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CAP
LC 2006
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Commission
d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et
aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et morale des
mineurs
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Mardi 24
octobre 2006 à 17 h 30 Audition du Professeur Jean-Pierre Machelon, président de la commission chargée d’aménager la loi de 1905 régissant les relations entre l’Etat et les cultes Machelon […] Pour traiter
ce vaste sujet, nous avons tenu de très nombreuses réunions, une trentaine…
Plusieurs dizaines de personnalités ont été entendues… […] Tous … tous
nous on dit qu’il n’y avait pas lieu de bouleverser les grands équilibres
fixés aux articles 1 et 2 de la loi de 1905, mais que des aménagements
pourraient permettre de mieux adapter, dans un domaine qui touche à
l’essentiel, le droit en vigueur aux réalités d’aujourd’hui et de manière
à rendre plus faciles, plus apaisées les relations entre nos concitoyens.
Ils nous ont fait part de leurs expériences et parfois de leurs difficultés
préoccupantes. … le droit est fait pour encadrer la vie des
hommes en société en leur offrant, si possible, le maximum de sécurité
et de justice. Il n’est pas destiné à véhiculer des vaches sacrées
et il y a aucune raison de tenir pour telles les lois et règlements
relatifs au droit des cultes, pas même la loi de 1905 ; ce grand
texte républicain est un très bon droit révéré pour ses principes,
mais il a déjà été modifié 13 fois depuis son édiction. […] À une large majorité, nous avons préconisé, dans
un souci d'efficacité, mais surtout dans un souci de transparence
que les communes et leurs groupements, se voient formellement reconnaître
la possibilité de subventionner la construction de lieux de culte.
[…] La mesure est beaucoup moins hardie qu'il n'y paraît, je
précise bien qu'elle n'est pas contraire à la constitution car le libre
exercice des cultes ne serait pas conditionné par l'octroi de la subvention.
[…] Comme la République ne reconnaît aucun culte : toutes les
religions doivent avoir droit de cité, pourvu qu'elles respectent les
lois de la République ; il n'est pas anormal en conséquence, que des
autorités publiques qui participent à l'entretien de l'essentiel du
patrimoine cultuel existant, puissent venir en aide aux fidèles de confession
d'implantation récente … je pense à l'Islam, mais aussi on peut trouver
d'autres exemples, dans le Christianisme évangélique … confessions qui,
ne possédant pas de patrimoine, n'ont rien à faire réparer et surtout
rencontrent des difficultés pour pratiquer leur culte. […] Brard … tout de suite
il y a une question qui vient à l'esprit, c'est que vous avez choisi
des membres représentant des sectes : M. Pons, M. Pic. Et quelqu'un
qui est bien connu pour sa proximité avec la Scientologie, M. Jacques
Robert, mais vous n'avez pas auditionné de victimes de sectes. Est-ce
qu'il n'y a pas là un déséquilibre dans le sens de l'équité dont on
peut penser qu'il doit présider aux travaux d'une commission aussi
importante, c'est-à-dire … auditionner des gens que nous essayons
de combattre par les actes auxquels ils peuvent encourager et par
contre pas de victimes ! Machelon M. Le Député, notre problématique,
si je puis ainsi parler, était dictée par le souci permanent de trouver,
en étudiant à fond le droit des cultes tel qu'il existe aujourd'hui,
ce qui mérite d'être réformé, ce qui peut l'être. Il n'était pas d'étudier
le problème des dérives sectaires, même si et je crois l'avoir montré
dans mon intervention liminaire, même si nous sommes parfaitement conscients
qu'en renforçant les droits des représentants de la puissance publique,
on … contribue par notre proposition à mieux armer les représentants
de l'Etat dans la lutte éventuelle contre les dérives sectaires. Brard M. le Président,
vous pensez que des représentants de sectes donc avaient qualité pour
alimenter votre réflexion alors que vous n'avez pas auditionné de victimes.
Est-ce que vous ne pensez pas que c'est une sorte de marque congénitale
qui hypothèque complètement la crédibilité de vos travaux ? Machelon Non, je ne pense pas, il
y a une quarantaine de personnalités qui ont été auditionnées. Personnellement,
je ne me prononce pas sur le point de savoir si tel ou tel peut avoir
telle proximité, pour reprendre votre expression M. Le Député, avec
des sectes. Il m'a semblé nécessaire
d'entendre ceux qui, par les fonctions qu'ils ont exercées, par leur
connaissance du droit public, peuvent apporter beaucoup de choses à
la connaissance du …. qu'il nous fallait prendre du problème des cultes.
S'agissant des représentants
des Témoins de Jéhovah, nous avons considéré qu'il n'était pas absurde
de les entendre ; les entendre ne signifie pas, pas plus que cela
signifie la même chose pour d'autres personnes que nous avons entendues,
ne signifie pas nécessairement approuver tout ce qu'ils nous ont dit.
Brard Le président
de l'Union Nationale des Frères de Plymouth de France, que nous caractérisons
comme secte, à quel titre l'avez-vous entendu, c'est pour ses compétences
juridiques ? Et quant aux témoins de Jéhovah, le refus de la transfusion
sanguine n'est-il pas, selon vous, un trouble à l'ordre public ? […] Machelon … Mais les victimes, M.
Le Député … moi ma mission ne consistait pas à entendre les victimes.
Ce n'était pas une commission sur les moyens de renforcer la législation
permettant d'éviter les dérives sectaires, même si, comme je l'ai montré
par certains aspects, nous y avons songé. … […] Blisko [… ] Vous voyez donc la difficulté
dans laquelle nous nous trouverions si les collectivités locales … avaient
cette possibilité. C'est à dire, nous n'aurions pas les moyens, je le
crois, indépendamment de notre volonté propre, de résister à cette demande
diffuse, compliquée, multiple, de salles de prières… […] Machelon …
permettre
dans certains cas, et sous des conditions que j'ai rappelées, aux communes
d'aider de manière directe au subventionnement n’est pas dans l’esprit qui
a présidé à la mise en oeuvre de cette proposition par écrit, n’est
pas pour … comment dire … embarrasser les élus locaux. […]
Alors j’ai une question personnelle un peu à vous
poser, vous êtes libre de ne pas y répondre ! parce que je ne suis
pas tout à fait sûr, il a été dit sur vous peut-être avec des polémiques
et des critiques infondées que vous seriez très proche, dirons-nous,
d’associations religieuses à forte connotation de foi. Alors je ne vais
…, pas intégristes, parce que je ne vous connais pas suffisamment pour
vous qualifier donc c’est bien pour ça que je pose ma question avec
beaucoup de questions : appartenez-vous donc à … je dirais … des milieux
d’une religion reconnue certes mais qui milite de manière active à ce
titre, ça c’est ma première question mais vous êtes libre de ne pas
y répondre ?
Machelon
[…]
… il n’y a pas en droit français de définition de
la religion. Le droit français ne connaît que le culte, c’est à dire
l’aspect rituel et objectif … il n’a pas à connaître … il n’a pas à
définir la religion. Le culte qu’est ce que c’est ? C’est la mise en
œuvre d’une croyance religieuse par des rites accomplis collectivement.
[…]Fenech
Lorsque vous avez auditionné, ça n’est pas neutre,
vous avez auditionné le porte-parole de l’organisation des Témoins
de Jéhovah. C’est un sujet qui nous
préoccupe ici. Nous n’avons rien contre les Témoins de Jéhovah, rien.
Personne ici ne se permettrait de porter une appréciation sur le bien-fondé
de la doctrine. Mais ce qui nous préoccupe, c’est le problème de l’interdiction
du refus de soin et notamment du refus de la transfusion sanguine
quand cela concerne les mineurs. Est-ce que vous avez un avis là-dessus ?
Est-ce que vous pouvez nous dire votre sentiment en tant que juriste,
en tant que président de cette commission ? Est-ce que le fait
de s’opposer à la transfusion sanguine d’un mineur dont la vie est
en danger, est-ce que selon vous c’est constitutif d’un trouble à
l’ordre public qui justifierait de refuser le statut d’association
cultuelle ? Machelon
Vous voulez mon opinion personnelle là-dessus ?
Je vais vous donner celle que j’aurais exprimée avant la loi
Kouchner, avant 2002, ma réponse est oui. C’est d’ailleurs dans ce
sens que le commissaire du gouvernement Delon s’était exprimé devant
le Conseil d’Etat en 1985 dans une affaire qui est fort connue,
et dont vous donniez tout à l’heure la date. Mais, je voudrais
dire aussi que le problème ne se pose plus tout à fait de la même
façon aujourd’hui puisque, un médecin peut toujours délivrer des soins
indispensables à un mineur malgré le refus du titulaire de l’autorité
parentale ; c’est d’ailleurs très bien…. Fenech
Oui, mais il n’en demeure pas moins que dans la pratique religieuse, s’est
toujours maintenu ce principe du refus de la transfusion sanguine … Machelon
Oui, mais ce refus, pour autant que je sache, n’a, dans l’état actuel de notre
législation, pas les mêmes conséquences que celles qu’il pouvait avoir
auparavant … Brard
Pardon, monsieur le président, quand le pronostic
vital pour le patient est engagé, est-ce que le refus de la transfusion
sanguine est, oui ou non, un trouble à l’ordre public ? Deuxième
question complémentaire, quand un enfant est soustrait à la présentation
à l’hôpital, alors qu’il aurait besoin d’une transfusion sanguine
pour être sauvé, donc le médecin n’est plus en position d’arbitrer,
est-ce oui ou non, un trouble à l’ordre public ? C'est-à-dire,
conduire quelqu’un à la mort, est-il un trouble à l’ordre public,
dans ces cas-là ? Machelon
Je crois, monsieur le député, que la question
ne se pose pas comme ça, puisque tout un chacun peut intervenir et
empêcher l’issue fatale … Brard Qui est-ce tout un chacun, les parents Témoins
de Jéhovah ? Qu’est-ce que vous faites dans ce cas là ?
Est-ce oui ou non, un trouble à l’ordre public que de soustraire un
enfant à la transfusion sanguine quand le pronostic vital est engagé ?
Machelon … ça en serait un assurément s’il n’y avait pas
le moyen de contrebattre le refus de l’autorité parentale. Brard … comment ? Quand c’est au sein de la famille,
comment vous faites ? Comment sauvez vous l’enfant ? Est-ce
dans ce cas là un trouble à l’ordre public ? Machelon Non, ce n’est pas un trouble à l’ordre public,
puisque le médecin peut …… Brard … non ! le médecin n’est pas là. Les parents
ne veulent pas emmener l’enfant à l’hôpital, alors qu’ils connaissent
la pathologie, et qu’ils savent ce qu’il faut faire. Est-ce oui ou
non que de conduire cet enfant à la mort, un trouble public ? MachelonIl y a
non assistance à personne en danger, il y a
des dispositions du code pénal qui permettent de réprimer ….. Brard … après coup. Alors, est-ce oui ou non, un trouble
à l’ordre public, que de soustraire un enfant…. ? Machelon … mais ce n’est pas exactement sur ce plan, je
crois que c’est sur le plan pénal que la question se pose lorsqu’on
laisse quelqu’un mourir. Fenech Une infraction pénale nécessairement trouble
l’ordre public. Machelon Bien sûr…. Fenech Non assistance à personne en danger, en soi,
c’est un trouble à l’ordre public … Machelon Evidemment…. Brard Donc, c’est évident que c’est un trouble à l’ordre public. Je ne veux pas
solliciter votre opinion … Machelon Il est évident que les crimes et délits doivent
être réprimés, monsieur le député…. Brard J’entends bien, je partage cette opinion … Machelon Nous les partageons tous. Brard … pourquoi, sachant
cela, avez-vous auditionné le porte-parole des Témoins
de Jéhovah qui porte ces pratiques, et n’avez-vous pas auditionné
les victimes des Témoins de Jéhovah ?
Pourquoi ce parti pris, Monsieur ? Machelon Mais il n’y a aucun parti pris, monsieur le député…. Brard Oui, et bien expliquez-moi… pourquoi ce n’est
pas un parti pris, alors, pour être convainquant ! puisque vous
avez auditionné ceux qui sont coupables de cette théorie et vous n’avez
pas auditionné les victimes ? Pourquoi ce choix ? et pour les frères de Plymouth, vous avez fait
la même chose. Pourquoi ? Machelon Nous avons auditionné tous ceux qui se réclament
de la liberté de culte en France, qui exercent un culte, pour connaître
exactement la manière dont ils le comprennent, pour entendre leur argumentation. Brard Est-ce que vous avez auditionné des scientologues,
puisque vous avez auditionné… Machelon Non, nous n’avons pas auditionné de scientologues. Brard Est-ce que la Scientologie est une religion ?
Machelon Je n’en sais rien. Brard Quel est l’avis du professeur Jacques Robert
là-dessus ? Machelon Je connais le professeur Jacques Robert depuis
de très longues années, c’est un très éminent juriste, ancien membre
du Conseil Constitutionnel, un ancien président de l’Université de
droit, d’économie et de sciences sociales de Paris, président de la
société de droit comparé, c’est un membre éminent des Eglises protestantes ;
il me paraissait avoir tous les titres pour être entendu par nous.
Fenech Mais vous connaissiez sa position sur la Scientologie ?
Brard Mais vous connaissez sa position sur la Scientologie,
vous égrenez des titres comme un chasseur [la voix de Brard couvre ce que Machelon dit]. Fenech … sur la position de la Scientologie, Monsieur
Jacques Robert a rendu une consultation juridique estimant que la
Scientologie pouvait prétendre à la qualité de religion ; il
a rendu une consultation juridique très étoffée et argumentée en ce
sens ? vous le saviez ?
Machelon Nous ne l’avons pas auditionné pour lui demander
ce qu’il pensait de la Scientologie ... Fenech Vous ne le saviez pas, en fait. Machelon Et nous n’avons pas abordé cette question. Nous
n’avions d’ailleurs pas à le faire. Fenech Le saviez-vous, professeur Machelon ? Je
vous rappelle que vous êtes sous la foi du serment. Saviez-vous que
Jacques Robert a rendu une consultation juridique étoffée et argumentée
pour expliquer que la Scientologie peut revendiquer en France le statut
de religion ? Machelon Je ne sais pas … mais ce que je sais, c’est que
le professeur Jacques Robert considère qu’il n’y a pas de moyen juridique
libéral de différencier une secte et une religion et qu’il n’y a pas
de possibilité d’établir le départ sur le plan juridique entre les
unes et les autres ; pour cette raison même que je rappelais
tout à l’heure, en répondant à Monsieur Myard, c’est qu’il n’y a pas
de définition juridique de la secte et la religion. La
discussion que nous avons eue, les membres de la commission et moi-même
avec le professeur Jacques Robert, a porté sur tous les aspects du
droit des cultes, mais n’a pas porté sur l’Eglise de Scientologie.
Je réponds clairement à une question claire. Brard Professeur, est-ce aussi votre opinion, qu’on
ne peut pas distinguer une religion d’une secte ? Est-ce qu’il
n’y a pas des caractéristiques ? Votre opinion à vous, pas celle
du professeur Robert ! Machelon Mon opinion à moi sur les sectes, eh bien, je
vais vous la donner à titre personnel …C’est
que je peux partager l’indignation à l’endroit des dérives
des comportements sectaires, je partage complètement la compassion
que tout le monde a pour les victimes. D’un
autre côté, je suis conscient des difficultés qu’il y a à organiser
la prévention et la répression de ces dérives et comportements parce
que précisément, il n’y a pas de définition juridique des sectes,
pas plus que des religions. […] [Enregistrement
interrompu sur la chaîne Parlementaire]
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