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CAP
LC 2006
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Commission
d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et
aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et morale des
mineurs
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Mardi 5
septembre 2006 à 14 h 30 Audition de Chantal Lebatard, responsable
du département " Sociologie, psychologie et droit de la famille " de l'Union
nationale des Associations familiales (UNAF) Intervention compléte
Fenech : Bonjour Madame, Mesdames et Messieurs,
mes chers collègues, nous nous retrouvons aujourd’hui pour la poursuite
de nos auditions dans le cadre de notre commission d’enquête sur l’influence
sur les mineurs des mouvements à caractère sectaire, vous êtes Madame
Chantal Lebatard, responsable du département sociologie, psychologie
et droit de la famille de l’Union Nationale des Associations Familiales,
l’UNAF. Je vous remercie d’avoir répondu à notre convocation et je souhaite,
comme il est d’usage, vous informer au préalable de vos droits et vos
obligations. Je vous rappelle tout d’abord qu’au
terme de l’article n° 142 du règlement de notre assemblée, la commission
pourra décider de citer dans son rapport tout ou partie du compte-rendu
qui en sera fait. Ce compte-rendu vous sera préalablement communiqué
et vos observations que vous seriez amenée à faire seront soumises à
notre commission. Par ailleurs, en vertu de l’article 6 de l’ordonnance
du 17 novembre 1958, modifiée, relative au fonctionnement des assemblées
parlementaires, les personnes auditionnées sont tenues de déposer sous
réserve des dispositions de l’article 226-13 du code pénal qui réprime
la violation du secret professionnel et sous réserve de l’article 226-14
du même code qui autorise la révélation du secret en cas de privation
ou de sévices dont les atteintes sexuelles, cette même ordonnance exige
des personnes auditionnées qu’elles prêtent serment de dire la vérité,
toute la vérité, rien que la vérité, je vais donc vous demander, Madame
Lebatard, de lever la main droite et de dire "Je le jure".
Lebatard Je le jure Fenech : Je vous remercie. Je m’adresse également aux représentants
de la presse présents pour leur rappeler les termes de l’article 39
quinquies de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse qui
punit de 15.000 € d’amende le fait de diffuser des renseignements concernant
l’identité d’une victime d’une agression ou d’une atteinte sexuelle.
J’invite donc les représentants de la presse à ne pas citer nommément
les enfants qui ont été victimes de ces actes. La commission va procéder maintenant
à votre audition qui fait, avec votre accord, l’objet d’un enregistrement.
Je vous propose, Madame Lebatard, de vous donner la parole pour un exposé
avant que l’ensemble des membres de la commission vous pose des questions.
Donc, je vous donne la parole. Lebatard : Merci Monsieur le Président. Monsieur le Président, Madame et Messieurs
les députés et les membres de la commission, d’abord je tiens à vous
remercier d’avoir souhaiter entendre l’UNAF qui a en effet légitimité
à exprimer sur ce sujet, les préoccupations des familles. Je vous rappelle
qu’elle a pour mission, par la loi, de défendre les intérêts matériels
et moraux des familles, quatre missions bien connues et inscrites donc
dans le code de la famille depuis 45, et elle a porté depuis longtemps
son attention aux risques générés par les mouvements à caractère sectaire
et leurs conséquences sur la vie familiale puisque c’est à son, non
pas à son initiative mais avec son appui, que s’est constituée l’association
de défense des individus que vous connaissez sous le nom de l’UNADFI,
qui est d’ailleurs membre associé de l’UNAF depuis 1982. L’UNAF par ailleurs a siégé dans toutes
les formations qui ont depuis pas mal d’années maintenant dans notre
paysage français travaillé à cette défense contre les dérives sectaires,
que ce soit l’observatoire de…je crois qu’il s’appelait de lutte, que
ce soit la mission interministérielle de lutte contre les sectes ou
bien maintenant la MIVILUDES puisque je représente moi-même l’UNAF et
certains d’entre vous m’y connaissent au conseil d’orientation de cette
mission. Alors, l’attention de l’UNAF est évidemment
d’abord une attention je dirais généraliste à la vie familiale mais
elle a aussi une attention plus ciblée sur les conséquences des dérives
sectaires sur les enfants, ceci à la fois dans le cadre de la réflexion
d’actualité sur la protection de l’enfance puisque c’est aujourd’hui
une priorité je dirais nationale ; nous avons des lois qui sont
en cours de réforme européenne puisqu’une communication de la Commission
européenne dès cet été, a essayé d’établir une stratégie pour la défense
des droits de l’enfant en particulier, non pas en particulier sur ces
questions, mais plus ciblé sur donc la défense des enfants en danger.
Mais surtout, la question c’est évidemment aussi que l’enfant aujourd’hui
est évidemment ce qui fait famille en quelque sorte, comme disait et
pour reprendre l’idée d’Irène Perry et donc il est tout légitime qu’une
institution comme la nôtre qui s’occupe de la question des familles,
s’intéresse tout particulièrement à tout ce qui peut concerner la protection
de l’enfance. L’évidence de l’importance d’un tel
sujet, l’opportunité d’une telle mission sont l’aboutissement d’ailleurs des observations qui ont été exprimées
par les différents rapports de la MIVILUDES puisque ça fait plusieurs
années que, année après année, dans les rapports que nous remettons,
nous soulignons la pertinence
de ce regard porté sur les conséquences en ce qui concerne les enfants.
Alors, ce n’est pas la première fois que nous réfléchissons à ces questions,
mais il est bien certain que depuis les précédentes missions d’enquête,
le paysage sectaire, le paysage et l’environnement s’est profondément
modifié. Modification du paysage sectaire, vous l’avez rapporté année
après année et avec toutes les atténuations et les modifications à travers
les rapports de la MIVILUDES et donc
je n’y reviendrai pas, vous savez qu’elles ont évolué,
dans leur mode et dans leur champ d’intervention, qu’elles se
sont transformées et toutes ces difficultés rencontrées sont détaillées
ministère après ministère, champ d’action après champ d’action, donc
je n’insiste pas trop sur ce point. Peut-être
par contre, il convient de noter ou de souligner davantage l’émergence
de nouvelles formes de religiosités ; des religiosités extrêmes
qui se développent dans le cadre ou à la périphérie des grandes religions
existantes. Des nouvelles communautés d’appartenance plutôt culturelles
ou ethniques aussi qui expriment des formes de religiosité traditionnelle
ailleurs mais nouvelles et déconcertantes ici. Tout ça sur fond évidemment de problèmes
d’intégration, de problèmes d’accueil, avec toutes les incompréhensions,
les difficultés que nous pouvons rencontrer et c’est vrai que je vois
par exemple ce qui nous remonte des travailleurs sociaux combien il
y a là des sources de malentendus, des sources d’incompréhension et
par-là même des sources évidemment de
difficultés dans l’intervention et l’efficacité de l’intervention. Enfin,
dans ce paysage modifié, je note aussi quand même, que la spécificité
de la position de la France pose aussi un certain nombre de problèmes,
elle peut gêner ou elle peut être difficile puisque nous avons, nous
continuons à dénoncer un certain nombre de mouvements qui sont reconnus
comme religion parfaitement légale ailleurs et nous avons vu dans
une affaire récente de drame familiale, de difficultés et de conflit
familial, combien ces différentes appréciations sont absolument aigues
lorsque se greffe là-dessus un conflit d’autorité parentale ou un
conflit conjugal. Mais il faut noter aussi je crois et
c’est un élément qui nous a paru important,
les évolutions de la société ; depuis un certain nombre
d’années, autour évidemment des montées de l’individualisation, de la
perte de repères, des crises de la transmission des valeurs, tout cela,
a été largement développé mais cette relativisation des modèles ou des
repères qui valent également pour le couple ou
les relations interpersonnelles avec une disqualification conséquente
du modèle public, des institutions y compris des institutions
ecclésiales. Et du coup, le paysage dans lequel sont
élevés nos enfants est un paysage dans lequel manquent les repères fondamentaux
qui permettent à des communautés de se constituer autour de savoirs
ou de cultures partagés, et cela évidemment rend difficile, amène à
une sorte de crise de la transmission, y compris au sein des familles
ce qui avait été développé en son temps autour de la crise de l’autorité,
de la crise de la paternité, enfin, il y a eu différentes étapes de
la réflexion, mais on voit bien que le paysage, ici intervient
beaucoup. De même, ce paysage comporte aussi une
composante de crise sociale, de crise économique, de chômage, de difficultés
d’insertion des jeunes, de désespérance ou de désespoir ambiant dans
lequel évidemment, l’insertion des jeunes, l’insertion difficile des
jeunes rend aiguës les angoisses des parents, et crée une espèce de
désespérance ambiante qui est un terreau, dont nous savons qu’il est
un terreau favorable pour ceux qui apportent des réponses solides en
apparence et plus réconfortantes que ce que l’observation du monde ambiant
peut donner. Tout ça sur fond de remise en question
de ce qui fonde une citoyenneté, de ce qui fonde à vivre ensemble et
toutes les questions autour de l’intégration, de l’accueil de la différence,
qui rendent évidemment ces difficultés très grandes, d’autant qu’elles
sont partagées au niveau européen, et que s’y ajoute évidemment, cette
perspective d’une Europe vieillissante dans laquelle les valeurs ou
les repères seraient ceux d’une classe d’âge et n’arrivent pas à passer
ou à être pertinents pour les générations qui suivent. Un autre élément qui nous a paru très
important, c’est évidemment la place de l’enfant, place nouvelle de
l’enfant, l’investissement très fort autour de l’enfant avec, comme
premier point d’observation, une dissociation croissante entre ce qui
relève de la conjugalité et ce qui relève de la parentalité
et qui donne en corollaire un investissement massif dans l’enfant
qui devient aujourd’hui l’enfant du désir d’enfant, un enfant que l’on
a choisi d’avoir dans une négociation conjugale, que l’on porte sciemment
au moment qui parait opportun dans l’histoire d’un couple et qui devient
une valeur en soi, à la fois objet et sujet en même temps des préoccupations
des parents et aussi des préoccupations de la société. Nous voyons une médiatisation croissante
des connaissances autour de l’enfant avec des linéaires de documentations,
de bibliographies, de presse consacrés à l’éducation absolument considérable,
médiatisation aussi très importante autour des problèmes qui mettent
en cause des enfants, et on a l’impression que notre société a une hypersensibilité sur ces questions qui touchent
à l’enfance. On l’a vu dans les grandes affaires
de pédophilie et les grands procès qui ont été récents avec curieusement
et de façon paradoxale en même temps, l’impression d’une augmentation
de la maltraitance, d’une augmentation du nombre d’enfants en risque,
en danger ou réellement mal traités, d’une augmentation du malaise des
jeunes et des tentatives de suicide des adolescents, d’une augmentation
de la délinquance des mineurs même quand on la qualifie, tantôt d’incivilité
tantôt de délinquance réelle, il n’en reste pas moins que les violences,
les délinquances, les manifestations de délinquance sont croissantes,
comme si notre société qui attache tant de prix à l’enfance produisait
en même temps et de façon paradoxale non pas la bienfaisance qui est
nécessaire à cette enfance mais au contraire de la souffrance et de
l’angoisse. Et donc c’est dans ce paradoxe là que
se situe un petit peu notre observation
et je crois que ce paysage que j’ai essayé de dresser pour vous a du
sens, avec aujourd’hui tout un travail législatif en cours auquel vous
allez être confrontés, à la fois des lois qui visent à améliorer le
dispositif de protection de l’enfance et puis d’autres lois qui visent
à prévenir la délinquance des mineurs et qui ont une espèce de tonalité
de protection contre l’enfance. Et donc on est dans cette espèce de schizophrénie où l’on n’arrive
pas à tenir les deux bouts en même temps et on se pose évidemment la
question de la place de l’enfant, sur fond bien sûr de disqualification
parentale puisqu’on dit évidemment que tout ce qui arrive c’est de la
faute des parents, que ceux-ci sont démissionnaires, qu’il faut soit
les soutenir soit les rappeler à l’ordre mais que de toutes façons,
il faut les remettre dans le coup. Et donc, il y a cette difficulté
qui est soulignée de façon d’autant plus importante que, sans faire
beaucoup, sans qu’on y prête peut-être… du moins au niveau des observateurs
ordinaires, toute l’attention, le contenu de la définition de l’autorité
parentale telle qu’elle a été inscrite dans le code civil a été légèrement
modifiée en mars, par la loi du 4 mars 2002, autour de, évidemment,
une notion qui est entrée dans le texte, dans le code civil, donc les
titulaires de l’autorité parentale, celle-ci étant définie comme un
ensemble de droits et de devoirs, ayant pour finalité l’intérêt de l’enfant,
que les père et mère exercent en commun pour protéger l’enfant dans
sa sécurité, sa santé, sa moralité, ça c’était bien connu, assurer son
éducation et permettre son développement dans le respect de sa personne.
Je crois que c’est cette dernière expression
qui est innovante et qui est peut-être plus précise pour l’approche
du concept de protection de l’enfance, que l’intérêt de l’enfant dont
on voit bien le caractère un peu flou parce qu’il évoque à la fois l’intérêt
de l’enfant aujourd’hui et l’intérêt de l’enfant demain et ce que, de
l’adulte qu’il deviendra et que ce n’est pas toujours évident de tenir
tous les bouts en même temps. L’intervention publique et le contrôle
social en matière de relation éducative et de fonctionnement de la parentalité
prouvent donc leur légitimité dans cette idée que les parents ont pour
mission d’assurer le développement de l’enfant. Alors comment l’enfant aujourd’hui rencontre-t-il
les mouvements à caractère sectaire et donc est-il soumis finalement
à ces risques ? Chaque histoire est spécifique certes, et les risques
peuvent être identiques alors que les rencontres, les modalités, les
personnalités et les conséquences seront différentes puisque chaque
enfant est unique. Cependant, nous avons observé en quelque sorte, trois
circonstances ou trois typologies de situations qui chacune mérite semble-t-il
un traitement ou une approche ou une réflexion particulière. Premièrement, et j’ai envie de dire
c’est premièrement parce que c’était celle qui était la moins repérée
jusque là, c’est l’enfant moyen, si je puis dire, de la séduction pour
attirer ses parents. L’enfant qui naît aujourd’hui, naît dans la très
grande majorité des cas, je l’ai déjà dit, du désir d’enfant de ses
parents. C’est le titre d’ailleurs d’un livre de Henri Méridon "L’enfant
du désir" où il analyse justement comment ce désir parental est
aujourd’hui essentiel pour, autour de la naissance. Donc, il procède, il s’inscrit, l’enfant
s’inscrit dans ce double désir parental et du coup la grossesse est
devenue un évènement choisi et non plus subi et investi de toutes les
angoisses et de toutes les peurs ancestrales mais aussi délivrée de
l’angoisse de la mort puisqu’on ne meurt plus aujourd’hui en couche,
on ne meurt plus mais on donne vie et ça a donc modifié complètement
le paysage autour de la naissance. Les naissances sont voulues, elles
sont plus rares, elles sont plus tardives et chacune d’elles, parce
que tardive, est devenue pour les parents un évènement unique, exceptionnel,
qu’ils ne vivront pas beaucoup de fois et qu’ils vivent intégralement,
sans pouvoir, dans le décalage avec le temps, se référer à une approche
ou un modèle familial autour d’eux. Donc chaque fois c’est sans expérience
mais avec constamment une exigence que l’on va retrouver tout au long
du parcours éducatif qui est caractéristique de notre civilisation,
l’exigence de performances. On doit être des bons parents dès le départ
et si possible les meilleurs parents possible. D’où évidemment le marché de l’accompagnement
littéraire, l’éducation aujourd’hui est devenue, la naissance, l’éducation,
l’enfance est devenue un sujet commercial d’étude et évidemment un évènement
intellectuel je dirais culturel
au sens de … qui est médiatisé par les écrits, qui doit s’appuyer, qui
est pseudo ou entièrement scientifique qui doit en tout cas, être validé
et chacune des étapes de nos comportements parentaux doit être dûment
validée par des références de toutes sortes de médecins, de psychologues
sur lesquels on s’appuiera. Le "Laurence Pernoud"
d’il y a quelques années a pris une sacrée claque si je puis dire, il
est vieux, vieilli, parce qu’aujourd’hui on en a deux mètres ou trois
mètres dans sa bibliothèque et on voit les jeunes mères se plonger là-dedans
et les jeunes pères et ceci aussi est nouveau.
Cette approche donc en couple, les jeunes
parents du coup sont devenus une cible commerciale et cette cible commerciale
n’a évidemment pas échappé à toutes les offres de services de médecines
alternatives, d’accompagnement psychologique, de performances, de développement
personnel, etc… et vous voyez très bien dans quelles mouvances et quels
risques peuvent se présenter, un certain nombre de mouvements bien connus,
ils sont repérés dans les rapports de la MIVILUDES ont d’ailleurs largement
investi ce champ, y compris dans l’accompagnement prénatal ou dans les
méthodes alternatives de maternage, etc… donc là, vous voyez dès la
période natale ou périnatale, l’enfant doit être préservé d’un certain
nombre de choses. Cet investissement se poursuit tout au long de l’enfance.
Là aussi, les linéaires des librairies
et même dans les supermarchés marquent cette inquiétude d’être parent
parce qu’il ne suffit pas donc de l’être, il faut être absolument performant,
il faut être le meilleur parent dès la maternelle, il faut le meilleur
parent éducateur des loisirs, il faut être le meilleur parent accompagnant
scolaire, il faut être le meilleur parent tout le temps et surtout,
surtout évidemment lorsque les “vicissitudes” de la conjugalité ont
un peu désarticulé le couple parental. Parce que là, du coup, il y a évidement
la compétition ou la surenchère qui peut se mettre entre les 2 parents
chacun d’eux essayant, dans l’intérêt de l’enfant, d’être le meilleur
parent possible là où il est et puis rentrent en jeu évidemment derrière
cela les conjoints des parents et donc sur ce fond de remodelage familiale,
on voit bien qu’il y a cette exigence de performances et de réussite
là aussi les solutions proposées, les accompagnements, les groupes de
paroles, les discours, les méthodes, les soutiens, etc sont donc facilement
proposés tant la demande d’expertise, la demande d’appui compétent est
forte. On a des espèces de coaching parentaux
qui sont mis en place et évidemment qu’ils n’ont pas échappé aux grands
mouvements, même si le plus souvent, ils sont le fait de mouvements
moins connus, même les grands mouvements s’avancent à visage découvert
dans ce domaine-là. Enfin, au-delà, se greffe évidemment l’angoissante
question pour les parents, de la réussite scolaire, je dis angoissante
parce qu’elle devient de plus en plus angoissante lorsque d’une part
on voit les ravages de l’échec scolaire et d’autre part, lorsqu'on voit
que la réussite scolaire ne garantie pas l’insertion sociale. Et donc sur fond de cette angoisse de
que vais-je faire de mes grands, quelle orientation, comment trouver
la meilleure orientation, quelle est la meilleure chance que je puisse
donner de développement personnel ? Il est bien certain que là aussi, il y a, je dirais, tout un marché de l’accompagnement
parental qui se développe et qui n’a échappé à personne en cette période
de rentrée scolaire. Il est bien certain que nous avons attiré,
un peu partout, la vigilance des parents sur les organismes auxquels
ils confient leurs enfants, sur les cours, les soutiens scolaires qui
sont proposés, sur les activités de développement personnel et les méthodes
alternatives qui peuvent leur être proposées et qui vont évidemment
répondre ici à une très forte attente. D’autant que le discours est
bien connu, on commence par vous expliquer que votre enfant a des qualités
exceptionnelles et qu’il mérite franchement mieux que l’éducation de
masse que peut offrir l’Education Nationale et que donc il convient
de personnaliser les formes d’accompagnement qu’on lui donne et ça marche
évidemment à tous les coups. Deuxième situation, celle-là est plus
évidente et vous la connaissez probablement mieux parce qu’elle a été
déjà largement dénoncée. C’est évidemment le cas où l’enfant est élevé
dans une communauté à caractère sectaire. Là il peut soit y être né,
soit sa famille y est rentrée au temps de son enfance, les modalités
sont un petit peu différentes mais le résultat est le même : c’est
un enfant qui est élevé dans un milieu coupé du monde, et dans lequel
les rôles parentaux ne peuvent pas s’exprimer, la cellule familiale
n’a pas sa place, elle est désarticulée au profit d’une fusion dans
la communauté. Et donc l’enfant peine à se construire
en référence à des modèles parentaux qui lui sont enlevés en quelque
sorte, soit parce qu’ils sont disqualifiés, soit parce que les parents
se conduisent en situation de régression face à un autre qui assume
l’ensemble des rôles parentaux pour toute une communauté et il est bien
certain que là l’autorité qui conduit à l’éducation des enfants ne procède
pas de la responsabilité parentale mais d’un ou d’une autre auquel les
parents sont soumis et qu’il y a une sorte de régression des parents
qui fausse un peu la possibilité de transmission. Evidemment, dans ce contexte là, les
enfants peuvent être soumis à des méthodes éducatives dites innovantes
ou alternatives, ils peuvent être des cobayes de ces méthodes, ils peuvent
servir aussi, on espère que la vitrine qu'ils seront sera une vitrine
de réussite du nouvel être que l’on se propose de construire ou bien
alors ils peuvent être écartés ou négligés comme gêne ou entrave au
développement spirituel des adultes et ils n’ont pas facilement leur
place. Enfin, ils peuvent être aussi élevés
en vue de la communauté dont ils sont appelés à assurer la pérennité.
Les risques encourus sont extrêmes, et manifestés périodiquement, mais
là c’est des choses qui je dirais
ont été parcourues et dénoncées. Des affaires périodiquement l’ont montré,
les différents rapports année après année, malheureusement chaque année
nous remettent en face des ces réalités que l’on arrive pas à cerner
suffisamment, avec des atteintes à l’intégrité corporelle des enfants,
des violences sexuelles, de la prostitution, mais aussi une socialisation
limitée, des carences éducatives, une éducation parcellaire, des négligences,
des mauvais régimes, enfin toutes sortes de difficultés. Sans aller
jusqu’à ces cas les plus dramatiques. Il faut souligner quand même que d’une
façon générale, lorsque ces enfants sont dans ces milieux là, le mode
de vie qui leur est proposé est rarement adapté et que même dans les
cas les moins aigus où l’enfant aurait une place apparemment convenable,
de longues séances de prière, des rythmes de vie harassants, des services
communautaires trop importants viennent entraver son développement,
sans compter que pour les nouvelles formes de, disons, de religiosité
ou de communauté, qui peuvent, et que vous connaissez bien je crois,
M. Le Député, dans votre département, viennent avec des musiques particulièrement
des rythmes de prières, d’expressions collectives, créer des occasions
de stress, et risquer évidemment de mettre en difficulté l’enfant, les
enfants, qui sont soumis à ces réunions, d’autant que dans ces cas là,
il y a à la fois, absence de jeu, contrôle de l’imaginaire enfin tout
un ensemble, tout un ensemble d’endoctrinement de faits qui sont condamnables.
Les conditions de vie, les risques qu’elles
induisent sont souvent allégués dans des situations de conflit familial.
C’est comme cela que nous les percevons nous, le plus souvent, c’est
à dire au détour de crises familiales, de divorce, dans les cas de médiation
et dans ces difficultés là et là il devient effectivement très difficile
de percevoir et d’analyser sans maladresse et c’est toute la difficulté
des juges qui sont confrontés à ces situations, de pouvoir percevoir
avec justesse en fait et justice ce qui relève d’une simple discordance,
enfin d’une simple … d’une discordance culturelle et spirituelle entre
2 parents qui n’ont pas compris ce qui les séparait dans des mariages
ou des unions où la discordance culturelle était flagrante qui ont cru
pouvoir le surmonter et qui dans l’éducation des enfants se heurtent
à un problème et n’arrivent pas à surmonter leurs différences et à ce
moment là, il y a évidemment le risque premier de l’enfant c’est d’abord
l’instrumentalisation, c’est à dire ce que l’on retrouve dans d’autres
situations de conflits conjugaux, c’est l’instrumentalisation de l’enfant
comme objet évidemment de la revanche ou de l’hostilité des parents,
et ce qu’il vit dans la communauté où l’un des parents essaie de l’entraîner
est allégué comme élément maltraitant et il devient très difficile de
cerner, de trouver exactement ce qui relève d’un risque réel et ce qui
relève simplement d’une difficulté que rencontre l’enfant dans la relation
de ses parents. La question de la scolarisation des
enfants est évidemment un enjeu très fort de leur construction. Dans
toutes ces communautés fermées où sont
élevés les enfants, il y a, il semble que l’arsenal des mesures
qui a été prit depuis, en particulier depuis 98, semble avoir porté
ses fruits même si le rapport de la MIVILUDES analyse les limites de
ce qui a été fait et je crois qu'on peut considérer qu'il y a en tout
cas des outils qui permettent à la fois de contrôler la façon dont l’enfant
se développe et le contenu de l’enseignement qu’il reçoit et la réalité
de cet enseignement. Il n’en reste pas moins que l’on sait
qu’il y a des enfants qui passent au travers soit parce qu'ils reçoivent
un enseignement à distance d’un pays étranger, soit parce qu’ils sont
déplacés vers des pays de la communauté ou de l’union européenne qui
ne pratiquent pas les mêmes critères et qu’ils n’ont pas les mêmes exigences
et on s’inquiète évidemment de tous ceux qui arrivent à passer au travers
des mailles qui ont été mises pour que le droit à l’éducation de tous
dans notre République soit bien assuré. Je pense que c’est autour de ça qu’il
faudra certainement travailler et il me semble que la réforme qui se
met en place et l’idée du socle
commun des connaissances qui doit être acquis par chaque enfant devrait
pouvoir constituer une sorte de repère, à partir duquel, ou de cribles,
à partir duquel on évaluerait le contenu des acquisitions et un certain
nombre de ces acquisitions soient bien formées, à condition toutefois
que l’on soit assez exigeant sur le contenu des connaissances et que
l’on n'oublie pas qu’il doit intégrer les valeurs de la citoyenneté
et que l’on doit vivre ensemble en France. Le troisième type de situation c’est
évidemment celui où l’enfant lui-même est l’objet de la séduction. Ce
type de situation là aussi existe depuis très longtemps, c’est évidemment
lorsque les adolescents rencontrent la séduction d'un groupe qui semble
apporter des réponses qu’ils ne trouvent pas ailleurs. L’adolescence
aujourd’hui est évidemment un âge de la vie à part entière, elle est
à la fois source d’énergie, de richesse, mais aussi d’incertitude, de
déstabilisation, de souffrance et notre société est particulièrement
désarmée pour répondre aux angoisses des adolescents, on le voit périodiquement,
il y a des crises, des difficultés et on voit surtout monter la désespérance
des jeunes et les taux de suicide. Il est bien certain que les dangers
sont réels et on le voit, les violences, les conduites autodestructrices,
on oublie aussi de compter dans celles-là et j’étais frappée de voir
que dans le texte de la commission européenne, on cite bien tous ces
cas-là et on oublie de dire mais ils sont aussi du coup sensible en
risque d’être séduits par des groupes qui pourraient leur apporter des
réponses erronées. Sur ce plan là, évidemment, on voit
bien que les motifs des crises sont difficiles à typer en quelque sorte
et que la séduction agit un peu toujours de la même façon sur une crise
que connaît l’adolescent. Il fait une rencontre qui lui apporte apparemment
les réponses qu’il ne trouvait pas ailleurs ou des certitudes ou des
solidités ou un réconfort affectif et du coup, on a évidemment captation
puis rupture des liens familiaux, déconstruction, et on sait bien les
drames de la reconstruction d’après coup je crois que l’UNADFI à une
longue connaissance de cet accompagnement des parents et je pense qu’ils
seront mieux placés que moi pour vous le dire. La conférence de la famille il y a 2
ans sur l’adolescence, le long travail de 2 années à l’UNAF, un rapport
d’orientation qui avait été consacré à ce thème on a cherché avant tout,
non pas à apporter des réponses c’est un petit peu trop facile et si
l’adolescence se résolvait comme ça, ça se saurait depuis longtemps,
a essayé de comprendre comment ça fonctionne et comment on peut soutenir
les parents des adolescents et comment on peut prévenir un certain nombre
de risques. Je crois qu’autour évidemment du travail
qui est fait pour l’accompagnement parental, autour de l’acquisition
de repères solides dans l’enfance et la petite enfance, donc une construction
d’un monde un petit peu cohérent. La sécurité des affections qui permet
la confiance en soi, tout cela évidemment peut permettre aux enfants
de se construire tout autant que la formation au discernement et à l’esprit
critique que nous avions appelé dans les différents rapports de la MIVILUDES
pour la formation des jeunes et il ne faudrait pas manquer d’y ajouter
évidemment la perception d’un environnement dans lequel ils pourront
prendre place et d’un avenir qu’ils peuvent construire parce qu’aujourd’hui
il est bien certain que dans la désespérance des jeunes, on voit cette
idée que la société ne les attend pas, qu’ils n’y ont pas de place,
que l’on n'a pas besoin d’eux et qu’ils ne pourront pas s’y insérer. Je crois que tous ces éléments rassemblés
devraient pouvoir si l’on soutient convenablement les parents à ce moment
là, et les réseaux d’écoute et d’appui à la parentalité ont beaucoup
œuvré autour de ces crises de l’adolescence donc en aidant les parents,
on peut permettre évidemment aux jeunes de passer ces temps de mutation
pour leur chemin vers l’âge adulte et d’éviter la séduction fallacieuse
des fraternités aliénantes ou des communautés un petit peu trop enfermantes. Alors quelles sont les questions et
quels sont les enjeux que nous nous posons ? Nous en discernons un certain nombre
et je n’ai pas de réponse. Je veux dire que là où je suis, de l’observation
que nous avons, de ce qui nous remonte, je n’ai pas évidemment de texte
ou de propositions de modifications à vous apporter. Les textes légaux sont-ils suffisants ?
L’UNAF, en abordant les questions qui vous préoccupent, est dans sa
mission bien sûr de défendre les intérêts matériels et moraux des familles
c'est regarder aussi tous les aspects de leurs vies et comment chacune
peut être mis en capacité de contribuer au développement et au bien
être de tous ses membres. Nous avons établi il y a maintenant
X années une grande déclaration des droits de la famille dans laquelle
on rappelait qu'en accord avec la Convention Internationale des droits
de l’enfant, relative aux droits de l’enfant, l’importance de la protection
de l’enfant et de chaque enfant en tant que personne et sujet de droit.
C’est pour ça que l’UNAF est toujours engagée dans tous les combats
autour de la protection de l’enfance. Nous avons contribué, bien sûr nous
étions au comité de pilotage de la grande année, de quand c’était la
grande cause, nous sommes membres du conseil d’administration du "GIP
enfance maltraité" qui regroupe le SNAPEM et le NED, membre du
Conseil d'Administration de la "Fondation pour l'enfance"
et nous avons participé plus récemment à tous les travaux et toutes
les commissions qui ont été mises en place pour préparer le texte présenté
par Philippe Bas au nom du gouvernement sur la réforme de la protection
de l’enfance. Les dispositions que propose ce texte
d’ailleurs, recueille en grande partie l'assentiment de l’UNAF et sont
susceptibles d’apporter des réponses et des améliorations certaines
aux dispositifs de protection de l’enfance pour peu que l’on s’en donne
les moyens. Les renforcements en particulier des contrôles de la santé
des enfants et de leur bon développement, l’extension des missions de
la PMI, la mise en place d’une attention portée tout spécifiquement
à la période prénatale. La cohérence de tous les dispositifs,
le fait que l’on ne cloisonne pas ou que l’on ne compartimente pas toutes
les phases du travail social mai qu’on essaie au contraire de les unifier,
de les remettre en cohérence, etc, tout cela peut continuer à protéger
efficacement les enfants et du coup à protéger tous les enfants en particulier
ceux que l’on n’arrivait pas forcément toujours à percevoir ou à joindre
parce que si on avait un pressentiment de quelque chose, on ne le remettait
pas en connexion avec d’autres éléments du diagnostic. Il me semble en particulier que le renforcement
du travail social que devrait permettre ce texte si du moins il aboutit
dans les délais prévus et d’ici la fin de la mandature, permettrait
que les temps d’intervention sociale soient auprès des familles des
vrais temps d’intervention et donc de dialogues et de construction et
je crois que souvent on laisse les familles dans le désarroi, dans leur
angoisse, et qu’elles n’ont pas d’interlocuteur où elles peuvent exprimer
telle ou telle inquiétude et que du coup évidemment, elles sont la proie
ou elles peuvent être la proie de ceux qui
apporteront des réponses un petit peu facile et un petit peu
carré. Je pense que l’intervention sociale
peut être déjà une intervention aux angoisses des parents, ceux qui
sont tellement angoissés de mal faire. Le droit à l’éducation et la
refonte des programmes scolaires, l’insistance mise sur l’acquisition
par tous les enfants tout en respectant leur rythme d’acquisition de
ce socle commun de connaissance me paraît être aussi un élément pertinent,
il reste à mettre en œuvre des bonnes modalités d’application, des contrôles
souples, des étapes de ces acquisitions et de s’assurer que tous les
enfants y parviennent quelque soit la façon dont les parents en assumant
leurs responsabilités ont choisi le droit à l’éducation Et je répète que pour nous il semble
évident que ce socle de connaissances communes doit comporter suffisamment
d’éléments permettant l’intégration citoyenne et donc il importe de
mettre périodiquement des jalons ou des repères qui permettent de s’assurer
que ce processus d’acquisition est bien enclenché et qu'aucun enfant
n’y échappe. Je crois qu’il y a là une responsabilité de l’Etat qu’il
conviendrait donc de renforcer. Faut-il imaginer un arsenal législatif
spécifique aux cas des enfants victimes ? Il me semble que là on
arrive dans le difficile et délicat travail du discernement et je ne
suis pas sûre que nous ayons besoin de lois nouvelles ou de dispositifs
nouveaux, peut-être que convient-il plutôt de rendre plus pertinents
et plus efficaces ceux qui existent et de s’assurer qu’ils concernent
bien tous les enfants. De plus, en nous interrogeant sur les
conséquences des dérives sectaires sur les enfants vous-même, vous avez
déjà intégré la difficulté qu’il y a qui est celle qui est liée au développement.
L’enfance n’est pas un âge borné, fermé, carré où tous les enfants passent
étape après étape comme si on était tous construit sur le même modèle.
Il y a, au contraire, un processus de développement qui est spécifique
à chaque enfant dont on peut cerner quelques repères mais que l’on ne
peut pas normer et c’est ça toute l’alchimie personnelle qui fait que
chaque enfant se construit avec son histoire y compris avec les bons
et les mauvais moments, y compris avec des facultés de résilience qui
appartiennent à chaque enfant et auxquels d’autres peinent à parvenir
etc. Donc nous savons certes ce qui est néfaste
ou peu favorable à un développement harmonieux mais nous ne savons pas
toujours évaluer toutes les conséquences de ce qui peut se passer et
nous ne savons pas comment se fait aussi le travail de reconstruction
ou de résilience qui permet de surmonter des séquelles profondes dont
certaines, et il ne faut jamais l’oublier, peuvent être tellement profondément
inscrites qu’elles ne reviendront au jour que beaucoup plus tard dans
la vie adulte et donc il y a là toute cette difficulté de l’approche
de la souffrance de l’enfant confronté à des mauvais traitements, qui
n’est pas spécifiques aux mauvais traitements des sectes qui est vraiment
le drame de l’enfant qui a été privé d’enfance ou qui a souffert dans
son enfance. Sanctionner les auteurs, les responsables
des mauvais traitements, des manquements, des négligences même sous
couvert d’éducation de transmission de valeurs ou de formation intellectuelle
ou religieuse certes et là je crois que les outils des sanctions ne
manquent pas, on peut vérifier qu’ils sont bien adéquates, ils recouvrent
bien tous les cas etc. Je crois qu’ils sont dans la plupart des cas
largement renforcés lorsque ce sont les parents eux-mêmes qui sont auteurs
des mauvais traitements, je ne suis pas sûre qu’il faille des législations
spécifiques. Par contre, il nous a semblé qu'on arrivait
en ce qui concerne la protection de l’enfance à un point délicat de
tension entre différentes choses et que là, il y avait des éléments
qu’il convient d’aborder avec prudence. Je rappelle que la responsabilité
première de l’éducation des enfants, c’est un élément de l’autorité
parentale et ce sont donc les parents qui doivent transmettre d’abord
à leur enfant ce qu’ils pensent fondamental et essentiel pour sa construction
et c’est dans la relation parent enfant, dans cette relation interpersonnelle
affective de confiance et de respect mutuel, on peut espérer en tout
cas, que s’inscrit cette transmission qui porte sur les valeurs et les
comportements en société. Les parents ne transmettent pas des
idées, ils transmettent des façons d’être, ils transmettent de l'être
et ça, personne ne peut le faire à leur place et c’est à travers les
mille gestes de la vie quotidienne, les réalités vécues ensemble, les
réalités familiales, ça ne passe pas toujours par des mots, ça passe
simplement par des façons d’être, par de l’indicible de la vie quotidienne
et c’est tout cela qui constitue l’éducation parentale et il est bien
certain que c’est une responsabilité qui est liée au fait d’avoir donné
la vie à cet enfant ou en tout cas de l’avoir affiché ou reconnu comme
sien lorsque l’on fait une déclaration d’adoption et que l’on se déclare
comme parent, donc c’est bien lié à la déclaration de paternité ou la
reconnaissance de parentalité et même si la loi rappelle que cette responsabilité
est un devoir des parents comme un droit de l’enfant et que l’on envisage
d’ailleurs de renforcer les sanctions aux parents qui se déroberaient
ou qui ne seraient pas efficients dans ce devoir, il est bien certain
que l’on ne peut pas non plus se substituer aux parents sur ce point
là. Et parmi les valeurs que transmettent
les parents, très naturellement, se place celle qui donne sens à leur
vie, sur lesquelles ils ont construit quelquefois leur union ou en tout
cas leur vie et qu’elle soit fondée ou non sur une foi religieuse ou
à l’appartenance à une communauté de croyance. Et il paraît évident
à ce moment là aux parents que le bien de leur enfant, que l’intérêt
de leur enfant c’est d’accéder à ce qui a constitué pour eux un pilier
de leur existence, un élément signifiant et donc d’assurer à leurs enfants
une éducation religieuse. Toute la difficulté alors réside dans
cette tension entre l’obligation ardente au nom de l’affection même
qu’ils portent à leurs enfants de transmettre des valeurs et d’éduquer
leurs enfants dans la foi à laquelle ils adhèrent pour que ceux-ci connaissent
à leur tour les bienfaits qu’ils en retirent et en même temps l’effort
de construction d’une personne libre, critique, autonome et donc capable
de rejeter les mêmes éléments de foi que les parents proposent et c’est
cette difficulté, ce dur débat des parents qui est important et difficile
à cerner dans un texte. Le droit de l’enfant à sa liberté religieuse
qui est inscrit dans la CIDE, s’inscrit dans cette tension et on voit
bien que toute intervention d’un tiers en particulier pour évaluer où
commence la liberté et où se situe la perte de liberté devient délicate.
L’éducation ne passe t’elle pas parfois par des formes de contraintes
dont la finalité certes est l’intérêt supérieur de l’enfant mais nous
les contraignons bien à absorber vaille que vaille, coûte que coûte
un certain nombre d’éléments et de bagages dont nous estimons qu’ils
doivent être munis. Et finalement, quelle est la marge entre
l’éducation transmission et l’endoctrinement, où se situe le moment
où l’on dérape, ça devient particulièrement difficile et il est bien
certain que les moyens pédagogiques et les parcours qui sont proposés
ont certes pour objectifs de former des croyants mais, j’arrive au bout
de mon exposé, ils doivent laisser assez d’espace à l’appropriation
personnelle au risque même du rejet. Et je crois que c’est toute la
difficulté de cela et donc il faut veiller peut-être en prévention,
à la mise en garde des parents, sur cette liberté. Enfin,
et j’ai juste un dernier point, notre pays aborde trop souvent la
question religieuse à partir des grandes religions classiques acculturées,
je dirais, à nos modes de pensée et dans un contexte particulier de
laïcité et nous avons un certain nombre de normes qui découlent de
cela. Or,
il existe aujourd’hui des expressions de sentiments religieux qui
nous posent problèmes, des communautés qui pratiquent des formes de
religiosités traditionnelles ailleurs et culturellement différentes
mais qui nous déroutent. Des rassemblements importants d’adultes avec
enfants et du coup d’entraînement des enfants dans cette mouvance,
nous posent un certain nombre de problèmes autour d’un chef de communauté
plus ou moins charismatique, plus ou moins fort, plus ou moins dominant
et il est bien certain que cela gène à la fois notre individualisme
du sentiment religieux, notre conception du privé et de l’intime,
face à des manifestations collectives et publiques et notre intégration
républicaine puisque nous avons une espèce de répulsion au communautarisme.
L’appréhension
alors des conséquences de ces pratiques sur les enfants devient alors
délicate et les travailleurs sociaux sont souvent très gênés et ne
disposent pas toujours des outils qui leur permettraient de comprendre
ce qui se passe à l’intérieur de ces communautés et de savoir discerner
où il y a dérapage ou non. Et je crois qu’il y aurait peut-être
là un travail à faire, d’autant que les malentendus naissent très vite
et que le premier des dangers devient le repli des communautés sur elles-mêmes
et à ce moment là, l’enfermement est tout ce qu’il s’en suit. Finalement,
les enfants qui y vivent sont pris entre 2 systèmes éducatifs donc ils
sont en quelque sorte otages ou ballottés auxquels s’ajoutent évidemment
les média, la voie de leur intégration n’est pas pour autant facilitée
et je tenais à le souligner parce que l’UNAF a aussi pour mission d’exprimer
les difficultés de ces familles, souvent des familles étrangères, qu’elle
a pour mission de représenter. Ce qui fait qu'en conclusion, protéger
l’enfant est évidemment lui garantir son droit à l’enfance, son droit
à l’éducation par ses parents, bien sûr et donc son droit à la transmission
des valeurs parentales mais en même temps il faut évidemment garantir
que cette transmission puisse faire l’objet d’une appropriation personnelle
et donc il faut qu’à certains moments, il puisse choisir librement d’adhérer
ou non et donc être en capacité effectivement de choisir, c’est à la
fois la mission de l’école de préparer cette capacité de discernement,
c’est aussi la mission de tous les soutiens de la responsabilité parentale
qui est de rappeler aux parents qu’ils ne sont pas possesseurs de leurs
enfants mais qu’ils les préparent pour la vie. La société a intérêt à, évidemment,
miser et investir dans la protection de l’enfance parce qu’elle a intérêt
aujourd’hui à protéger chacun des citoyens qui la formeront demain.
Et donc je crois que c’est important de veiller aussi à ce que les clés
de la vie en société soient bien acquises par tous les enfants et donc
je crois qu’il y a un devoir de l’Etat, une responsabilité de l’Etat,
de s’assurer de cette acquisition et enfin nous nous réclamons évidemment
des valeurs humanistes, ce sont des devenirs d’hommes qu’ils s'agit
de protéger et de construire et je crois que c’est ce qui fonde un petit
peu notre réflexion de ce soir et ce sont les valeurs que nous partageons.
Fenech Je
vous remercie beaucoup, Madame, pour votre exposé très complet et très
clair, et qui va susciter quelques questions de notre commission, je
voudrais avant de céder la parole aux uns et aux autres, poser simplement
une question d’ordre très pratique, concrète. Vous avez expliqué tout
à l’heure, dans la première catégorie des enfants "moyen de séduction
pour attirer les parents", vous avez surtout au moment des rentrées
scolaires, informé les familles de certains organismes qui pourraient
utiliser ces moments pour faire du prosélytisme, en réalité, je voudrais
savoir comment vous procédez, comment l’Union Nationale des Actions
Familiales informe les familles, est-ce qu’il y a une information qui
se fait systématiquement ou est-ce qu’on vous pose des questions, comment
cela se passe-t-il concrètement et puis dans le prolongement de cette
question, est-ce que vous pourriez être un peu plus précise sur les
quelques mouvements qui, pour vous, auraient poser des difficultés ou
poseraient des difficultés en ce sens, est-ce que vous pouvez nous en
parler très brièvement ? Lebatard Alors, à la première
question, c’est facile de répondre parce que je vous rappelle comment
est constituée l’UNAF. L’UNAF est une union nationale d’associations
familiales composée à la fois des unions départementales et des grandes
associations familiales qui correspondent aux critères de la loi, l’article
je ne sais plus combien du code de la famille, enfin,
etc… Donc l’UNAF, en tant
que telle, n’est pas en prise avec les familles. Par contre, le rôle
d’une institution nationale comme l’UNAF c’est évidemment d’attirer
l’attention de ses composantes sur les enjeux et les risques et donc
c’est ensuite à chacun des mouvements en général, mon rôle puisque là
c’est directement dans mes responsabilités, je suis responsable du département
sociologie, psychologie, droit de la famille, donc je rappelle périodiquement
aux différentes composantes de l’UNAF combien les risques existent,
combien il importe d’y être attentif et combien il importe d’être vigilant
sur un certain nombre de points et à certains moments. Donc, nous n’avons
pas manqué de rappeler ce point là aux différents mouvements lorsque
nous avons travaillé à la fois sur le rapport moral au mois de juin
de cette année et puis dans les conseils d’administration ou toutes
les composantes de l’UNAF sont réunies, donc, j’ai rappelé effectivement
que la rentrée des classes allait être un temps de fragilité. Maintenant chacun
des mouvements, là où il est implanté et selon les spécificités qui
sont les siennes, agit en particulier lorsque les mouvements sont directement
en prise, je dirais, avec des organisations de soutien scolaire, je
pense en particulier à la confédération syndicale des familles qui est
un mouvement assez implanté dans les quartiers populaires des grandes
villes, se trouve, elle constitue elle-même un certain nombre d’actions,
association par association de soutien scolaire, elle connaît aussi
le paysage qui se présente et elle met en garde les familles qui viennent
la voir. D’autre part, dans un certain nombre de départements, nous avons aussi
des ADFI, donc des associations départementales ou des bureaux ou
des cellules qui constituent un certain nombre de listes ou de points
de référence et la vigilance qui a été amenée, amène des familles
à interroger leur association locale ou leur association départementale
sur un doute. Ce que nous voulons, nous, au niveau national, c’est
simplement faire en sorte que les gens fassent attention et agissent
avec discernement, donc nous voulons simplement leur dire, ne confiez
pas vos enfants n’importe où, ou à n’importe qui. Maintenant, au niveau
où je suis, si vous voulez, vous me demandez des témoignages. Là, je n’ai pas pris, effectivement, je n’ai pas fait remonter les exemples qui avaient
un petit peu nourri ma réflexion, je n’ai pas pensé qu’au niveau où
j’étais, vous aviez besoin d’exemples précis, si je devais, si vous
en aviez besoin, je pourrais évidemment solliciter ces témoignages des
différents endroits où ils ont été repérés mais je crois que dans la
mesure où nous n’agissons pas directement en opposition avec ces mouvements
mais nous mettons plutôt en garde les familles contre le risque de mettre
son enfant n’importe où sans être bien renseigné, vous n’auriez pas
vraiment de réponses très, très, très précises ou suffisamment précises
pour, ce n’est pas notre rôle,
je veux dire, ça c’est plutôt le rôle ou de l’ADFI, ou du CCNM [CCMM],
enfin, du centre Roger Ikor, parce que nous ne sommes pas directement,
si vous voulez, organisme de lutte ou de défense. Fenech Merci. Je vais céder
la parole à Monsieur le Rapporteur. Vuilque Merci Monsieur le
Président, merci Madame à mon tour, merci pour votre intéressante intervention,
deux petites questions très simples parce que vous avez répondu à celles
que je voulais vous poser sur notre éventuelle modification d’arsenal
législatif, sur les propositions que vous seriez à même de faire pour
améliorer la situation, simplement deux choses, comment qualifieriez-vous
la situation actuelle sur ce front, effectivement de la protection de
l’enfance et de l’influence des organisations sectaires, première question
? Deuxièmement, à la fin de votre intervention, vous avez parlé de prévention,
vous savez que le but aussi de notre commission c’est de faire de la
prévention et je voudrais savoir si, à votre avis,
cette prévention, alors vis-à-vis des enfants mais surtout vis-à-vis
des parents, est suffisante aujourd’hui et comment vous verriez un système
de prévention plus efficace ? Lebatard Je réponds peut-être
à la deuxième parce que le mot est plus… accroche plus tout de suite
et c’est évidemment celui dans lequel je me situe le plus… l’accent
dans lequel je me situe le plus facilement. Cette question de
la prévention, en particulier vis-à-vis des parents, pour l'instant
me parait insuffisante. Elle me parait insuffisante parce que l’angoisse
des parents est plus forte que toutes les réponses qu’on a pu leur apporter
et on ne l’a pas prise suffisamment en compte. On commence tout juste,
je vous rappelle qu’il y a quelques années, je crois que c’était en
2002, pour avoir rencontrer Madame Royal, je me souviens qu’elle avait
envisagé éventuellement de mettre une sorte de préparation à la parentalité
à la naissance, donc de travailler sur le prénatal C’était une idée qui
était tout à fait pertinente et que nous avions soutenu en son temps,
je vois que dans le projet de loi "protection de l’enfance"
qu’a préparé Monsieur Bas, avec la concertation qui a été menée tout
au long de cette année à laquelle nous avons pris une part très active,
on voit réapparaître cette même idée qu’il y a des temps où l’on peut
accompagner les parents et répondre à leur angoisse. Et le drame c’est
évidemment quand on laisse une angoisse sans réponse. S’il n’y a pas
des lieux où l’angoisse peut s’exprimer et des lieux où des réponses
peuvent être apportées, d’autres se chargent d’apporter des réponses,
et ils ne manquent pas de le faire. Donc, je crois que
c’est pour nous très, très important. D’autre part, de la même façon
si vous voulez, le paysage que je vois aujourd’hui, c’est évidemment,
je dirais le paysage des grandes sectes enfermantes traditionnelles,
celui-là, il est à peu près connu ; il faut s’ajuster aux modifications
de comportement, c’est vrai et on n’arrête pas de bouger sur ce point
là parce que la créativité est grande et les moyens de séduction sont
nombreux, mais il y a, il semblerait, un dispositif qui cerne à peu
près pour ce que j’ai appelé les cas 2 et 3, c’est-à-dire l’enfant élevé
à l’intérieur d’une communauté ou bien l’adolescent séduit. L’adolescent
séduit pose beaucoup de problèmes mais là aussi ça s’inscrit dans toute
la politique à l’égard de l’adolescent. Plus difficile à cerner,
c’est évidemment tout ce qui vient encore se nourrir et s’alimenter
autour de cette angoisse parentale, ce souci de bien faire, cette compétition
parentale, l’idée d’une performance éducative, et là aussi il faut démêler
et il n’y a pas que les parents qui sont confrontés à cette difficulté,
je veux dire que la séduction des médecines alternatives, des thérapies,
du coaching, du développement personnel, ça ne séduit pas que les parents
mais les parents y sont particulièrement vulnérables parce qu’ils portent
le souci, évidemment, d’accompagner au mieux leur enfant et de remplir
au mieux la responsabilité éducative à son égard. Donc, c’est évidemment
dans tout le soutien à la parentalité, qu’il faut travailler si l’on
veut faire de la prévention. Fenech La parole à Monsieur
Jacques Myard. Myard. Oui, merci. Madame,
on vous a écouté avec beaucoup d’intérêt mais permettez-moi cependant
de vous avoir trouvée un peu théorique et très abstraite parce que nous
ici, nous sommes des gens du concret, on veut des cas, alors je voudrais
quand même que vous puissiez nous donner, si vous en avez, sur la typologie,
je dirais que vous avez évoqué 3 cas dans lesquelles, l’enfant ou les
parents à travers l’enfant sont prisonniers ou peuvent être attrapés
par des sectes, des cas un peu précis, est-ce que, sans donner les noms
bien évidemment, en avez-vous ? Enfant de séduction, enfant élevé
dans la secte et puis enfant, l’enfant - objet de séduction. Quels sont
les cas pratiques que vous pouvez nous révéler ? Lebatard Alors, les cas pratiques,
je vais répondre très vite parce que votre accusation de "théorie"
si vous voulez, est inhérente à ma fonction et à l’endroit d’où je parle.
Moi, je suis au niveau national d’une organisation qui se décline au
niveau départemental Vuilque Oui, vous l'avez dit…
Lebatard et donc, de ce fait,
je n’ai pas l’approche du terrain qui fait que les cas nous remontent.
D’autre part, l’UNAF, les UDAF et les associations ne sont pas vraiment
directement en prise avec les crises ; si, j’ai quelques exemples en
particulier, plus souvent par ricoché, de difficultés conjugales qui
me sont remontées sur des fonds de communautés étrangères et de discordances
culturelles, j’ai effectivement en mémoire, deux ou trois cas que l’on
m’a rapportés parce que je m’étais intéressée au département que je
connaissais bien et ça m’avait attirée. Mais autrement, il
est bien certain que ce n’est pas tout à fait comme ça que nous fonctionnons,
d’autant qu'en notre sein, nous
avons l’ADFI, et donc nous basculons dès qu’il y a quoi que ce soit,
la logique veut que nous confions à ceux qui savent faire, les difficultés
donc, n’attendez pas trop de moi, si vous voulez un détail, d’autres
le font très bien, d’autant que, et je me suis trouvée très gênée lorsque j’ai voulu effectivement
construire cet exposé parce qu'appartenant au conseil d’orientation
de la MIVILUDES, que pouvais-je vous dire de différent alors que je
souscris au rapport annuel qui vient d’être diffusé, et que j’ai connaissance
de toutes ces informations aussi par cette source là. Donc, j’étais effectivement,
loyalement, je vous dis, j’ai cherché à vous apporter au contraire,
un éclairage qui soit différent, qui soit peut-être celui de la réflexion
telle qu’on peut la voir au niveau national, en essayant de vous montrer
comment les questions des familles venaient plutôt percuter, parce que
les dérives sectaires et la maltraitance, ce sont des questions que
nous connaissons mais il y avait aussi cette difficulté, peut-être que
vous n’avez peut-être pas entendu exprimer autrement de la difficulté
d’être parent et de se dire qu’on transmet mais que l’on ne sait pas
très bien comment faire parce que, à quel moment on éduque, à quel moment
on construit la liberté, à quel moment on construit au contraire un
disciple que l’on voudrait …, alors que l’on voudrait le rendre libre etc
… enfin, je crois que ces difficultés
là que nous avons tous connues en tant que parent, celles-là, il me
semblait que j’étais plus encore dans ma place en vous les spécifiant.
Commentaires inaudibles
d’un membre de l’assemblée… (rires) Fenech Voilà, je crois pouvoir
dire que ce n’était pas une accusation en tous cas, de la part de Monsieur
Myard … Lebatard Comme ça répondait
à une de mes questions et à une de mes difficultés quand j’ai abordé
cette préparation, j’y répondais d’autant plus
volontiers (rires). Fenech Bon, la question suivante
serait posée par Monsieur Christian Vanneste. Vanneste Oui, Madame, vous
avez à juste titre souligné, la période sans doute, la plus fragile,
finalement, qui est celle de l’adolescence, et son exposition à la séduction.
On le sait bien, c’est l’un des problèmes essentiels de notre société
qui est souligné dans le "Monde de l’éducation" par la fragilité
des collèges, c’est le même problème, et effectivement, moi je voudrais
attirer votre attention et vous poser une question, savoir si vous avez
les informations sur un sujet qui me préoccupe, sur le suicide des adolescents,
vous avez montré qu’il y avait un rapport entre l’un et l’autre. Un, tentative, séduction
du suicide si j’ose dire, et puis la séduction de celui qui peut-être
vous empêche de penser à cela parce qu’il vous protège, il vous offre
une protection que la famille peut-être, précisément, n’offre plus. Alors, j’avais étudié
cette question on peut dire, dans les décennies précédentes, c’est à
dire dans la décennie précédente, il
y avait une augmentation assez impressionnante du nombre de suicides
chez les adolescents, je pense que c’est la deuxième cause de mortalité
chez les jeunes, ce qui est tout à fait considérable. Il semble que
ça soit arrivé à un étiage, qu’il n’y a pas eu d’augmentation récente
mais est-ce que vous avez des informations très précises sur effectivement
les conséquences de la domination d’un jeune esprit par une secte sur
l’évolution au suicide. Est-ce que ça a tendance
à (phrase pas très claire) Est-ce que ça renforce
le lien social et donc est-ce que ça évite le suicide ou bien est-ce
qu’au contraire, ça déstabilise encore davantage et ça augmente le risque
du suicide ? Je pense que c’est une question qu’il faudrait étudier
avec une très grande … ( ?)… et ça m’amène à une deuxième question
qui est dans le fond, à mon sens, la grande question du sujet qui nous
réunit, ce sont les frontières. C’est un sujet réel mais dont les frontières
ne semblent pas suffisamment précises. Vous avez bien évidemment
souligné le fait que le but de l’éducation, et je mets l'éducation ici
au sens très large, c’est la conquête de l’autonomie morale et intellectuelle
et cela doit se faire dans un dialogue entre l’école et la famille,
je pense que tout le monde est d’accord là-dessus, mais bon, c’est très
subjectif ! Comment allez-vous
vérifier, avec quelle inquisition allez-vous vérifier que quelqu’un
a acquis une autonomie intellectuelle et morale ? Moi je pense
qu’il faut être plus modeste et qu’il faut s’en tenir à quels sont les
dangers objectifs qui résultent de l’entrée sectaire sur une personne ?
et notamment les dangers pour la santé physique et morale de cette personne.
Et est-ce que vous
avez dessus des lumières précises ? Vous avez des pratiques rituelles
par exemple, je ne vais pas les préciser mais chacun comprendra, vous
avez des pratiques rituelles qui viennent d’ailleurs, qui quelquefois
ne sont pas comprises. On pourrait démontrer que certaines sont fondamentalement
dangereuses pour la personne, alors que d’autres paradoxalement offrent
peut-être une certaine sécurité que nos propres pratiques n’offrent
pas. Vous voyez que le sujet est ténu et je pense que là, il faudrait
être beaucoup plus précis, on ne peut pas légiférer dans le vague. Je
pense qu’il faut être clair, net, précis, cartésien. Lebatard Je pense que vous pointez, en ce qui
concerne les adolescents, je pense que vous pointez évidemment tout
le déficit de la connaissance je dirais public, en tous cas partagée,
commune sur cet âge et sur la façon. Je disais qu’on connaît finalement,
ça a d’ailleurs été l’une des découvertes de la conférence de la
famille sur l’adolescence, c’est que les groupes qui ont travaillé et
qui se sont rassemblés sur ces questions, ont finalement découvert qu'on
avait beau avoir écrit des tas de choses, on ne savait pas très bien
comment ça fonctionnait. On ne savait pas très bien comment accompagner, on ne savait pas très bien comment répondre aux angoisses. Tout ce qu'on sait, c’est qu’il y a effectivement une fascination, dans ces âges là, une fascination de la mort, et que cette fascination de la mort et du risque doit être, peut être combattue p | |||