|
CAP
LC 2006
www.coordiap.com |
|
![]() |
|||
|
Commission
d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et
aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et morale des
mineurs
|
|||
Mardi 16
septembre 2006 à 16 h 30
Intervention compléte
Vuilque …. tant dans la presse que précédemment.
Monsieur, vous avez la parole pour un quart d’heure, 20 minutes et ensuite
nous vous poserons un certain nombre de questions. Merci Parquet Monsieur le Président, Madame,
Messieurs les députés, je vais d’abord essayer d’expliquer à partir
de quelles connaissances des phénomènes de dommages infligés aux enfants
par les mouvements à caractère sectaire ou des personnes ayant une activité
qui s’assimile aux activités de ces structures, je vais donner à partir
de quels témoignages, comment je peux poser ces témoignages là. Je suis professeur de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent et
il m’a été donné dans ma pratique de voir un certain nombre d’enfants
qui présentaient des troubles et dont je n’arrivais pas à les identifier
comme faisant partie des critères, des pathologies mentales, des pathologies
affectives, qui sont communément admises par la communauté scientifique
de psychiatrie. Deuxième point c’est que j’ai été amené à voir très souvent un certain
nombre d’enfants ayant des carences éducatives importantes et des
enfants qui présentaient des troubles psychologiques majeurs qui étaient
traités de manière tout à fait aberrantes, en dehors de tous les critères
des soins que nous apportons habituellement aux enfants et qui sont
actuellement validés en psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent
par la communauté internationale avec une grande uniformité. Et puis j’ai la particularité de pouvoir voir un certain nombre de
parents qui venaient me voir pour des troubles de leurs enfants et
je repérais chez les parents un certain nombre de conduites, de comportements,
d’idées qui m’avaient fait penser à cette manière de voir que les
grandes organisations sectaires avaient l’habitude de diffuser dans
le grand public. J’étais donc dans une certaine
singularité par rapport à la profession et une méconnaissance par rapport
à ce qu’il en était des grandes organisations et des modalités des structures
à caractère sectaire. Et puis j’ai eu ensuite le plaisir
de mettre en place en France ce qu’on appelle l’addictologie c’est-à-dire
l’aide aux personnes qui présentent des difficultés avec l’alcool, avec
le tabac, avec les substances psycho actives illicites avec le jeu pathologique,
avec les activités sexuelles déviantes et répétitives et avec des addictions
et en particulier avec l’addiction actuellement aux jeux en général
et aux jeux vidéo. Ceci permettait de définir 3
types de comportements : l’usage individuellement et socialement
réglé que nous voyons par exemple pour l’alcool dans notre pays, l’usage
nocif c’est-à-dire des consommations qui induisent des dommages et la
notion de dépendance c’est-à-dire le fait que les personnes ont un comportement
électif, répétitif et restrictif. Et donc le concept de dépendance
était un concept que j’ai essayé de bien individualiser en France dans
un rapport que immodestement on appelle le rapport « Parquet ».
Et puis, je fais partie du haut
comité de santé publique où j’avais la charge de regarder ce qui se
passait avec la politique de l’enfance et j’ai été frappé par le fait
qu’un certain nombre de traitements non validés par la science étaient
repris et que dans le cadre d’un certain nombre d’activités professionnelles
de psychothérapeutes, il y avait un certain nombre de gens qui se prévalaient
de méthodes et d’insentionalités qui me semblaient poser un certain
nombre de problèmes. J’ai été amené à rencontrer toutes
ces personnes depuis extrêmement longtemps, puisque j’ai collaboré avec
l’ADFI du Nord Pas de Calais depuis les années 1980 pour essayer de
les aider quand ils avaient des difficultés, soit des adultes, soit
des enfants présentant des troubles psychopathologiques lorsqu’ils quittaient
les organisations. Donc voilà un petit peu à partir
de quelle expérience je vais parler, plus les connaissances que j’ai
qui me sont offertes par la mission, par la Miviludes où je siège au
conseil d’orientation. Alors je pense que vous avez
tous une connaissance très approfondie de ce domaine. Je pense que beaucoup
d’auditions se sont faites et je vais me contenter si vous le voulez
de soulever quelques points particuliers. Le premier point c’est qu’on
ne perçoit pas combien, ce que j’appellerai cette culture qui a été
mise en avant par les grandes organisations sectaires, imprègne la vie
quotidienne des jeunes. Je donnerai un seul exemple là-dessus. Nous
savons qu’au moment de l’adolescence, se singulariser, trouver une identité
contre éventuellement contre les adultes ou contre la culture est une
grande banalité. Quelquefois, ça prend des dimensions
particulières et nous savons tous, parce que là il y a des images forces
que sont les modes gothiques et nous les voyons dans la vie quotidienne,
nous les voyons quand nous croisons les gens, les enseignants les voient
facilement, les parents viennent nous voir nous psychiatres d’enfants
et d’adolescents en se demandant si il n’y a pas là une déviance absolument
… On peut penser que là on se trouve
dans une mode, dans quelque chose qui est, si c’est une mode, qui est
fournit par la société, fournit tout au moins par un certain nombre
d’entre nous dans la société qui les présente ; il n’y a pas là
une invention, il y a là une transmission d’un certain nombre. Et puis on s’aperçoit que quand
on regarde ce qu’il en est de cette mode dit « gothique »
et de ce qui est la pénétration chez les adolescents, adolescentes de
ce qui a trait au satanisme, on s’aperçoit bien et c’était la remarque
que je voulais faire et non pas une analyse de ce qui est le gothique,
une analyse de ce qui est le satanisme et son influence, mais de montrer
combien avec cet exemple on peut percevoir l’imprégnation de notre culture
par des éléments qui sont extraits de la culture que j’appellerai de
ces organisations. Et çà, c’est quelque chose qui
est extrêmement important parce que ceci est insidieux, ceci a, sur
les adolescents, adolescentes une influence considérable. Les adolescents, adolescentes
sont très sensibles à ce qui leur est proposé de l’extérieur. Ils sont
très voraces de ce qui est proposé, ils sont très voraces des images
emblématiques adultes et ceci passe tout à fait dans la culture. Si l’on regarde un certain nombre de spots télévisés et en particulier
sur des chanteurs, on s’aperçoit que la mise en scène est tout à fait
classique et avec quelqu’un qui s’apparente à un gourou classique
on pourrait dire un gourou de caricature avec toute une série d’âmes
qui sont autour plus un certain nombre de décors et là on se trouve
dans une atmosphère de propositions qui face aux adolescents, adolescentes
est susceptible de leur montrer un monde qui peut poser problème.
La 2ème remarque que
je voudrais faire, c’est celle-ci. Un enfant allant et devenant adulte.
Le développement de sa personnalité se fait à partir de potentialités
génétiques et qui sont modelées par l’action de l’environnement et cet
environnement il est l’environnement c’est-à-dire tout ce qui n’est
pas l’enfant qui est un environnement humain, qui est un environnement
matériel, qui est un environnement culturel, qui est un environnement
citoyen. Et cet environnement a une fonction
structurante sur le développement, et c’est à partir de cette position
que l’enfant a de pouvoir recevoir, d’accepter que va se faire, va se
construire progressivement sa personnalité. Mais ce développement de la personnalité
ne se fait pas progressivement, ça se fait par stades successifs. C’est-à-dire
que ce qu’il faut bien comprendre c’est qu’un événement, une rencontre
avec une proposition des structures que nous évoquons en cette fin d’après
midi, ont des impacts différents en fonction de l’âge de l’enfant. Et ce qu’il en est d’une influence
dite sectaire sur le tout petit, au moment de la formation de la capacité
à un moment donné à raisonner, à faire des hypothèses, à acquérir une
pensée si plus scientifique aux alentours de 6-7 ans, ce qui se fait
au moment de l’adolescence, c’est ce qui se fait du point de vue affectif
dans le pré pubère et dans le post pubère, ces évènements ont des impacts
tout à fait différents. Je vais vous donner un exemple
simple. Les enfants qui ont été élevés dans une vie familiale et une
vie sociale et une vie culturelle, une vie citoyenne, on pourrait dire
d’une grande banalité. Si un moment donné vers 6-7 ans
ou vers 14-15 ans, les parents changent leurs manières de faire et s’inscrivent
comme adeptes dans une structure, quels sont les effets que cela va
avoir sur l’enfant ? On va avoir 3 effets essentiels :
le premier c’est la rupture d’avec les modes de fonctionnement antérieur
de la vie familiale et l’effet de rupture en soi-même est très traumatisant.
Et c’est les premières constatations
que j’avais faites chez ces enfants qui allaient moins bien du point
de vue affectif, qui allaient moins bien du point de vue scolaire, c’était
uniquement l’effet de la rupture. Le 2ème effet qui
est important, c’est le discrédit apporté à l’autorité parentale et
la manière dont les parents se comportent avec leurs enfants. Les parents sont, on pourrait
dire, disqualifiés aux yeux de l’enfant par le fait que d’autres personnes,
on pourrait dire, légères, un peu comme des enfants et on se trouve
là devant quelque chose qui fait que l’autorité parentale n’est plus,
on pourrait dire prise, exercée, ne fonctionne plus par rapport aux
parents mais par rapport aux gens qui gèrent le processus sectaire et
que donc le fait d’avoir une perte, de construire des néo codes et des
néo valeurs et d’ensuite avoir à être en fonctionnement de fonctionner
en fonction de, et de se trouver dans un univers très différent, ceci
est déjà quelque chose de très traumatisant. Par contre, il n’en est
pas de même lorsque les enfants sont nés chez des parents qui se trouvent
déjà dans cet univers là. Là on se trouve dans une position radicalement
différente, il n’y a pas cet effet de rupture, il n’y a pas cet effet
de contraste, il n’y a pas cet effet de déstructuration et de néo structuration.
Là, c’est d’emblée une éducation,
un monde qui se construit, une personnalité de l’enfant qui se construit
qui va être en accord avec ce qui est son milieu qui sera, on pourrait
dire, son milieu naturel d’origine. On se rend bien compte que si
pour une raison ou une autre, pour une action ou une autre, cet enfant
sort de cet univers, on se rend compte que là, il va devoir non pas
se réadapter mais il va devoir entrer dans un monde qui lui est totalement
inconnu et par rapport auquel son système de décodage qui est son système
de compréhension initial ne va pas lui permettre de repérer les choses.
Et donc il y a une attention
très particulière apportée aux enfants qui ont été élevés dès leur plus
jeune âge, depuis leur naissance pour un grand nombre dans ces milieux
parce qu’ultérieurement, leurs probabilités de pouvoir se réinscrire
dans notre société avec facilité sera probablement altérée. Ce que je voudrais essayer de
faire passer comme autre idée, c’est le fait que un certain nombre de
personnes qui ont été ainsi élevées dans cet univers n’auront plus la
possibilité ultérieurement de pouvoir retrouver quelque chose qui fera
que ils pourront participer à la communauté, qu’ils pourront être acteur
dans la communauté et qu’ils auront les pires difficultés. Cependant, il ne faut pas être
trop pessimiste car un certain nombre d’actions thérapeutiques, un certain
nombre d’actions d’accompagnement peuvent leur permettre de fonctionner.
Mais néanmoins, il reste quelque chose des structures premières. Il
y a une phrase de Sartre qui est un peu compliquée et qui est :
« nous sommes ce que l’on a fait de nous ». Et l’on pourrait peut-être aussi
la rendre plus complexe en disant : « nous sommes ce
que nous avons fait de ce que l’on a fait de nous ». donc il faut
toujours penser que les capacités de se restaurer, les capacités de
se changer, les capacités de se modifier sont là présentes et ce qui
est intéressant, c’est que là, ceci ne peut pas se faire, on pourrait
dire l’effet des simples compétences de l’enfant et parce qu’il est
accompagné, parce que il est soutenu et parce qu’on l’aide à faire ce
changement. Il y a un autre point sur lequel
je voudrais insister, c’est le fait que dans un certain nombre d’organisations,
il existe une carence des soins éducatifs et la carence n’est pas simplement
une carence physique c’est aussi une carence psychologique, une carence
affective et une carence morale. Je pense que ça c’est suffisamment
connu pour que je ne m’étende pas là-dessus. Cependant, il y a quelque
chose qui me semble très important, c’est le fait qu’on va introduire
un dysfonctionnement sur la manière d’appréhender l’ensemble du monde
affectif et qui va généralement être représenté comme un monde binaire :
ou c’est bien ou c’est mal. Or nous savons que ce monde binaire
pose un certain nombre de problèmes. Il existe actuellement un certain
nombre de jeux vidéo dans lesquels il y a une représentation du monde
qui est une représentation binaire. Je ne parle pas des jeux vidéo
qui sont des jeux sans fin qui visent à rester le seul vivant après
avoir tué tous les gens qui vous entourent mais cette représentation
binaire que l’on rencontre, qui imprègne une partie de notre civilisation
au travers de ces jeux vidéo et bien c’est un élément du fonctionnement
qu’un certain nombre d’organisations sectaires proposent aux enfants
et ultérieurement cette notion de diversité, cette notion de peut-être,
cette notion de comme ci, cette manière de pouvoir appréhender les situations
avec différents scénarios possibles, c’est quelque chose qui va être
refusé par la suite et on va voir des conséquences à distance. La difficulté qu’ont ces personnes
revenues dans un monde tout à fait classique vont se retrouver dans
l’entreprise et vont avoir cette position tout à fait binaire dans le
monde de l’entreprise. Ce qui m’amène à évoquer un autre point, c’est
que je souhaiterais personnellement que votre commission puisse être
attentif à ce qui se passe et j’y reviendrai, chez le petit enfant,
chez l’enfant et chez l’adolescent. Parce que ce que je voudrais
faire passer auprès de vous de manière très insistante, c’est que les
dommages même si un grand nombre peuvent être restaurés, vont persister
à l’âge adulte, dommages quant à l’organisation de la vie psychique
dont j’en parlais, l’inscription dans la citoyenneté, dommages affectifs,
et dommages aussi au niveau de l’exercice de la sexualité. Et moi, ce qui me frappe de plus
en plus, ce sont des gens qui ont eu une période dans une organisation
à caractère sectaire et qui viennent me voir ensuite pour toute une
série de dommages et que ces dommages, on les attribue au cours de cette
rencontre thérapeutique à leur passage dans l’organisation sectaire
dont ils ne parlent pas souvent au tout début. Et donc les dommages à distance
sont aussi importants voir plus importants, formidablement plus importants
encore que les dommages que l’on rencontre pendant la période de l’enfance
et de l’adolescence. Par contre, en tant que thérapeute, je suis formidablement
inquiet par des modalités thérapeutiques que l’on propose aux enfants
qui ont des difficultés et qui posent un gros problème. Je pense que les choses les plus
criantes, mais je pense que c’est bien connu de votre commission, c’est
tout ce qu’il en est sur le problème des enfants autistes dont pour
le moment nous pensons … la communauté des scientifiques pense que si
il y a des déterminants relationnels dans l’origine de l’autisme, les
déterminants génétiques et les déterminants neurobiologiques sont majeurs
et que par voie de conséquence, la codification des projets thérapeutiques
et de l’intentionnalité thérapeutique sont claires. Or, on a un certain nombre de
familles qui sont très désarçonnées par ces pathologies qui surviennent
chez leur enfant, vont se tourner, vont être, on pourrait dire, on leur
propose une conceptualisation qui va impliquer le fait que l’on va rentrer
dans des circuits dits thérapeutiques qui vont être très préjudiciables.
Alors qu’un certain nombre de modalités thérapeutiques que nous développons
actuellement nous permettent d’espérer que les enfants autistes puissent
aller mieux, puissent se développer. Ceci est variable suivant l’intensité
des lésions neurologiques sous-jacentes mais il y a des résultats qui
sont très importants. Il y a un autre trouble qui est ce qu’on appelle
le trouble de déficit de l’attention c’est ce qu’on appelle les enfants
hyper actifs, de la même manière face à cela et je crois, compte tenu
du désarroi des familles, ces organisations ont proposé une conceptualisation
qui est une conceptualisation binaire qui ne repose sur aucune base
scientifique et qui vise à faire que les parents vont se confier dans
la totalité de leur vie familiale et dans la totalité de leur responsabilité
vis à vis de l’enfant vis à vis de propositions thérapeutiques qui sont
plus dommageables que bénéfiques. Je voudrais rajouter aussi un
exemple, la prise en charge des conduites addictives qui est un domaine
que je connais bien, ainsi une grande organisation à caractère sectaire
propose pour réduire les conduites de dépendance, simplement les conduites
de dépendance, propose des schémas thérapeutiques, des structures résidentielles
qui ne sont pas compatibles à mes yeux avec les connaissances scientifiques
et avec le respect que nous devons à nos patients et à ceux qui sont
en difficulté. D’autant plus que ceux-ci sont
beaucoup plus vulnérables et là il y a un problème qui est grave, par
la nature, mais comme tous ceux que je viens d’évoquer mais qui est
grave aussi par son ampleur compte tenu de l’importante population que
cela touche. Je voudrais pour terminer, si
vous me le permettez, dire qu’il y a quelque chose, moi qui me frappe,
énormément c’est que nous centrons les choses sur les maltraitances
physiques, sur les déficit de scolarité, sur la proposition que nous
avons d’avoir une dimension préventive c’est-à-dire de pouvoir identifier,
de pouvoir repérer, de savoir ce qu’il convient de faire et la prévention
a, à cet égard, obligatoirement une dimension qui est une dimension
de l’action. Je donne un exemple, j’ai eu, il y a quelques années entre
les mains, un manuel pour apprendre à lire dans lequel le "a"
était qualifié par un des maîtres de l’organisation sectaire où toutes
les lettres de l’alphabet étaient ainsi présentes. Ce qui fait que ce
que l’on va essayer de mettre en place, c’est mettre en place une néo
culture chez les enfants et on sait comment ils y sont sensibles, et
on sait qu’il en restera quelque chose. Mais ce que je voudrais aussi
faire passer auprès de votre commission c’est l’effroyable dégât affectif.
Le fait que la confiance vis-à-vis de l’adulte, la confiance vis-à-vis
de ses semblables est altérée et que ceci va rester comme une des séquelles
où le doute sur soi-même va s’accompagner du doute sur autrui. Et l’on voit bien, à ce moment-là,
qu’il faut se référer pour comprendre cela non pas à ce qu’est une organisation
sectaire mais quelles sont les méthodes que ces organisations et quelquefois
même, ces personnages isolés emploient pour mettre en place l’emprise
mentale, pour mettre en place le fait que l’on va analyser ce qui vous
est proposé d’une certaine manière. Et pour terminer je voudrais
dire qu’un enfant pour se développer, il a besoin que son environnement
ait une continuité. Il a besoin que ça ait une cohérence. Il a besoin
que ça ait une diversité et le principal reproche que je ferais, quant
à l’enfant, à ce que proposent les organisations à caractère sectaire,
c’est de leur proposer un monde qui est un monde réductionné, qui est
en réduction, un monde qui est un monde clos, un monde qui est fermé.
Alors pour pouvoir se développer,
nous avons besoin de la diversité, nous avons besoin de la présence
des parents, nous avons besoin de la présence des grands-parents, nous
avons besoin de la présence de la famille, des thèses différentes dans
la culture, nous avons besoin comme dans l’université que face à un
problème, on puisse évoquer la diversité des positions que l’on peut
avoir vis-à-vis d’un problème. C’est ça qui fait notre qualité, c’est
ça qui fait notre richesse c’est une dimension humaniste dans lequel
le monde n’est pas un monde fermé mais un monde qui est ouvert à la
diversité. A partir de ce moment, l’enfant pourra avec liberté trouver
la voie qui est la sienne car en définitive c’est lui qui décide. Vuilque Merci Monsieur Parquet pour votre
très intéressante contribution. J’ai un certain nombre de questions
à vous poser avant de laisser la parole à mes confrères. Question que
je pose à tous les intervenants. Comment mes confrères et collègues….
décidément…. (rires)…. Brard Les nordistes sont précis…. (rires)… Vuilque Question que je pose à chacun
des intervenants. Comment qualifieriez-vous la situation actuelle ? Vous êtes un praticien, est-ce que vous considérez
que la situation a empiré, qu’elle est restée stable ces années ?
Première question. Deuxième question, vous êtes
membre du conseil d’orientation de la Miviludes, est-ce que vous considérez
que notre système de lutte contre les organisations sectaires et plus
particulièrement notre système visant à éviter ce que vous venez de
décrire, est suffisant ? Parce qu’on nous a beaucoup parlé
d’un manque de coordination entre l’ensemble des intervenants notamment
des associations et puis vous avez abordé en termes forts, vous avez
parlé d’effroyables dégâts affectifs, est-ce que vous pensez que la
prise en charge et l’accompagnement aujourd’hui sont suffisants et sinon
quelles propositions vous feriez pour améliorer ces prises en charge
et ces accompagnements ? Parquet Alors je vais d’abord répondre
à … le problème c’est la lutte contre les organisations, je ne m’inscris
pas dans cette stratégie. Je pense que si j’ai accepté
de faire partie de cette mission interministérielle, c’est parce qu’elle
répondait plus à mon éthique que la précédente, parce que là, on essaie
de contrer les dommages liés à un certain nombre d’organisations et
de la même manière à un certain nombre d’actions, à un certain nombre
de personnes qui fonctionnent à peu près de la même manière à titre
individuel, voir micro groupes. Parce qu’on pense toujours aux
grandes organisations, je pense qu’il faut garder ça dans l’esprit,
il faut aussi garder les micro organisations qui sont à mon sens les
plus nombreuses et en particulier dans la dimension sanitaire. Et il
faut penser aussi qu’il y a un certain nombre de personnalités isolées
qui fonctionnent de la même manière et souvent je crois que c’est important.
Donc je pense que c’est par rapport aux dommages. Je pense que sinon, on a un cela,
on a une position qui est claire et qui est efficace car on peut dire
que quand un dommage est identifié, là nous avons une parfaite légitimité
à intervenir vis-à-vis d’un citoyen ou d’une citoyenne, d’un enfant
ou d’un adolescent, d’un petit ou d’un grand qui a subit un dommage
du fait de quelqu’un. Et je crois que cela c’est très
important et ça c’est la règle générale pour, on pourrait dire, la vie
quotidienne. Mais il y a une spécificité dans le cadre des organisations
à caractère sectaire qui emploient des méthodes qui ont une intentionnalité
tout à fait différente et qui créent des dommages qui sont des dommages
spécifiques, auquel cas là il y a une légitimité à agir d’une manière
à…. C’est la même chose pour cette
commission. Le gros problème me semble être celui-ci, est-ce que cette
protection des enfants rentre dans le cadre des grands principes généraux
de la protection de l’enfance auquel cas chaque fois que les grands
principes généraux et les grandes stratégies législatives réglementaires
sont en place, on doit les appliquer, même si il s’agit de quelque chose
qui est d’origine sectaire. Peut-être faut-il dans cette
réglementation prendre en compte, qu’il y ait un alinéa qui le montre
très précisément ou est-ce que l’on peut démontrer que l’action de ces
organisations à caractère sectaire présente une originalité, une spécificité
auquel cas, on peut soit légiférer, soit réglementer à propos de cette
spécificité là. Et donc c’est le gros problème.
Et je pense que ce que nous avons vu dans notre pays, c’est ce décalage,
cette évolution qui s’est faite pour arriver à un réalisme qui consiste
à prendre en charge le problème des dommages et j’ai déjà entendu dans
une autre instance évoquer cela parce que ce dommage est là. Qu’ensuite
le fait que l’organisation puisse par elle-même poser un certain nombre
de problèmes, est-ce que là il y a le régime général, on pourrait dire,
ou est-ce qu’il y a un régime spécifique ? Je crois que tout le problème
pour nous est là. Le problème de la situation, je pense qu’il y a 2
remarques à faire. Les médecins, nous savons bien
que quand nous avons des moyens pour rechercher une pathologie alors
que nous ne les avions pas antérieurement et bien il y a une apparence
d’une plus grande fréquence et je pense que le problème des dommages
liés aux enfants par les organisations à caractère sectaire sont mieux
connus par l’ensemble de la population … sont mieux évoqués. Et c’est peut-être pour ça que
l’on a quelque chose qui est plus apparent. D’autres part, c’est probablement
plus apparent aussi parce que nous avions centré notre intérêt aussi
sur les enfants qui étaient dans les grandes organisations sectaires
et maintenant nous sommes plus attentifs à ce qui se passe dans les
petites organisations et d’autre part, nous avons été plus attentifs
à ce qu’il en est des modalités de prise en charge des enfants en difficulté
par des structures qui ont une organisation à caractère sectaire. Et donc, il y a certainement
un repérage, une identification qui est de meilleure qualité même si
elle me semble encore totalement insuffisante. Mais je crois qu’il y
a un effet apparent. Cela veut dire aussi que compte
tenu de cette évolution, on pourrait penser que les dommages infligés
aux enfants par des organisations à caractère sectaire, macro organisées
ou micro organisées ne sont plus identiques à ce qu’elles étaient autrefois.
Et quand on avait de grands dommages
affectifs avec des maltraitances physiques, on avait des grandes maltraitances
sexuelles, on avait des grands isolements, etc… Ca avait un caractère
des grosses pathologies, des grosses difficultés et maintenant nous
voyons plus des micros difficultés, des micros difficultés persistantes
mais qui gênent le développement ultérieur. Donc l’analyse de la situation
c’est pas simplement de dire qu’il y a 50 000 ou 80 000 enfants qui….
Ça c’est probablement ce que nous voyons dans le noyau dur dans une
vision qui était une vision, celle que nous avions, il y a quelques
années. Il faudra probablement étendre
très largement ces choses mais le problème ce sera de savoir quel critère
on va employer pour les …. ce que j’appellerais les dommages d’intensité
moyenne que l’on rencontre chez l’enfant et qui laissent des traces
ultérieures et qui sont invisibles donc il va falloir trouver et là
il y a un déficit très important dans notre pays, d’une recherche on
pourrait dire épidémiologique là-dessus parce que cette recherche épidémiologique
nous ne l’avons pas parce qu’elle est basée à partir de références aux
religions, elle n’est pas faite en référence à la vie quotidienne des
personnes que nous rencontrons ni aux dommages. Le problème de la prise en charge
alors là je dois dire que la situation en France est presque catastrophique
Nous avons deux grandes difficultés, lorsque les personnes sont en difficulté,
je parlerai là simplement pour les problèmes de l’enfance et de l’adolescent,
c’est encore plus criant pour les adultes. En général, on n’attribue pas
à la rencontre avec la pensée sectaire les difficultés que l’on rencontre
et c’est un peu la même chose si vous le voulez avec le problème de
l’alcool, avant on disait : cette personne présente une cirrhose
et on traitait la cirrhose, tout le monde savait, dans le cas particulier,
que c’était dû à la consommation excessive d’alcool mais on ne traitait
pas le comportement de consommation ce qui fait que l’on disait :
je traite la cirrhose, la personne continuait à boire on ne l’aidait
pas, je crois qu’il en est de même, là la situation est catastrophique
parce que les troubles que l’on constate ne sont pas évoqués et pris
en charge en fonction de la rencontre avec l’organisation, je crois
que ça c’est un fait important d’autre part, ceux et celles d’entre
nous dans le milieu du soin, d’un soin attentif, d’un soin respectueux,
d’un soin conforme aux données scientifiques et la connaissance scientifique
que nous avons, sont souvent discrédités publiquement, moralement, par
ceux qui sont les tenants d’un soin qui quelquefois me semble irrespectueux,
qui me semble non validé et qui me semble quelques fois voir délinquant
ou criminel. Je donne un exemple, beaucoup
d’entre nous qui sommes connus des gens qui s’intéressent aux problèmes,
nous avons eu à traiter ou nous avons en traitement des gens qui ont
eu des souvenirs induits, on s’aperçoit bien là que toutes les personnalités,
toutes les éventuelles thérapeutes qui aboutissent à cela ont souvent
pignon sur rue, ont souvent une capacité d’audience importante que le
praticien banal inscrit dans les structures du public ou du privé et
que ce sont ces personnes là qui vont valider les choses, qui vont communiquer
sur les choses, qui ont un pouvoir de contact avec les média soit par
le scandale soit par des connivences et donc on voit apparaître quelque
chose qui va faire que, on va discréditer le soin respectueux, le soin
en rapport avec les connaissances scientifiques validées. Et un certain nombre de thérapeutes
qui souhaitent que par rapport à cette manière rigoureuse, respectueuse,
éthique et professionnelle quand nous prenons en charge les choses,
nous sommes souvent l’objet de la vindicte, de l’agressivité, voir même
quelquefois de plaintes de ces personnes et je crois que ceci dissuade
un certain nombre. Enfin c’est une connaissance
très particulière, connaître ce qu’est l’emprise mentale, connaître
l’effet de suggestion, savoir accompagner longuement, c’est un chapitre
de la formation des thérapeutes qui est un chapitre qui est peu développé
dans l’université, et qui est peu développé, je pense que quand on regarde
les choses, les gens qui sont très au fait de ces problèmes là, je pense
que nous ne sommes pas plus de trente ou trente cinq, ce qui pose un
très très gros problème. J’ai été responsable de la formation
du DESS de psychiatrie dans la région où nous avions quand même chaque
année une vingtaine d’internes dans ma région parce que j’avais cette
préoccupation, je mettais dans l’enseignement ce qui avait trait à l’emprise
mentale et ce qui est l’état de suggestion, etc. Mais mes collègues
pensaient que c’était quelque chose qui était hors du champ de la psychiatrie
et de l’enseignement. Vuilque Excusez moi je vous arrête, il
n’y a pas donc officiellement dans la formation de ce DESS, de module
spécifique sur l’emprise mentale. Parquet Ah non ! Ah non ! Mais
si si si j’avais mis à l’examen, emprise mentale, définition caractéristique
pour mode de prise en charge, etc, je crois que j’aurai eu une émeute,
si vous voulez c’est une … Vuilque Pour nous qui ne sommes pas des
praticiens, ça nous semble ahurissant que dans ce genre de formation
qu’il n’y ait pas ce genre de module parce que ça concerne quand même
plusieurs centaines, voir des milliers de nos concitoyens et que les
praticiens, les futurs praticiens n’aient pas accès à cette formation
ou à cette information, nous semble assez ahurissant. Parquet Alors on trouve ces formations
quelquefois dans les études de psychologie qui aiment ratisser large
et souvent il convient d’être attentif au fait que ce module ou ces
quelques informations soient des informations et des formations validées,
solides, non pénétrées, car cette formation est une manière très importante
pour les organisations à caractère sectaire de ….. Vuilque Pardonnez moi, je vous interromps
encore, ce que vous dites est très intéressant, quand vous dites non
pénétrées, ça veut dire y compris en matière de formation sur votre
secteur d’activité en particulier, vous sentez là qu’il y a, qu’il y
a problème, c'est-à-dire qu’il y a un entrisme, qu’il y a une tentative
de mettre en place des thérapies qui ne sont pas comme vous dites vérifiées
par l’expérimentation mais aussi par …. Parquet C’est une évidence et c’est une
évidence et c’est une évidence fréquente, les, les jeunes internes ne
sont pas démarchés, on pourrai dire ça, mais cela fait partie de toutes
les informations qu’ils reçoivent et c’est le travail des enseignants
universitaires de leur dire que chaque fois qu’on leur propose une thérapie
particulière qu’ils puissent bien vérifier les critères d’éthique, les
critères de technicités, ce qu’il en est. Prenons un exemple qui est très
simple, si vous envoyez à un monsieur, une dame lambda ce qui n’a aucun
caractère péjoratif, un questionnaire qui est fait de l’amalgame des
cinq ou six questionnaires sur l’auto questionnaire sur l’état dépressif
que nous utilisons en psychiatrie et très très régulièrement et que
ensuite vous truffez ce questionnaire amalgamé ce qui est une faute
méthodologique importante de quelques questions qui visent à une certaine
orientation, bon il faut que la formation du psychiatre puisse détecter
ce qu’il en est mais si il n’a pas une formation comme ça, il va retrouver,
il va dire, oui ça c’est le questionnaire de Beck, ça c’est le questionnaire
d’Hamilton, ça c’est le questionnaire, comme ça donc il faut avoir une
vigilance et qui est une vigilance que nous pouvons donner qui est une
vigilance technique mais aussi et c’est la gloire d’un métier comme
le mien, de médecin, il faut aussi qu’il y ait une vigilance éthique
et le problème aussi, c’est un problème si j’ose dire je vous pris de
m’excuser ça risque d’être extrêmement choquant, je veux dire il y a
aussi un problème de marché, cela veut dire que pour vous former et
vous aller centrer votre formation sur les grandes pathologies que vous
verrez le plus souvent et non pas sur le petit nombre de choses ce qui
fait que un étudiant va se préparer à être un futur professionnel pour
répondre aux demandes du marché de la souffrance psychique et quand
il y a un tout petit nombre de patients, ça va pas lui sembler un chapitre
devant être approfondi complètement, si bien que je crois que, il y
a non seulement, à leur faire passer les micro connaissances, ç’est
la même chose pour les enseignants, les enseignants doivent apprendre
à pouvoir enseigner la géographie, l’histoire et la citoyenneté mais
aussi doivent avoir une petite culture pour pouvoir identifier ce qui
à trait à une formation qui est dramatique. Alors le problème de la situation,
j’en ai parlé, l’organisation, la coordination alors là je crois que
c’est un merveilleux désordre, c’est un merveilleux désordre je crois
que nous voyons bien dans les actions des, non coordonnées ce qu’il
en est, ce qu’il en est du sanitaire, ce qu’il en est de la justice,
ce qu’il en est de l’éducation, là je crois vraiment qu’il y a, pourquoi,
moi j’ai une toute petite idée là-dessus, simplement parce que nous
n’avons pas la capacité d’avoir ensemble une vision claire qui est ,
ce sont les dommages qui représentent la seule porte d’entrée d’une
politique solide, c'est-à-dire la souffrance de l’autre, auquel cas
face à la souffrance de l’autre, face à la difficulté ultérieure qui
amènera une souffrance, tous les pans de notre société peuvent se réunir
et c’est ça qui est tout à fait essentiel et je crois que c’est la très
grande difficulté de ce champ, la difficulté de ce champ, elle est culturelle
mais elle est aussi de la protection, c’est le dommage qui……qui peut
fonder quelque chose. Alors, ce que je viens de dire, je vais me trouver
en contradiction avec ce que je vais dire au niveau de l’éducation parce
qu’au niveau de l’éducation, c’est pas aller chercher le dommage, c’est
pas prévenir le dommage, c’est donner des compétences, donner des qualités
et du coup, on voit l’autre pan qui est un pan plus difficile à saisir
c’est, qu’est-ce qui est ? non pas d’empêcher la souffrance ou
d’aider la souffrance mais qu’est-ce qu’il en est de donner de la valeur,
de donner de la liberté, de donner de l’estime de soi. Et ça c’est tout à fait différent
et là on se trouve dans tout ce qu’est le processus éducatif c’est-à-dire
toutes les valeurs qui sont sous jacentes à notre pays, à notre culture,
et qui sont à l’identique dans ce qui est dans la famille, dans ce qui
est à l’école et dans ce qui est à l’université et dans la vie quotidienne ;
donc là, je suis en contradiction avec ce que je viens de dire précédemment. Vuilque Merci beaucoup, j’ai 2 demandes
de parole pour l’instant : Jean-Pierre Brard et Jean-Yves Hugon. Brard Merci professeur pour ce que
vous avez dit parce que, en vous entendant, on reconnaît votre talent
pédagogique et votre sérénité en même temps, c’est toujours très agréable
et je voudrais avant de vous poser 1 ou 2 questions, je pense que ce
que vous avez dit sur les dommages est très, très important parce que
ce que vous dites pour les médecins vaut pour les parlementaires ou
ceux qui composent la Miviludes, nous ne faisons pas la chasse aux sectes
ce qui n’a pas d’intérêt en soi, ce qui ne veut pas dire se dispenser
d’une bonne compréhension, connaissance de la façon dont ça fonctionne
mais … les dommages et, quand on vous entend, je pense que c’est votre
rôle aussi, nous avons vocation à rendre nos concitoyens intelligents
de la réalité sectaire pour les protéger eux-mêmes, pour les mettre
en état d’auto défense et d’auto protection vis-à-vis des dommages éventuels
sans tomber dans une paranoïa où nous tirerions sur tout ce qui bouge.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas s’en méfier évidemment. Alors vous avez parlé de démarches
thérapeutiques et résidentielles pratiquées par une grande secte, tout
à l’heure, je me demandais s’il s’agissait de la Scientologie ou d’Angel
Mayer ou des deux à la fois, d’ailleurs ? Parquet Les deux à la fois. Brard Les deux à la fois, c’est ce
que je pensais (rires) mais je voulais avoir la vérification. Angel
Mayer, pour ceux qui ne le savent pas, l’autre nom c’est le Patriarche,
qui fut subventionné longtemps par le Ministère des affaires sociales
avant qu’on ne détectât la façon dont ça fonctionnait vraiment. Dans ce que vous avez dit au
début de votre propos, il y a quelque chose qui m’a étonné, ce sont
les parents qui vous amènent les enfants, les parents qui sont dans
la déviance sectaire et qui vous amènent leurs enfants. D’habitude on
considère que précisément ils sont tellement dans la dépendance que
ils ne vont pas y compris essayer de traiter les perturbations que ça
peut provoquer sur les enfants, première chose. Deuxièmement vous avez été un
peu elliptique sur votre propos du début que je vous ai déjà entendu
tenir et qui me semble particulièrement intéressant précisément et si
vous l’acceptiez je pense ce serait utile de revenir pour nos collègues
sur ce sujet. C’est-à-dire qu’évidemment nous
avons l’habitude de reconnaître les grandes sectes et nous connaissons
leurs turpitudes qui sont avérées hélas, trop souvent mais vous avez
attiré notre attention sur le fait que tout ça s’atomisait d’une certaine
manière et je vous ai entendu à plusieurs reprises donner une explication
à cela, c’est qu’une démarche d’irrationalité pénètre davantage toujours
plus notre société et amène des comportements qui s’inspirent de tout
ce qui fait le fond de commerce des groupes sectaires mais qui est très
déstabilisant pour nous parce que c’est beaucoup plus difficile à identifier,
étant entendu que nous avons vocation aussi à protéger les libertés
individuelles et collectives qui n’empêchent pas de croire à des choses
qui sont irrationnelles mais qui peuvent déboucher sur la déviance sectaire
avec les dommages collatéraux qui vous évoquiez. Si vous pouviez revenir sur votre
analyse plus théorique, en fin de compte, sur le sujet que je trouve
moi personnellement, toujours très passionnant. Parquet Effectivement Monsieur le député, il y a un bricolage des croyances
et ce bricolage des croyances est quelque chose qui va être proposé
à notre société et qui va être proposé aux adolescents et aux enfants.
Et ce bricolage des croyances, il va répondre à une aspiration très
forte et spécialement des adolescents, adolescentes à comprendre,
donner du sens, organiser leur présence au monde etc., etc. Et donc,
la proposition que font ceux qui bricolent des croyances va répondre
à un besoin considérable des adolescents, adolescentes. Et si un certain nombre d’autres adultes, un certain nombre d’autres
organisations, si la République est muette, si nous sommes tous muets
et bien il n’y a plus qu’à aller s’approvisionner pour ses croyances
que dans ce fond de commerce-là, dans un bricolage. Et au moment où vous cherchez à donner du sens à votre vie, ce qui
est la caractéristique de l’adolescence et d’un grand nombre d’entre
nous, vous allez avoir là, on pourrait dire disponible comme dans
le supermarché, sur le haut de la gondole, et vous allez prendre cela.
Et ceci va imprégner… et vous n’allez pas prendre dans les croyances
qui vous sont proposées, on pourrait dire, le kit tout fait, vous
n’allez pas devenir adepte de telle ou telle organisation. Vous allez picorer une des croyances et vous allez mettre ça à votre
sauce et on va voir se construire des personnalités avec des systèmes
de pensée, avec des systèmes de valeur extraordinairement hétérogènes
qu’on attribuera pas à ce qu’est l’action des organisations à caractère
sectaire et qui vont faire que l’on va avoir une culture qui est une
culture largement imprégnée par ce bricolage des croyances. Et ceci me semble tout à fait
important, on le voit bien dans les costumes des adolescents, on le
voit bien dans leurs références musicales, on le voit bien dans une
référence comportementale, dans la nature des jeux vidéo qu’ils choisissent,
on se trouve là devant quelque chose qui est une imprégnation avec in
fine quelque chose qui ne va plus nous permettre d’identifier les choses
comme appartenant aux organisations à dérive sectaire parce qu’on ne
va pas avoir le corpus théorique complet qu’on s’attendait à trouver
chez un adepte ou une adepte et c’est cela… cette culture-là est importante.
Je pense que nous le sentons parfaitement bien dans notre pays. Je sais
pas si je réponds à votre…. Brard Si, si et alors comment se fait-il
que des parents qui sont pleins, qui trempent dans le bocal complètement,
vous amènent leurs enfants ? Parquet Je vous laisse la responsabilité
de tremper dans le bocal (rires)… C’est vrai que c’est souvent
le moment du doute. Pour pouvoir sortir quelqu’un qui est dans le bocal,
il y a à mon sens une manière qui est, est-ce que ce que l’on te fournit
comme réponse te semble parfaitement, est complètement, exhaustivement
satisfaisant ? Et l’autre question qui est : n’y aurait-il
pas un autre moyen de concevoir, de penser les choses ? On n’est
pas certain d’avoir un résultat immédiat mais on met la graine de Sevené
là. Ce qui est intéressant c’est
que des parents qui amènent des enfants qui sont dans une organisation
à caractère sectaire, qui amènent des enfants pour avoir une aide c’est
souvent une stratégie pour ces parents de pouvoir s’interroger sur leur
destin. Ils sont encore complètement d’accord mais ils vont se servir
de l’enfant souvent comme un cheval de Troie et souvent on se rend compte
qu’il y a un conflit dans ce que j’appellerais les ordres éducatifs
que les parents sont tenus d’observer du fait de leur appartenance par
rapport à leurs enfants, c’est souvent là il y a un conflit à ce niveau
là. Et souvent avec cela, ceux d’entre nous qui avons la connaissance du fonctionnement
de ces grandes organisations ou de ces micros organisations, nous avons
en prenant l’enfant en charge, un ricochet très très important et ceci
m’est arrivé très très souvent. Mais moi ce qui me frappe c’est que
là l’enfant est souvent un porte parole et quand on a des maltraitances
à enfant, des défauts de prise en charge des soins physiques, un certain
nombre de maltraitance, c’est en même temps aussi très souvent pour
les adeptes une forme d’allégeance et de conformité par enfant exposé,
c’est à dire la manière la plus forte pour des adultes de faire ce qui
leur ai demandé avec le terrain de l’enfant, au travers de l’enfant.
C’est la forme la plus ultime de l’adepte. Si l’adulte se sacrifie,
il se sacrifie lui-même. S’il va jusqu’à sacrifier l’enfant, c’est la
forme majeure d’allégeance. Rapporteur Merci Jean-Yves Hugon ?.... Jean-Yves
Hugon Merci
Monsieur le Rapporteur. J’aurais voulu monsieur, si vous
me le permettez, revenir sur 2 passages de votre propos qui m’ont un
peu interpellé, l’ensemble m’ayant fort intéressé. Lorsque vous avez abordé votre
rôle au sein du conseil d’orientation de la MIVILUDES, je crois que
vous avez dit si je ne me trompe pas, qu’il s’agissait de contrer les
dommages, c’est ce qui vous intéressait. Alors lorsque je vous ai entendu
dire ça, je me suis dit : « C’est peut-être un petit
peu tard finalement lorsque l’on en est à contrer les dommages. »
Il faudrait peut-être que la MIVILUDES agisse en amont, et lutter contre
les dommages avant de… enfin je veux dire organiser une lutte afin que
les dommages n’interviennent pas, je ne sais pas si je me fais bien
comprendre. 2ème remarque que
je voulais faire, lorsque nous avons évoqué l’absence, dans la formation
de …., l’absence de module sur ce qu’on appelait la manipulation mentale,
et vous avez dit : « Mais si j’avais proposé un module
sur la manipulation mentale, il y aurait eu des émeutiers, il y aurait
eu des émeutes ». Alors j’aurais voulu connaître la motivation
des éventuels émeutiers. Parquet Alors, pour répondre très très
clairement, quand on pose des questions dans les coins
du programme … je vois toujours des ennuis … je suppose que c’est dans
tous les domaines très particuliers donc ça n’a qu’un caractère anecdotique
à cet égard. Hugon Vous ne faisiez pas allusion
à d’éventuels lobbyings ? Parquet Ah non, non pas du tout. Là c’est
vraiment la vie étudiante et universitaire dans son grand classicisme.
Par contre, c’est vrai que pour
moi, qui ai une formation de soignant, la notion de dommage est une
notion qui est aussi importante que la notion de santé, et que donc
faire que les dommages ne surviennent pas de quelque nature qu’ils soient,
physique, psychologique, social, citoyen, etc … c’est vraiment un point
fort dans la dimension de lutte. Et je crois qu’en ayant cette
activité forte au niveau de la prise en compte et de contrer les dommages,
et de les annoncer parce qu’il y a aussi une prévention des dommages
éventuels, … on donne une culture aux organisations de notre pays, aux
institutions de notre pays, et au citoyens de notre pays. A partir du moment où vous faites
la démonstration publique qu’un dommage a été identifié, que ce dommage
est imputable à une manière de fonctionner, là on est devant quelque
chose qui va parler à tous, qui va nous rendre tous plus capables d’identifier
et de se préserver. Alors il est vrai qu’il peut
y avoir une autre dimension mais je ne suis pas compétent dans ce domaine-là,
une autre prévention qui est tout à fait différente, qui passe par l’analyse
des circuits, des informations, des systèmes financiers, etc … et qui,
à ce moment-là, est quelque chose qui a comme objectif ces organisations
à caractère sectaire. C’est d’une autre nature et moi je n’ai compétence
que pour parler dans ce champ-là. Vuilque :
Serge Bliscot. Serge Bliscot 2 questions au professeur de
psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent. L’une assez banale c’est que
beaucoup des auditions précédentes, que ce soit en tant que victime
par une victime ou une psychologue clinicienne, nous ont parlé de l’extrême
difficulté où on se trouve aujourd’hui, vous l’avez évoqué en parlant
de ---, face aux psychothérapeutes et thérapeutes de toutes allégeances
dont beaucoup ont une pratique déontologiquement suspecte et en plus
dangereuse pour la santé psychique d’enfants, d’adolescents voire d’adultes
bien évidemment. Donc je trouve que nous avons
peut-être raté une occasion au moment de la discussion …. de dépassionner
ce débat et d’expliquer ce que nous faisions mais ça c’est un avis personnel,
et nous nous retrouvons maintenant un peu "gros Jean comme devant"
avec des décrets d’application qui sont extrêmement difficiles à prendre,
me semble t-il, par le Ministère de la santé. J’aimerais avoir votre avis sur
la façon dont on peut corriger cette impasse ou quasi-impasse dans laquelle
la santé publique est dans ce pays où nous avons quand même plusieurs
milliers de personnes, on me dit 10 000, Madame (????) qui a beaucoup
étudiée le sujet nous dit entre 5 et 10 000 thérapeutes, je dirais,
suspects ou faisant n’importe quoi. Le moins grave serait qu’ils ne
servent qu’à escroquer, ce serait beaucoup plus grave quand il y a une
emprise psychique comme vous disiez tout à l’heure, c’est la première
question. La deuxième question est peut-être
plus précise. Il existe des zones où il y a remaniement, ça a rapport
avec la première d’ailleurs, où il y a remaniement complet de nos …
je suis médecin, et j’ai fait de la psychiatrie et de la psychothérapie
dans un cadre tout à fait réglé, et j’ai remarqué que nous avons des
pathologies qui sont très mouvantes, des modes venues de l’étranger,
voire des échecs, il faut le dire entre nous, je pense en particulier
au domaine de l’autisme infantile sur lequel vous avez dû beaucoup travailler
dans votre vie professionnelle. Or il se trouve que depuis quelques
années, nous sommes soumis à, je dirais, les quarantièmes rugissants
entre des conceptions extrêmement différentes dans ce domaine et ajoutons
le drame des parents qui ont vu, qui est énorme dans ce domaine, et
qui ont vu parfois des comportements thérapeutiques extrêmement opposés
avec des excommunications, vous le savez ici, on ne va pas le développer,
de l’un ou de l’autre et …. entre les différentes écoles. Exemple de pays étrangers qui
étaient portés au pinacle comme étant une réussite, font que dans ce
paysage et je dirais profitant de la bonne foi du désarroi qui peut-être
très grand, nous le savons, des parents et des familles, et des associations
de parents, se glissent bien évidemment un certain nombre de pratiques
déontologiquement suspectes sur lesquelles on a d’ailleurs très peu
de prise, on a eu un exemple tout à l’heure, et sur lesquelles la simple
critique nous fait traiter immédiatement, j’allais dire, de retardataires
voire de, je dirais, je ne sais pas comment le dire, faisant perdre
des chances de guérison ou d’amélioration à des enfants. Donc je suis un petit peu préoccupé
par cela parce que je trouve qu’on est chaque fois, je cite un exemple
qui … très chaud, très virulent comme on dit actuellement, mais chaque
fois pris en défaut c’est à dire que l’on nous intime, hier c’était
le cancer avant que des progrès significatifs aient lieu, demain ce
sera encore une autre maladie ou un autre ensemble de pathologies, on
nous somme de valider finalement des méthodes qui ne sont pas encore
tout à fait validées, et la prudence passe pour la défense d’intérêts
acquis, universitaires ou autres ou … on se connaît bien, et finalement
on laisse s’échapper dans la nature, je crois, des gens de bonne foi
qui s’en remettent à l’un ou à l’autre des ces thérapeutes qui peuvent
être diplômés, parfois diplômés, parce qu’on parle toujours des thérapeutes
un peu bidon, mais le drame à nous si j’ose dire, c’est que nous avons
beaucoup de médecins, de psychiatres diplômés parfaitement, qui payent
leur cotisation à l’Ordre, qui sont tout à fait honorables, et qui se
mettent à partir dans des directions non éprouvées. Voilà alors j’ai… Je crois qu’avec
l’autorisation du professeur, on est quand même un petit peu un certain
nombre de garde-fous si j’ose dire, sur ces questions parce qu’autrement
je crois qu’on dérapera tous les 5 ans sur des histoires de ce type.
Parquet Je pense que votre analyse est
formidablement pertinente. En ce qui concerne le problème de la thérapie,
du traitement, quels sont les critères que l’on peut utiliser ?
Alors on utilise classiquement
le critère de la peau d’âne, le critère du diplôme, c’est un critère,
auquel cas, qu’est-ce que l’on va faire ? On va prendre les peaux
d’âne qui confèrent la respectabilité, la sécurité dans l’exercice,
etc … et le remboursement. Donc qu’est-ce qu’on va faire ?
Eh bien vous allez avoir un lobbying extraordinaire que les détenteurs
de la peau d’âne A vont dire que c’est merveilleux, que les détenteurs
de la peau d’âne B vont dire que c’est merveilleux, ce à quoi nous avons
assisté, c’est ça. Alors il y a des peaux d’âne
universitaires, des peaux d’âne qui sont dues à la longueur de la pratique,
il y a des peaux d’âne qui sont dues à la nature de la thérapie mise
en place, et donc on va avoir des critères et c’est sur les critères
que l’on peut agir. Et je pense que ce qui s’est
passé depuis très longtemps dans la qualification de psychothérapeute,
c’est la lutte de la nature des peaux d’âne comme critère, on pourrait
dire, d’inscription sur une liste d’habilitation, je crois que c’est
ça. Deuxième point, ceci ne nous met pas à l’abri des modalités de l’exercice,
mais je pense que vous l’avez dit tout à fait bien, modalités de l’exercice
soit parce que, et je crois que là il y a 2 cas de figures qui sont
très différents, soit parce que parmi toutes les probabilités, et les
méthodes, et les objectifs thérapeutiques, qui sont celles que doit
posséder un thérapeute bien formé, il va au bout d’un certain temps
n’utiliser plus qu’une seule variété, auquel cas les patients qui vont
venir le voir vont être, si j’ose dire de manière triviale, mangés à
la seule sauce de cette proposition thérapeutique alors qu’ils auraient
besoin de quelque chose qui serait plus pertinent. Si je suis psychanalyste, eh
bien si tous les patients que je vois, qui viennent me voir, eh bien
je les allonge sur le divan, là je peux être un excellent psychanalyste
mais je fais une faute parce que ce n’est probablement pas pour tous
les patients, même si c’est bon pour certains patients, que je dois
leur proposer cela. Si je suis thérapeute comportemental,
si je propose ça à tout le monde, là c’est dans mon exercice, une faute.
Et puis il y a les déviants,
c'est à dire ceux qui sont marqués par quelque chose dont je redirai
tout à l’heure que c’est un argument important, par la notion de pensée
magique, que ce qui est inexplicable, ce qui est aberrant est probablement
de l’ordre de la vérité, parce qu’il y a une déception par rapport aux
pensées classiques. Donc je crois que c’est un petit peu du coup la difficulté là-dedans, c’est le lobby des peaux d’âne … c’est les critères … et je crois qu’à ce moment-là, on est en difficulté, il faut avoir des critères qui sont très | |||