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CAP
LC 2006
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Commission
d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et
aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et morale des
mineurs
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Mardi 24
octobre 2006 à 17 h 30 Audition du Professeur Jean-Pierre Machelon, président de la commission chargée d’aménager la loi de 1905 régissant les relations entre l’Etat et les cultes Fenech
Chers collègues,
nous reprenons nos travaux dans le cadre de la commission d’enquête
relative à l’influence sur les
mineurs des mouvements à caractère sectaire. Nous allons procéder à l’audition du
professeur Jean Pierre Machelon. Bonjour, professeur, merci d’avoir
répondu à notre convocation. Vous
êtes ici en qualité de président de la commission chargée d’aménager
la loi de 1905 régissant les relations entre l’Etat et
les cultes. Je vous
rappelle tout d’abord qu’au terme de l’article 142 du règlement de notre
assemblée, la commission pourra décider de citer dans son rapport tout
ou partie du compte rendu qui en sera fait. Ce compte-rendu
vous sera préalablement communiqué. Les observations que vous pourriez
faire seront soumises à la commission. Par ailleurs,
en vertu de l’article 6 de l’ordonnance du 17 novembre 1958 modifiée,
relative au fonctionnement des assemblées parlementaires, les personnes
auditionnées sont tenues de déposer sous réserve des dispositions de
l’article 226-13 du Code Pénal, réprimant la violation du secret professionnel
et de l’article 226-14 du même code qui autorise la révélation du secret
en cas de privation ou de sévisses, dont les atteintes sexuelles. Cette même
ordonnance exige des personnes auditionnées qu’elles prêtent serment
de dire la vérité toute la vérité, rien que la vérité. Je vais donc
vous demander de lever la main droite et de dire : « je le
jure ». Machelon Je le jure Fenech Je vous
remercie. Cette audition est ouverte à la presse, elle fait l’objet
d’un enregistrement, je m’adresse aux représentants de la presse pour
leur rappeler les termes de l’article 39 quinquies de la loi du 29 juillet
1881 sur la liberté de la presse qui punit de 15 000 € d’amende le fait
de diffuser des renseignements concernant l’identité d’une victime d’une
agression ou d’une atteinte sexuelle. J’invite donc les représentants
de la presse à ne pas citer nommément les enfants qui ont été victimes
de ces actes. La Commission
va maintenant procéder à votre audition, professeur, qui fait l’objet
d’un enregistrement. Nous avons été destinataires de votre rapport daté
du mois dernier, du 20 septembre 2006, qui contient des propositions
novatrices, fortes, sur lesquelles nous allons vous entendre. Ce que
je vous propose, c’est de vous céder la parole pour un exposé préliminaire,
et ensuite vous poser des questions. Je vous cède la parole. Professeur MachelonMerci monsieur
le Président. Monsieur le
Président, mesdames et messieurs les députés, vous avez bien voulu me
demander d’être entendu par votre commission. Je défère très volontiers
à votre souhait et je vais m’efforcer de répondre à toutes vos questions.
Il est donc prévu que j’expose devant vous les principales conclusions
du rapport que j’ai remis le 20 septembre dernier au Ministre d’Etat,
Ministre de l’Intérieur, au nom de la commission de réflexion juridique
sur les relations des cultes sur les pouvoirs publics dont j’ai eu l’honneur
de diriger les travaux durant près d’une année. Je vais le
faire selon l’usage en termes brefs et en m’efforçant de trouver des
points de contact avec vos propres préoccupations, en m’efforçant aussi,
je dois le dire, de rectifier certaines interprétations erronées que
j’ai pu lire ici ou là. La tâche de propositions qui nous incombait
était définie très largement dans la lettre de mission du Ministre.
Je l’indique d’un mot :
Pour traiter
ce vaste sujet, nous avons tenu de très nombreuses réunions, une trentaine,
dans un climat constructif, mais n’excluant pas la controverse, ni parfois
les divergences de vues comme il est normal. Plusieurs dizaines de personnalités
ont été entendues, toutes à huis clos, à commencer par les responsables
en France des grandes religions. Nous avons reçu aussi nombre d’élus
locaux et de parlementaires diversement placés sur l’échiquier politique
et sur le territoire national. Des hauts fonctionnaires sont également
venus jusqu’à nous, de même que des experts en droit des cultes, représentants
d’associations ou spécialistes du monde religieux, les uns et les autres
représentant un très large spectre de sensibilités et de réflexions.
Tous … tous
nous on dit qu’il n’y avait pas lieu de bouleverser les grands équilibres
fixés aux articles 1 et 2 de la loi de 1905, mais que des aménagements
pourraient permettre de mieux adapter, dans un domaine qui touche à
l’essentiel, le droit en vigueur aux réalités d’aujourd’hui et de manière
à rendre plus faciles, plus apaisées les relations entre nos concitoyens.
Ils nous ont fait part de leurs expériences et parfois de leurs difficultés
préoccupantes. Ces difficultés,
nous nous sommes efforcés de les examiner en juriste et de leur apporter,
à titre de propositions, bien sûr, des solutions juridiques présentées
aussi souvent que possible sous forme d’articles rédigés ou d’amendements
à des textes législatifs ou réglementaires. Sur les questions
les plus complexes, le rapport fournit une gamme de réponses, ou bien
des réponses complémentaires, ou alternatives, éventuellement assorties
d’un bref commentaire, ou d’un exposé des motifs, car il est bien rare
qu’un problème de droit de quelque importance n’appelle qu’une seule
solution, et exceptionnel que son choix revienne aux seuls juristes. De fortes convictions n’en sous-tendent pas moins
le rapport ; la première est évidente, mais je tiens à la mentionner :
le droit est fait pour encadrer la vie des hommes en société en leur
offrant, si possible, le maximum de sécurité et de justice. Il n’est
pas destiné à véhiculer des vaches sacrées et il y a aucune raison
de tenir pour telles les lois et règlements relatifs au droit des
cultes, pas même la loi de 1905 ; ce grand texte républicain
est un très bon droit révéré pour ses principes, mais il a déjà été
modifié 13 fois depuis son édiction. Aucune de
ces dispositions, la commission l’a vérifié avec soin en analysant la
jurisprudence du Conseil Constitutionnel, n’a d’ailleurs valeur de règle
constitutionnelle, pas même son article 2 qui dispose que la République
ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. Des réformes
sont donc possibles, et certaines sont nécessaires ; d’abord pour
rendre la règle de droit plus accessible, plus intelligible dans une
matière où elle a bien souvent cessé de l’être. L’opinion majoritaire
de la commission suggère même qu’une codification des dispositions applicables
aux cultes soit mise en chantier et menée progressivement, et avec le
plus grand soin, bien sûr. D’autres propositions
que nous avons faites tendent à supprimer des incohérences et à rendre
le droit applicable plus rationnel et plus équitable. La commission
a ainsi cherché à moderniser le régime juridique des associations cultuelles,
prévu par l’article 4 de la loi de 1905,
afin de faciliter la tâche de ceux qui y ont déjà recours et d’engager
à s’y plier ceux qui sont réticents. Sans entrer dans trop de détails, je voudrais souligner
que les propositions faites sur ce point vont dans le sens de l’accroissement
des moyens juridiques de lutte contre les dérives sectaires. L’exercice
du culte, peut aujourd’hui être assuré au moyen de plusieurs supports
juridiques :
Du point de vue des responsables
des cultes, chaque formule a bien entendu ses avantages et ses inconvénients,
l'association déclarée loi de 1901, peut recevoir des subventions publiques
si du moins elle exerce des activités non cultuelles, elle jouit de
la plus grande liberté mais elle ne peut bénéficier de dons et legs.
L'association cultuelle,
l'association de la loi de 1905, a une capacité beaucoup plus étendue,
elle peut recevoir des dons et legs sans droit de mutation, elle peut
bénéficier d'exonérations fiscales, elle peut délivrer aussi des reçus
fiscaux permettant des dégrèvements d'impôts aux donateurs. Mais ces cultuelles ne
peuvent recevoir de subvention publique sauf pour financer des réparations
d'édifices affectés au culte public, et elles ne peuvent reverser leur
surplus de recette qu'à des associations ayant le même objet, c'est
à dire à des cultuelles. Elles ne peuvent en outre, ces associations
cultuelles, exister avec ce statut qu'à la condition d'avoir exclusivement
pour objet l'exercice d'un culte, de poursuivre exclusivement des activités
à caractère cultuel, lesquelles par ailleurs, ne doivent pas être contraire
à l'ordre public. Nous préconisons le maintien
de ce système libéral, de ce système de libre choix entre les deux formules
qui n'impose pas un régime juridique unique comme support de l'exercice
du culte, mais nous proposons de rendre plus attractive l'option pour
l'association cultuelle qui permet à l'administration de vérifier que
l'association ne poursuit pas des activités contraires à l'ordre public.
C'est le système dit, de la « petite reconnaissance », le
préfet en autorisant l'association demanderesse à accepter des dons
et legs et à bénéficier des avantages fiscaux attachés au régime de
l'association cultuelle, s'assure qu'elle remplit bien les conditions
légales et qu'elle ne menace pas l'ordre public. Nous recommandons que le
préfet reste au centre de ce système, même si, depuis l'entrée en vigueur
de l'ordonnance du 28 juillet 2005, ce système risque d'être un peu
vidé de sa substance. L'acceptation de libéralité en effet, n'a plus
à être autorisée cas par cas, par le préfet. Une déclaration préalable
par les bénéficiaires doit désormais suffire, l'administration fiscale
disposant d'une simple faculté d'opposition. Selon nous, toute association
devrait pouvoir si elle le souhaite, interroger le préfet sur sa capacité
à bénéficier des avantages attachés au statut d'association cultuelle.
C'est ce que nous appelons dans le rapport le « rescrit cultuel
». Une telle réforme, vous le voyez, irait non seulement dans l'intérêt
des demandeurs mais aussi dans l'intérêt de l'ordre public. En outre, pour rendre le
statut des associations cultuelles plus attractif et donc indirectement
le contrôle de l'administration plus étendu, nous proposons un certain
nombre de mesures dans le détail desquelles il est exclut que j'entre
maintenant, on y reviendra peut-être tout à l'heure si vous le jugez
à propos, un allégement des obligations comptables, une mise à niveau
des règles applicables aux dons manuels consentis aux associations car
depuis quelques années, les associations cultuelles ne bénéficient plus
d'un avantage par rapport aux associations de droit commun, alors que
c'était le cas auparavant. Nous préconisons aussi
une atténuation de l’interdiction de détenir des immeubles de rapport,
nous préconisons enfin un assouplissement du fonctionnement des associations
cultuelles, mais sans révolution aucune. Il n'est pas proposé dans le
rapport que j'ai eu l'honneur de déposer d'élargir l'objet des cultuelles
qui doivent exclusivement avoir pour objet l'exercice public d'un culte.
Il n'est pas proposé non plus de revenir sur la conception traditionnelle
de la notion de culte, dont le droit français n'envisage avec sagesse
que la dimension objective, c’est-à-dire rituelle, avec sagesse, car
si ce n'était pas le cas, l'état devrait qualifier le fait religieux,
ce qui serait en contradiction avec le principe de séparation. Ce qui
est proposé, c'est de mettre fin à l'étanchéité financière absolue qui
existe aujourd'hui, entre les associations cultuelles et les autres.
Nous suggérons que les
« cultuelles » puissent reverser de l'argent à des associations
bénéficiant des mêmes avantages fiscaux, non pas de simples associations,
mais à des associations reconnues d'utilité publique, ce qui offre toute
garantie ou encore à des associations ayant pour objet exclusif l'assistance
ou la bienfaisance et à terme, il est proposé d'envisager la création
d'une forme particulière de reconnaissance d'utilité publique pour les
activités religieuses qui serait ouverte à toute association à objet
religieux, y compris les « cultuelles » pouvant évidemment
justifier d'une utilité publique, comme la contribution à l'éducation
ou à la culture, à l’intégration sociale ou au développement d'activités
caritatives. Une telle création permettrait un contrôle de l'Etat plus
approprié que celui qui est exercé aujourd'hui sur les cultuelles à
travers la législation sur les dons et legs. Je passerai, Monsieur le
Président, Mesdames et Messieurs les députés, beaucoup plus vite car
je vois l'heure tourner, sur les autres propositions du rapport et je
le ferai d'autant plus volontiers qu'elles sont plus éloignées, je pense
des préoccupations qui vous réunissent ici. Dans l'esprit de la commission,
toute difficulté n'avait pas forcément vocation à être réglée par une
modification des lois et règlements. Plusieurs propositions visent,
à droit constant, à ouvrir la voie à certaines solutions d'avenir, il
est ainsi envisagé, dans le rapport, de reconnaître par étape le culte
musulman en Alsace Moselle, en commençant par inclure l'islam dans l'enseignement
religieux proposé aux élèves de l'enseignement secondaire, une action
concertée entre les pouvoirs publics et les autorités religieuses concernées
devant permettre au préalable d'assurer la formation du personnel enseignant.
Sur d'autres sujets, la
législation funéraire ou la construction de nouveaux lieux de culte,
nos propositions ont pu paraître plus audacieuses, comme j'aimerais
le montrer très très vite dans l'un et l'autre cas, elles ne sont cependant
audacieuses qu'à demi. Le principe de la neutralité des cimetières n'interdit
pas aux maires de prendre acte de la volonté de certains défunts, israélites
ou musulmans, d'être enterrés au voisinage de leurs coreligionnaires.
Le regroupement de fait des sépultures n'est pas prohibé par la loi.
Deux circulaires ministérielles
l'ont d'ailleurs rappelé en 1975 et en 1991, mais ce regroupement de
fait n'est pas non plus consacré par la loi ; ce que déplorent un certain
nombre d'élus locaux, inquiets de l’insécurité juridique qui peut s'en
suivre. Sans vouloir consacrer l'institution de véritable « carrés confessionnels
» qui seraient physiquement séparés du reste du cimetière et qui seraient
plus ou moins cogérés par les autorités religieuses, la commission s'est
efforcée de répondre à cette inquiétude. Elle propose d'amender
deux dispositions du code général des collectivités territoriales afin
d'inscrire dans la loi la possibilité pour le maire de tenir compte
dans son pouvoir de police des funérailles de la volonté exprimée par
les personnes décédées en rapport avec leurs croyances et, dans l'attribution
des concessions de tenir compte des convictions religieuses exprimées
par les demandeurs. La dimension religieuse des rites funéraires ne serait
donc plus ignorée, dans tous les cas, par l'autorité administrative
; mais la liberté d'appréciation du maire et le principe de la neutralité
des cimetières resteraient saufs. S'agissant enfin, de l'immobilier cultuel, nous avons considéré
aux termes de longues discussions, que le temps des contorsions juridiques
et des montages plus ou moins légaux était révolu, en tout cas qu'il
serait souhaitable qu'ils s'achèvent. Depuis lors, l'actualité nous a d'ailleurs confortés dans
cette opinion puisque - pour prendre un exemple dont on a beaucoup parlé
- un jugement du Tribunal administratif de Montpellier, en date du 30
juin dernier, a annulé une délibération du Conseil Municipal de la ville,
qui sous l'appellation de « salle polyvalente à caractère associatif
et à vocation de réunions », avait permis plusieurs années plus
tôt, la construction et le financement d'une mosquée ; à la satisfaction
générale, a-t-on dit mais en violation de la loi. À une large majorité, nous avons préconisé, dans un souci
d'efficacité, mais surtout dans un souci de transparence que les communes
et leurs groupements, se voient formellement reconnaître la possibilité
de subventionner la construction de lieux de culte. Cette aide à l'investissement
- sans être trop long, M. le Président, j'aimerais en dire un mot -
elle pourrait intervenir sans plafonnement fixé par la loi. Il est difficile en effet de tracer la frontière entre une
aide directe et les aides indirectes : souvent pratiquées aujourd'hui,
par l'instrument juridique des baux emphytéotiques, par exemple, et
qu'il faudrait réintégrer pour le calcul du plafond ; si plafond il
devait y avoir. Au surplus, en mettant un plafonnement, une quotité, 10
- 15 % ....que sais-je encore ?...on risquerait de suggérer qu'il y
aurait une espèce de droit de tirage, une espèce de droit à subvention,
dans la limite d'un certain pourcentage. Or ce n'est pas ce que nous
avons recherché avec cette proposition. La mesure est beaucoup moins hardie qu'il n'y paraît, je
précise bien qu'elle n'est pas contraire à la constitution car le libre
exercice des cultes ne serait pas conditionné par l'octroi de la subvention.
Je précise surtout qu'elle s'inscrit dans la continuité des lois et
règlements qui, au cours du XXème siècle, ont tendu, à de
multiples reprises, à favoriser la construction, la réparation et l'entretien
des édifices du culte. L'affectation au culte de bâtiments publics, leur entretien
et leur conservation, les réparations même quand le bâtiment n'appartient
pas aux collectivités publiques mais à des associations cultuelles,
tout cela bien sûr a une signification en terme économique, du même
ordre que celle que nous préconisons. Encore faut-il ajouter qu'une
telle subvention … une subvention directe … ne couvrirait … et tous
les élus le savent … qu'une petite fraction de la dépense, elle ne serait
qu'une faculté pour les Conseils Municipaux, dont la mise en oeuvre
serait peut-être assez exceptionnelle. De surcroît, la légalité des délibérations en ce sens demeurerait
subordonnée à l'utilité communale de la subvention ; donc à l'existence
d'un intérêt général distinct de l'intérêt cultuel, conformément au
droit commun. Au demeurant, les abus ne sauraient se présumer ;
qu'on ne sache pas que la plaine d'Alsace soit hérissée de Minarets,
et pourtant les communes qui s'y trouvent ne se trouvent pas limitées
dans leur subventionnement par la loi de 1905, puisqu'elle n'est pas
applicable dans cette région. Je voudrais ajouter, pour terminer et en manière de conclusion,
que l'orientation préconisée s'inscrit dans la droite ligne des grands
principes de notre République. L'exigence constitutionnelle de laïcité
implique, certes, la neutralité des personnes publiques, mais elle implique
aussi la liberté religieuse et le respect de toutes les croyances, elle
implique le pluralisme, et elle s'accompagne de la garantie du libre
exercice des cultes proclamé en même temps que la séparation des Eglises
et des Etats. Comme la République ne reconnaît aucun culte : toutes les
religions doivent avoir droit de cité, pourvu qu'elles respectent les
lois de la République ; il n'est pas anormal en conséquence, que des
autorités publiques qui participent à l'entretien de l'essentiel du
patrimoine cultuel existant, puissent venir en aide aux fidèles de confession
d'implantation récente … je pense à l'Islam, mais aussi on peut trouver
d'autres exemples, dans le Christianisme évangélique … confessions qui,
ne possédant pas de patrimoine, n'ont rien à faire réparer et surtout
rencontrent des difficultés pour pratiquer leur culte. Faut-il le dire enfin ? La mesure proposée est un acte de
foi, mais de foi très laïque, dans la démocratie locale; les maires
et les Conseils Municipaux sont assurément les mieux placés pour apprécier,
s'il y a lieu, de mettre en oeuvre un dispositif de subventionnement
cultuel. A l'heure de la décentralisation assumée, Mr le Président,
Mesdames et Messieurs les Députés, il est tout naturel d'envisager de
leur confier la maîtrise de ce type d'intervention. Je vous remercie
beaucoup de m'avoir écouté. FenechNous vous remercions professeur, pour avoir développé les
conclusions et … les conditions dans lesquelles vous avez rempli votre
mission, à la demande du Ministre d'Etat, Ministre de l'Intérieur, sur
une loi dont on a fêté, il y a peu, le centenaire et qui recouvre des
sujets et des problématiques qui dépassent largement le coeur de notre
commission d'enquête qui, comme vous le savez, s'intéresse à l'influence
de certains mouvements, organisations à dérives sectaires sur la santé
physique et mentale des mineurs. Mais néanmoins, votre travail ne peut pas nous laisser indifférents,
la qualité de vos travaux va nécessairement déboucher, un jour ou l'autre,
vous pensez, sur des modifications. Et notre souci, c’est de savoir
aujourd'hui, si les conclusions auxquelles vous êtes amené, après avoir
entendu toutes les personnalités que vous avez mentionnées tout à l'heure,
ne pourraient pas avoir d'incidence sur ce qui nous préoccupe aujourd'hui
? C'est dans cet esprit que nous vous avons demandé de venir. Avant d'aborder le fond des questions qui nous
intéressent, je vais céder la parole à Jean Pierre Brard qui souhaite
vous poser quelques questions sur le choix des personnalités que vous
avez été amené à entendre, si vous le permettez. JP BrardMerci Mr le Président. Oui ... Mr le Président de la Commission, je souhaiterais
savoir qui a choisi les membres de la commission que vous présidiez,
si vous avez eu un avis à formuler, accessoirement pourquoi n'y a-t-il
eu aucune femme à part le Rapporteur, et sur les femmes auditionnées,
par qui ont-elles été choisies ? MachelonBien. Il m'est très facile de vous répondre Mr le Député.
Les membres de la Commission ont été choisis par le Ministre … Il n'y
a qu'une seule femme au sein de la commission ... puis-je dire que cela
se trouve comme cela ? Il aurait pu y en avoir plus, il aurait pu n'y
en avoir pas du tout. Vous savez, les spécialistes du droit des cultes
ne sont pas très nombreux ; je ne dis pas qu'il n'y a pas de femme spécialiste
du droit du culte, il y en a, mais la probabilité de désigner autant
de femmes que d'hommes est assurément limitée quand le nombre total
de membres de la commission : président et rapporteur compris ne dépasse
pas 16. FenechIl y a 2 femmes, Professeur Machelon ... c'est 2 femmes
hein ? ... Il y a ... vous pouvez les citer ... Il y a ... Mme Laurence
… MachelonOui.... et Mme Marion. FenechOui c'est çà.... MachelonTout à fait. Mais j'admets que la parité n'est pas respectée.
C'est vrai. FenechCe n'était pas une critique … Machelon Mais je ne l’ai pas pris
comme ça … Brard … mais j'ai vraiment une
interrogation Fenech Sur la question qui était
posée … Brard … sur le choix des personnes
auditionnées, parmi lesquelles, pour le coup, il y a zéro femmes … qui
les a choisies ? Machelon Je les ai choisies en plein
accord avec les membres de la commission … Brard Très bien … alors
évidemment, nous qui nous intéressons aux questions sectaires … tout
de suite il y a une question qui vient à l'esprit, c'est que vous
avez choisi des membres représentant des sectes : M. Pons, M. Pic.
Et quelqu'un qui est bien connu pour sa proximité avec la Scientologie,
M. Jacques Robert, mais vous n'avez pas auditionné de victimes de
sectes. Est-ce qu'il n'y a pas là un déséquilibre dans le sens de
l'équité dont on peut penser qu'il doit présider aux travaux d'une
commission aussi importante, c'est-à-dire … auditionner des gens que
nous essayons de combattre par les actes auxquels ils peuvent encourager
et par contre pas de victimes ! Machelon M. Le Député, notre problématique,
si je puis ainsi parler, était dictée par le souci permanent de trouver,
en étudiant à fond le droit des cultes tel qu'il existe aujourd'hui,
ce qui mérite d'être réformé, ce qui peut l'être. Il n'était pas d'étudier
le problème des dérives sectaires, même si et je crois l'avoir montré
dans mon intervention liminaire, même si nous sommes parfaitement conscients
qu'en renforçant les droits des représentants de la puissance publique,
on … contribue par notre proposition à mieux armer les représentants
de l'Etat dans la lutte éventuelle contre les dérives sectaires. Brard M. le Président,
vous pensez que des représentants de sectes donc avaient qualité pour
alimenter votre réflexion alors que vous n'avez pas auditionné de victimes.
Est-ce que vous ne pensez pas que c'est une sorte de marque congénitale
qui hypothèque complètement la crédibilité de vos travaux ? Machelon Non, je ne pense pas, il
y a une quarantaine de personnalités qui ont été auditionnées. Personnellement,
je ne me prononce pas sur le point de savoir si tel ou tel peut avoir
telle proximité, pour reprendre votre expression M. Le Député, avec
des sectes. Il m'a semblé nécessaire
d'entendre ceux qui, par les fonctions qu'ils ont exercées, par leur
connaissance du droit public, peuvent apporter beaucoup de choses à
la connaissance du …. qu'il nous fallait prendre du problème des cultes.
S'agissant des représentants
des Témoins de Jéhovah, nous avons considéré qu'il n'était pas absurde
de les entendre ; les entendre ne signifie pas, pas plus que cela
signifie la même chose pour d'autres personnes que nous avons entendues,
ne signifie pas nécessairement approuver tout ce qu'ils nous ont dit.
Brard Le président
de l'Union Nationale des Frères de Plymouth de France, que nous caractérisons
comme secte, à quel titre l'avez-vous entendu, c'est pour ses compétences
juridiques ? Et quant aux témoins de Jéhovah, le refus de la transfusion
sanguine n'est-il pas, selon vous, un trouble à l'ordre public ? Ce
sera tout pour mes questions. Machelon … Pour ce qui concerne les
Frères de Plymouth, j'ai eu l'attention attirée sur leur existence par
différents courriers, et il m'a semblé qu'il y aurait peut être de ma
part, je dis de ma part, je vais l'expliciter dans un instant, quelque
intérêt à voir de quoi il s'agit, en les entendant, à savoir quelles
sont leurs façons, les manières de pratiquer leur culte par exemple.
Brard Et les victimes ? Machelon … Je les ai … Mais les victimes,
M. Le Député … moi ma mission ne consistait pas à entendre les victimes.
Ce n'était pas une commission sur les moyens de renforcer la législation
permettant d'éviter les dérives sectaires, même si, comme je l'ai montré
par certains aspects, nous y avons songé. Je vous réponds avec franchise
M. le Député, ce n'était pas notre objectif ; nous aurions pu entendre
beaucoup plus de monde aussi, mais tout en siégeant une fois par semaine,
il ne nous était pas possible, … nous avons d'ailleurs dû faire des
choix quelquefois difficiles, d'entendre un trop grand nombre de personnes.
Fenech Serge Blisko, vous avez
une question ? Blisko Oui merci avec votre permission
M. le Président, excusez-moi M. Machelon … je suis derrière vous. Donc je voulais rebondir
sur votre dernière partie, celle où vous faites un appel tout à fait
insistant sur … et en même temps une appréciation que j'estime tout
à fait agréable, sur l'esprit de responsabilité des collectivités locales.
Maire d'un arrondissement
parisien de 170 000 habitants, je voulais témoigner et apporter un éclairage
sur la voie délicate, pour ne pas dire difficile, dans laquelle vous
nous mettriez en nous confiant ce qui aujourd'hui est confié à l'Etat.
Nous avons dans les 40 dernières
années, et je dis les 40 dernières années parce que je fais remonter
cette affaire à tous ces grands tremblements du monde et peut-être l'arrivée
des rapatriés d'Algérie à été le premier afflux … il faudrait compter
sans doute les travailleurs émigrés qui sont arrivés dans les années
50 … dans cet arrondissement. Nous avons eu dans les 40
dernières années, je faisais rapidement le calcul en vous écoutant,
6 ouvertures de lieux de culte Israélite : synagogues, de façon certaine
avec une apparence, mais toutes modernes c'est à dire, hors loi 1900...,
postérieures à la loi 1905, et en général implantées de façon relativement
correcte, mais sommaire, deux lieux de culte bouddhiste de moindre qualité
car ils sont arrivés avec les réfugiés du Sud-est asiatique il y a 25
ans, un lieu de culte Shintoïste, même origine, 3 salles de prières
de très mauvaises qualité et sur lesquelles on pourrait s'interroger,
musulmanes, qui sont dans les sous-sols, ou les rez-de-chaussée ou les
sous-sols de foyers de travailleurs émigrants, je ne suis pas sûr d'en
avoir fait le recensement exact, une vieille église dite « catholique
orthodoxe », c'est à dire orthodoxe dissidente, tout ça se rajoute
bien évidemment au tissu religieux classique : temples réformés, églises
catholiques, temples luthériens, temples adventistes, et je ne compte
plus le nombre de salles de prières de Chrétiens évangéliques qui, ici
où là, sont … naissent et disparaissent en fonction des mouvements de
population. J'ajoute que l'effort des
collectivités locales, dans la mesure où nous avons de nouveaux bâtiments
universitaires, n'a pas été nul et que sans doute, sur la ligne jaune
ou rouge ou blanche de la loi, nous avons réussi à réserver un certain
nombre de locaux pour une aumônerie catholique, ce qui entraîne de ma
part immédiatement la demande de faire une aumônerie protestante, ça
je comprends bien, ce que vous comprenez tous, et qu'une nouvelle église
avait été construite par mon prédécesseur, dans un quartier neuf, dans
des conditions sur lesquelles je ne veux pas revenir. Vous voyez donc la difficulté
dans laquelle nous nous trouverions si les collectivités locales … si
les collectivités locales avaient cette possibilité. C'est à dire, nous
n'aurions pas les moyens, je le crois, indépendamment de notre volonté
propre, de résister à cette demande diffuse, compliquée, multiple, de
salles de prières, sans compter … je me tourne vers mon ami Brard, que
bien évidemment s'engouffrerait, d'après ce que nous avons entendu la
semaine dernière, une salle du royaume quelconque qui viendrait se surajouter
à ces cultes tout à fait honorables, même si certains sont d'acclimatation
récente dans notre pays. Donc je crois qu'il ne faut
pas mettre le doigt et je termine là-dessus avant de partir avec votre
permission M. le Président - j'écouterai M. MACHELON par courtoisie
avant de devoir partir- je crois qu'il ne faut pas que nous mettions
le doigt là-dessus. Les collectivités locales, les conseils municipaux
sont, j'allais dire, des organismes fragiles, qui effectivement sont
... on leur confie beaucoup de choses, c'est un autre débat, on confie
aux Maires et aux équipes municipales beaucoup de tâches pour lesquelles
ils ont ni moyen, ni … ils ne sont pas … donc je souhaite simplement
vous faire simplement sensibiliser au fait que cette proposition est
de nature à nous amener dans des guerres, non pas dans une guerre religieuse
à l'échelon que nous avons heureusement évoqué au début du siècle au
niveau national, du siècle dernier au niveau national, il y a 100 ans,
mais à des guerres picrocholines communes
par communes. Fenech Si vous voulez bien répondre
... Machelon Ma réponse ... Fenech C'est une observation qui
a été faite ! Machelon Oui … Fenech … plus qu'une question ! Machelon … donc ma réponse n'en est
pas une, et mon propos sera très bref, M. Le député … Fenech Vous pouvez vous adresser
au Bureau … Blisko … je vais me mettre à côté
de vous … Machelon …
Monsieur
le député, permettre dans certains cas, et sous des conditions que j'ai
rappelées, aux communes d'aider de manière directe au subventionnement
n’est
pas dans l’esprit qui a présidé à la mise en oeuvre de cette proposition
par écrit, n’est pas pour … comment dire … embarrasser les élus locaux.
C’est tout simplement pour qu’on ne se trouve pas dans la situation
que j’ai mentionnée en rappelant le jugement du tribunal de Montpellier
du 30 juin. Il y a des mesures qui peuvent être utiles et qui, parce
qu’elles procèdent d’un subventionnement déguisé, sont contraires à
la loi. Dans
certains cas, il est bon que la loi soit modifiée. Le subventionnement
indirect existe ... Fenech …
Un peu de patience Monsieur Myard … un peu de patience … vous allez
avoir la parole … Machelon ….
je répondrai bien volontiers … mais le subventionnement indirect existe,
un bail emphytéotique permettant l’occupation d’un terrain est quelquefois
un avantage considérable et bien supérieur aux coups de pouce éventuels
pour une construction. Donc c’est tout simplement un souci de transparence
et de clarté qui se trouve derrière cette proposition.
Alors j’ai une question personnelle un peu à vous
poser, vous êtes libre de ne pas y répondre ! parce que je ne suis
pas tout à fait sûr, il a été dit sur vous peut-être avec des polémiques
et des critiques infondées que vous seriez très proche, dirons-nous,
d’associations religieuses à forte connotation de foi. Alors je ne vais
…, pas intégristes, parce que je ne vous connais pas suffisamment pour
vous qualifier donc c’est bien pour ça que je pose ma question avec
beaucoup de questions : appartenez-vous donc à … je dirais … des milieux
d’une religion reconnue certes mais qui milite de manière active à ce
titre, ça c’est ma première question mais vous êtes libre de ne pas
y répondre ?
Machelon
Sur le troisième point, la définition de la religion … moi je suis là aussi
en complet accord avec vous, il n’y a pas en
droit français de définition de la religion. Le droit français ne connaît
que le culte, c’est à dire l’aspect rituel et objectif … il n’a pas
à connaître … il n’a pas à définir la religion. Le culte qu’est ce que
c’est ? C’est la mise en œuvre d’une croyance religieuse par des rites
accomplis collectivement.
Fenech …la définition
de culte par les rites … la jurisprudence du Conseil d’Etat rappelle
très clairement que ce doit être exclusivement l’objet d’un culte, et
qu’il n’y a pas trouble à l’ordre public. Nous sommes bien d’accord,
hein ? Et là, nous retombons sur notre sujet qui nous intéresse :
l’ordre public. MachelonC’est l’avis
du 24 octobre 1985. Fenech 7, pardon, il y a eu 85 et il y a eu 97 également
… Machelon Oui, mais
85 c’est un arrêt, 97 c’est un avis qui pose justement les questions
..,
donc il y a une autorité particulière … Fenech … professeur, attendez juste une seconde s’il
vous plait. J’ai lu attentivement
votre rapport. Page 40 … vous dites vous rappeler la reconnaissance par les préfectures des associations qui revendiquent
le statut d’association cultuelle. « Une procédure de reconnaissance
est en effet reconstituée de manière indirecte, puisque l’administration,
comme y est invité parfois, mais pas toujours, dites-vous, le législateur
estimait que seules pouvaient avoir accès au régime juridique et fiscal
particulier prévu pour les associations cultuelles, les associations
munies d’un arrêté préfectoral les autorisant à bénéficier d’un don
ou d’un legs » ; vous avez rappelé … « A cette
occasion, elle pouvait se prononcer
sur la caractère cultuel ou non de l’association au sens de la loi de
1905 », et, je vous cite toujours, « cette petite reconnaissance
constitue pour l’administration un levier important de la politique
de lutte contre les dérives sectaires, dès lors notamment, que la réserve
d’ordre public permet de dénier la qualité d’association cultuelle,
à une association qui, pourtant, remplirait toutes les autres conditions posées par la loi de 1905 ». Mais je n’ai
pas trouvé, et c’est là le sens de ma question, nulle part d’analyse de ce qu’est ce trouble à l’ordre
public qui justifierait le refus d’accorder la petite reconnaissance.
Là, nous sommes au coeur de notre sujet. J’interroge non seulement le
président de la commission que vous avez été, mais également le professeur ;
est-ce que vous pouvez répondre
à cette question aux membres de la commission ? Qu’est-ce qui constitue
au sens de la loi, au sens de la jurisprudence, le trouble à l’ordre
public aujourd’hui ? MachelonNon … c’est
une question de police administrative qui, comme toutes les questions
de police administrative, dépend du lieu et du moment. Il est évident
que c’est avant tout un problème de fait, le trouble à l’ordre public.
Je trouve des exemples : le trouble public peut être matériel, il peut y avoir des risques très grands d’affrontement, par exemple, entre les administrés,
ça c’est un trouble à l’ordre public. | |||