Je ne mentirais à la commission
en disant que je connais au moins Monsieur Bérou, je ne connaissais
pas l'autre jeune homme, que je connais Alain Bérou qui est quelqu'un
qui a beaucoup fait connaître par son témoignage et par son courage
à témoigner sur les Témoins de Jéhovah. Je peux vous répondre … dans
le tableau que vous pourrez consulter ... nous n'avons pas pris les
témoignages de Témoins de Jéhovah liés à la santé. Par contre je peux vous faire
le descriptif pour vous répondre de manière concrète des témoignages
que nous avons pris et des cas d'atteinte aux mineurs par les Témoins
de Jéhovah, qui ont été soulevés. Tous n'ont pas la même importance,
par là, je ne veux pas dire qu'ils ne sont pas importants, mais je veux
dire qu'il n'y a pas toujours un viol et il n'y a pas toujours suivi
d'une mort. Il y a aussi des atteintes
qui sont plus sournoises mais qui sont attentatoires aux libertés et
à l'esprit critique d'un enfant en devenir. Si la commission travaille
sur les mineurs …. sur la protection - pour avoir des préconisations
comme je pense à chaque rapport, à la fin de chaque rapport, c'est bien
parce que le sort des mineurs est un sort à part. Il y a ceux qui sont
emmenés par leurs parents sans consentement, comme tous les mineurs
sous autorité parentale, par leurs parents et à qui, on oblige de faire
un certain nombre de choses, et à croire à un certain nombre de choses
- ça c'est ceux qui sont j'allais dire « enfermés », c'est
ceux qu'on appellerait, ceux de l'intérieur, et puis il y a aussi toute
la partie que j'ai citée précédemment qui sont des mineurs qui sont
contactés par des organisations mais dans le cadre de leurs activités
scolaires, éducatives ou de santé. J'vais répondre précisément
en feuilletant mon tableau, si vous me laissez le temps, sur les Témoins
de Jéhovah. Donc, qui est en référence,
le cas 25, [elle rit], dans le tableau, donc qui est celui que j'ai
cité donc d'une ... non pardon, qui est assez intéressant et qui vient
de l'Adfi Midi-Pyrénées
justement où la notion de prescription prend tout son sens. « En 1976, suite
à une ordonnance du tribunal, une enfant de 5 ans est confiée par
le Service d’aide à l’enfance à une famille d’accueil Témoins de Jéhovah.
Durant toute son enfance, elle doit suivre les préceptes jéhovistes.
Victime d’abus sexuels de la part du mari, à 17 ans elle fait une
tentative de suicide. Elle est transportée à l’hôpital où sa qualité
de mineure fait que la personne ayant autorité, soit la famille d’accueil
interdit la transfusion sanguine. L’hôpital fait appel au Procureur
de la République pour ordonner la transfusion. La jeune fille restera
jusqu’à sa majorité, soit encore un an après les faits, dans cette
famille d’accueil. La DDASS n’a jamais pris en compte les croyances
jéhovistes sur l’acte éducatif ». Ceci, le résumé …. vous nous excuserez,
nous avons été obligés un peu de serrer le résumé, ce qui veut dire
que, on l’a confié alors qu’il y a des décisions en France où l’on dit
que l’on ne confie pas un enfant parce que l’acte éducatif ne paraît
pas pouvoir être suivi d’un épanouissement et de tout ce que l’on peut
souhaiter en 2006 à un enfant. Là, nous avons une jeune fille
qui n’a pas pu porter plainte pour le viol puisqu’il y avait prescription
des faits ; nous avons une jeune fille qui, grâce au Procureur
de la République a pu avoir sa transfusion sanguine et nous avons donc
une jeune fille qui va intenter d’autres actions en justice contre l’Administration
aujourd’hui. C’est un cas que nous avons d’ailleurs
classé dans les atteintes à l’intégrité physique, dans les atteintes
à la santé, dans les atteintes au développement psychoaffectif puisque
la notion d’endoctrinement qui est très subjective, certes …. mais nous
pouvons fournir aussi les doctrines et il en a été citées tout à l’heure
qui permettent de cerner le sujet. Fenech : Pour rebondir, vous nous citez
un exemple qui ne peut pas laisser indifférents ceux qui suivent nos
travaux, nous-mêmes d’abord, ceux qui suivent nos travaux et ceux qui
nous écoutent au moment où nous parlons puisque nous sommes enregistrés.
Vous êtes en train
de citer un exemple d’un enfant qui est confié par l’Administration - la DDass -
à un couple de Témoins de Jéhovah. Cela ne peut que laisser
perplexe. Picard : En 76 Fenech : En 76 !... Picard : Elle avait cinq ans. Fenech : Quel est votre commentaire là-dessus ?
Est-ce qu’aujourd’hui il peut toujours se passer ce genre de chose ?
Est-ce que le fait que nous sommes dans un régime de lois républicaines…
Est-ce que l’on doit tenir compte, c’est une réflexion que vous avez
menée, d’une appartenance ou non à telle ou telle organisation pour
des familles d’accueil ? Est-ce que ça peut rentrer en ligne de
compte ? De quelle manière ? Sans rentrer en contradiction
avec les textes de lutte contre la discrimination etc. ? Picard : Ni même
la liberté de conscience…. Fenech : Est-ce
que ce genre de chose peut se produire encore aujourd’hui qu’un Conseil
général, une DDASS confie un enfant à un couple Témoins de Jéhovah ?
Est-ce que c’est normal ? Mme Picard : Alors, Monsieur le Député, Monsieur
le Président, je crois qu’on ne peut pas le dire comme ça sinon on serait
attentatoire à la liberté de conscience et ce qui n’est pas le propos
de cette Commission. Je pense que ce n’est
pas le fait qu’il soit Témoin de Jéhovah ou qu’il soit adventiste
ou, je ne sais pas, je n’ai qu’à en prendre d’autres, un au hasard,
qu’il appartienne à la Fraternité Blanche Universelle ou au groupe
Crillon qui est importante, c’est le fait de savoir comment, de manière
légale, nous allons pouvoir démontrer que les doctrines qui sont préconisées
à l’intérieur de tel ou tel groupe sont préjudiciables à l’épanouissement
d’un enfant et à son devenir. Fenech : Comment faites-vous ? Picard : C’est en cela que, premièrement
il y a les décisions du Conseil de l’Europe. Je ne les ai pas en tête
mais je suis prête à vous les fournir, d’une part, et d’autre part,
nous pouvons quand même, ce que je précisais dans mon rapport liminaire,
nous baser quand même sur les directives de la Convention internationale
des droits de l’enfant qui dit quand même des choses. Si vous me laissez
le temps de chercher le texte… Fenech : | |||