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CAP
LC 2006
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Commission
d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et
aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et morale des
mineurs
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Mardi 3
octobre 2006 à 15 h 30
Audition de : Madame Sonya Jougla, psychologue clinicienne
Intervention compléte
Le Président Voilà Mesdames,
Messieurs, mes cher collègues, nous nous retrouvons aujourd'hui pour
entendre Mme Sonya Jougla, psychologue. Je vous
remercie Madame d'avoir répondu à la convocation de notre commission
d'enquête. Je souhaite vous informer au préalable de vos droits et de
vos obligations. Je vous rappelle tout d'abord qu'au terme de l'article
142 du règlement de notre assemblée, la commission pourra décider de
citer dans son rapport, tout ou partie du compte rendu qui en sera fait.
Ce compte rendu vous sera, bien entendu, communiqué. Les observations
que vous pourriez faire seront soumises à la commission, par ailleurs
en vertu de l'article 6 de l'ordonnance de 17 novembre 1958 modifiée,
relative au fonctionnement des assemblées parlementaires, les personnes
auditionnées sont tenues de déposer sous réserve des dispositions de
l'article 226-13 du code pénal, réprimant la violation du secret professionnel,
et de l'article 226-14 du même code qui autorise la révélation du secret
en cas de privation, de sévices dont les atteintes sexuelles. Cette
même ordonnance, exige des personnes auditionnées qu'elles prêtent serment,
de dire la vérité et toute la vérité, rien que la vérité. Je vais donc
vous demander de lever la main droite et de dire « je le jure ». Sonya
Jougla : Je le jure. Le Président Merci Madame.
Je m'adresse
aux représentants de la presse pour leur rappeler également les termes
de l'article 39 quinquies de la loi du 28 juillet 1881 sur la liberté
de la presse, qui punit de 15000 euros d'amende, le fait de diffuser
des renseignements concernant l'identité d'une personne victime d'une
agression ou d'une atteinte sexuelle. J'invite donc les représentants
de la presse à ne citer, à ne pas citer nommément les enfants qui ont
été victimes de ces actes. La commission va maintenant procéder à votre
audition Madame, vous avez une vingtaine de minutes, et ensuite nous
vous poserons un certain nombre de questions. Merci. Sonya Jougla : Merci beaucoup.
Jusqu'à
aujourd'hui, les enfants victimes de sectes étaient vraiment les grands
oubliés de la société et des professionnels chargés de la protection
de l'enfance en danger. Alors, ils étaient oubliés et peut-être parce
qu'il est plus difficile de préserver un enfant de la croyance de
ses parents que de leurs coups ou de leur sexualité incestueuse. Mais peut-être
aussi parce que la contrainte qu'imposent les parents en immergeant
leurs enfants dans une secte est parfaitement légale. Dans ma pratique
de psychologue clinicienne psychothérapeute, depuis une trentaine d'années
d'exercice, je reçois des victimes de sectes que ce soient des adultes
ou des enfants et en trente ans d'exercice, je n'ai jamais reçu la demande
en psychothérapie d'enfants de sectes émanant de parents adeptes, de
parents dans une secte. Ces parents là, victimes eux-mêmes de manipulation
mentale et d'emprise sectaire, ne peuvent avoir conscience de la souffrance
de leur enfant, et ça j'y reviendrai ultérieurement parce que ça me
semble être quelque chose de très important. J'ai reçu
par contre de nombreux enfants amenés par des parents divorcés, ou mariés
à un adepte de secte, ou des parents sortis de secte, qui assistent
impuissants à la lente dégradation de leur enfant et qui viennent chercher
des solutions auprès des professionnels de la santé et de la justice.
Il est extrêmement difficile d'entreprendre une psychothérapie, avec
un enfant qui est immergé dans une secte, qui est encore dans une secte,
et qui a au moins un parent qui est adepte de secte. Et la difficulté
est encore plus aggravée lorsque le père ou la mère, est lui-même gourou
de la secte. Ça m'est arrivé plusieurs fois d'avoir des enfants en psychothérapie
qui avaient, ou un père gourou, ou une grand mère gourelle et qui se
trouvait avec un héritage spirituel extrêmement important qui pesait
sur lui, et avec bien sûr l'amour et la dévotion que porte un enfant
à tout parent, mais là ce parent étant gourou, ça entravait encore plus
la possibilité d'établir une alliance thérapeutique ou d'introduire
un tiers médiatisant. L'enfant dans ces cas là, nie le vécu traumatique,
pour pouvoir continuer à vivre avec son parent gourou, qui est, tout
puissant, dont il dépend, et qu'il aime, qu'il aime comme un parent.
La psychothérapie
est nettement plus envisageable lorsque les deux parents sont sortis
de secte. Ça ne veut pas dire qu'elle soit facile. C'est toujours très
très compliqué, mais le cas le plus adéquat, le plus facile peut être,
c'est lorsque les deux parents sont sortis et qu'ils ont emmené leurs
enfants hors de la secte. Je reçois fréquemment par contre d’anciens
adeptes adultes qui ont séjourné dans une secte et qui gardent 20 ans,
30 ans après, encore d’énormes séquelles de ce qu’ils ont pu vivre dans
la secte et qui ont encore des séquelles invalidantes. Vuilque : Vous pouvez
nous en dire un petit peu plus sur ces séquelles invalidantes ? Jougla : Des adultes ? Vuilque : Oui, ils
ont été enfants dans la secte et ils deviennent adultes ensuite. Jougla : Ce sont
des adultes qui sont sortis parce que les parents étaient sortis et
ça les personnes dont je parle en ce moment ce sont des personnes qui
viennent longtemps après. Un enfant qui sort de secte et qui vient tout
de suite en psychothérapie c’est pas du tout le même cas, tandis que
là, il m’est arrivé souvent d’avoir des personnes qui venaient pour
dépression, pour troubles pathologiques, psychiatriques ou autres et
qui, au cours de la psychothérapie, au cours de leur anamnèse, je me
rendais compte qu’il y avait eu un passage dans un groupe sectaire.
Eux-mêmes
n’en avaient pas conscience mais par contre, ils disaient, au bout d’un
moment, combien ils avaient été manipulés, ce qui reste comme séquelles
à ce moment-là, je reviendrai par la suite là-dessus mais ce sont surtout
une capacité à suivre les groupes, une difficulté à avoir un discernement
propre et avoir un libre arbitre. Alors là,
nous recevons souvent des enfants victimes de secte à l’occasion de
conflits conjugaux, de conflits familiaux au moment des divorces et
il est important de voir que le projet groupal enfermant de la secte
vient en opposition avec le projet sociétal qui est de socialiser l’enfant
dans un réel objectif et une construction de sa citoyenneté. S’il est
pratiquement impossible de protéger un enfant de la maltraitance liée
à l’emprise sectaire en s’appuyant sur la prise de conscience du parent
non adepte, du parent endoctriné, pardon, il est, par contre, essentiel
de protéger l’enfant en s’appuyant sur le parent non adepte et non endoctriné,
en aidant ce dernier dans ses démarches. Les démarches sont extrêmement difficiles et ils ont peu
de moyens pour arriver à sortir un enfant, leur enfant de la secte :
désenclaver un enfant d’une secte, c’est difficile parce que,
d’abord, l’enfant ne veut pas sortir de l’influence sectaire par ses
propres moyens ; il est bien évident que c’est un enfant, il
est tout petit, il peut pas le faire. Deuxièmement, parce que le parent adepte
est sous emprise et il n’a pas conscience de nuire à la construction
psychologique de son enfant. Troisièmement
c’est là, peut-être que ça nous intéresse un peu plus parce que le parent
non adepte est impuissant face, seul, tout seul, face au pouvoir de
la secte. D’autre part, il n’est pas compris dans l’importance de la
maltraitance qu’il dénonce et là, je crois
que s’il y a quelque chose que je peux vraiment apporter c’est que
l’existence de cette maltraitance au niveau de tous les enfants, chaque
enfant qui est dans une secte est un enfant en danger, que la
secte soit coercitive ou non l’enfant est en danger, pas seulement
lorsqu’il y a des maltraitances physiques ; les maltraitances
psychiques sont toujours existantes. Donc là,
il n’est pas compris dans l’importance de la maltraitance qu’il dénonce
et il est pas suffisamment appuyé ou soutenu par les intervenants institutionnels,
alors les deux premières raisons n’étant pas susceptibles d’être modifiées,
ce que l’on peut mettre en œuvre, c’est la prise de conscience de la
réalité de la maltraitance et l’appui impératif qu’on peut faire à ce
parent qui est non endoctriné. Pour voir les choses telles qu’elles sont, quand
dans un divorce ou dans d’autres circonstances, vous avez, vous accordez,
par exemple, l’autorité parentale à un adepte d’une secte, ça veut
dire qu’on donne l’autorité à la secte elle-même. C’est très important ça, c’est-à-dire que c’est
pas au parent qu’on va donner l’autorité, c’est au gourou, et il y
a toujours un déséquilibre de force entre le parent adepte qui bénéficie,
lui, de toute la puissance quasi-mafieuse de la secte et le parent
non adepte qui, lui, est complètement isolé. Il est
vraiment important que la législation rétablisse un peu le rapport d’équilibre
qu’il y a entre ces 2 personnes pour l’intérêt de l’enfant. Vuilque : Excusez-moi
Madame, ça fera l’objet, je pense parce que vous venez de dire est intéressant
pratiquement, donc peut être à la fin de l’intervention, vous pourrez
peut-être développer ce point. Jougla : J’ai des
propositions ! Vuilque : Nous aurons
effectivement l’occasion d’en reparler ou avec des propositions très
concrètes de votre part. Excusez- moi de vous avoir interrompu. Jougla : J’ai des
propositions concrètes que je vous dirai à la fin. Je voudrais reprendre
rapidement la gravité des séquelles de la maltraitance sectaire. D’abord
ça va dépendre de 5 paramètres que je vais rappeler rapidement, ça va
dépendre de la dangerosité de la secte : toutes les sectes n’ont
pas la même dangerosité, elles sont plus ou moins coercitives et elles
n’entreprennent pas l’endoctrinement de l’enfant au même âge. Certaines
fois, des enfants qui ne sont entrepris qu’au moment de l’adolescence,
donc toute la petite enfance est vécue tout à fait normalement par un
enfant. Il y en a d’autres qui conditionnent dès la vie
fœtale la galvanoplastie spirituelle, avec la 6ème race
des élus des verseaux, avec le clonage et… Y en a qui commencent beaucoup
plus tôt et toutes
les sectes aussi ont une différence, c’est qu’elles sont plus ou moins
closes. Chaque
fois qu’un enfant peut vivre quelque chose à l’extérieur de la secte,
par exemple comme d’aller à l’école, simplement ça, d’avoir une scolarité
normale, il est bien évident que ça change complètement les séquelles
de la maltraitance, la maltraitance n’est pas la même puisqu’il y a
un « dehors », il n’y a pas qu’un dedans de l’ordre de la
secte. Ca va dépendre de l’acte maltraitant aussi, de la sévérité, de
la fréquence, tout ça, ça va déprendre de l’âge de l’enfant, de l’âge
auquel il est entré dans la secte, un enfant qui est né dans une secte
est évidemment plus en danger qu’un enfant qui y entre vers 14-15 ans
et qui a déjà pu vivre autre chose à l’extérieur de la secte. Ca dépend
de l’âge auquel il en est sorti et de la durée de son séjour. Mais ça
dépend surtout du niveau de développement psychique et affectif de l’enfant,
l’importance du traumatisme va dépendre du niveau de construction du
développement affectif, cognitif et social de l’enfant. Ca va dépendre
de sa vulnérabilité, si l’enfant a eu ou non le temps de développer
sa résilience. S’il est né dans une secte, il n'a absolument pas eu
ce temps là ; et ça dépend de l’interprétation que l’enfant fera
aussi de l’acte qui est commis sur lui. On peut
dire que si l’impact émotionnel dépasse les capacités d’intégration
psychologique et affective de l’enfant, là, il y a maltraitance psychique,
c’est ce qui semble important. Les capacités d’intégration psychologiques
de l’enfant. Ensuite il y a un autre point, tout cela va dépendre aussi
de l’implication sectaire de l’entourage : si vous avez 1 seul
parent, 2 parent ou une famille entière dans la secte, si la famille
entière est dans la secte, pour l’enfant, la secte reflète encore plus
la normalité, s’il n’y a pas de dehors ressource pour l’enfant, s’il
y a un grand-mère qui existe à l’extérieur, c’est pas du tout pareil
que si il y a une grand-mère à l’intérieur de la secte. Alors qu’elles
sont les causes ? Je vais peut-être aller assez rapidement mais
je suppose que vous aurez des questions à me poser après, les causes
de maltraitances psychologiques sectaires quelles sont celles qui vont
faire qu’en tant que psy, j’aurais des difficultés par la suite, avec
l’enfant lorsque je vais l’avoir en psychothérapie. D’abord il y en
a plusieurs, il y en a 11, des causes. La première c’est le besoin du gourou, les enfants
ils sont nécessaires au gourou, ce sont les adeptes de demain et ils
sont encore plus intéressants que les adultes parce qu’ils vont pouvoir
être programmés dès l’enfance, ils vont pouvoir être formatés exactement
selon les fantasmes du gourou, selon les fantasmes délirants du gourou
et ce qu’il y a d’intéressant, c’est que ces enfants pourront, par
la suite, faire un petit cheptel de robots complètement formatés dans
lequel il va pouvoir puiser pour assouvir ses fantasmes.
On voit des enfants très, très calibrés, très
formatés, on dirait des petits poulets batterie, ce sont des enfants
qui sont tous pareils, selon une secte, ils sont comme ça, selon une
autre, ils sont d’une autre façon ; comme je les vois à la sortie
de la secte, je peux vous dire si l’enfant vient de telle ou telle
secte. Alors ça
c’est le 1er point, les besoins du gourou. Le 2ème
point c’est que l’enfant est enfermé dans un monde complètement virtuel :
le gourou a construit de toutes pièces une espèce de royaume virtuel,
comme ça, dont il est le souverain, un souverain incontesté et qui ne
peut en aucun cas être contredit, rien ne peut être vérifié de ce qu’il
dit et il parvient à faire faire croire à l’enfant qu’il n’existe d’autre
réalité que celle de ce monde virtuel : on voit des enfants qui
sont un petit peu, je ne sais pas si vous connaissez, ces enfants, c'est les "outakous",
ces petits enfants Japonais ..oh enfin ces adultes, ces jeunes adultes
japonais qui passent leur temps devant des programmes virtuels, et qui
vivent uniquement par procuration à travers ce monde ultra technologique
virtuel ; ils tombent amoureux d'une.. petite.. d'une image virtuelle
, ils vivent à travers une image virtuelle. Ces "outakous", Claude Allard en a parlé en parlant du syndrome
qui s'appelle le "syndrome d'imprégnation", ce sont
ces enfants-là qui ne vivent que dans le virtuel. Quand je vois les
enfants sortis de sectes, j'ai exactement les mêmes symptômes que chez
ces petits enfants là qui ne font que des jeux de rôle .. enfin etc.. cela n'a rien à voir avec les sectes
mais qui sont complètement dans ce monde virtuel. C'est à dire que ce
sont des enfants qui n'ont plus de contact avec la réalité réelle ;
la nôtre là, bien solide. Ce monde virtuel, il ne peut fonctionner qu'en vase clos : toute intrusion
de la réalité, la comparaison, les points de repères extérieurs et tout,
amènent le doute, le discernement et le choix. Donc pas d'intrusion.
Les murs de l'enceinte de ce monde servent à la fois de protection contre
les attaques du monde extérieur ; les attaques extérieures, c'est à
dire l'intrusion du regard : la Justice, la Santé, les Droits de l'Homme,
les Droits de l'Enfant etc... C'est peut-être là aussi qu'il faudra
que l'on agisse, je vous en reparlerai dans les propositions que je
vous fais. Alors, ça sert de protection, cette enceinte, ces murs de l'enceinte, et
ça sert aussi à retenir l'adepte, à le maintenir dans une illusion fantasmagorique
et magique. C'est un monde virtuel mais il est complètement magique.
En apparence bien sûr ils semblent libres d'aller et de sortir, selon leur bon vouloir. En fait ils sont dans
une véritable cage virtuelle. On a aussi des symptômes de personnes
qui ont été prises en otages, des personnes qui ont été prisonnières
; on a les mêmes symptômes d'emprisonnement, alors que tout le monde
est libre d'aller et de sortir dans une secte. Il y en a très très peu
qui sont totalement closes. L'absence de triangulation : le Gourou crée
une relation complètement fusionnelle et duelle avec l'enfant. La place
du tiers limiterait son pouvoir, sa sacralisation et c'est pour ça qu'il
diabolise toute intrusion, ce que je disais tout à l'heure. Le manque
de triangulation fait que l'enfant est complètement à la merci du Gourou.
On n'est que dans le "deux", on n'est pas dans le "trois". Qu'est-ce que peut faire l'enfant pour arriver à sortir de cette situation?
Il ne peut que nier l'agression ou il ne peut que s'identifier à l'agresseur.
Il n'y a pas d'autre solution dans cette relation duelle. Cinquièmement,
la privation du processus d'individuation et d'individualisation, on
voit chez les enfants un comportement qui va d'une soumission, d'une
dépendance chronique, d'une aspiration à la grégarité, d'être toujours
dans des groupes, une absence d'autonomie en fait, une absence d'autonomie.
On voit des enfants qui présentent des symptômes, des enfants qui vont
de cette absence d'autonomie jusqu'à l'autre extrémité qui est d'en
perdre le sentiment de sa propre réalité et du ressenti de son corps
comme étant réel. J'ai des enfants qui m'ont dit...qu'ils ne...des enfants qui m'ont dit
"puisqu'ils faisaient partie de l'élite, puisqu'ils étaient tellement
purs, maintenant ils n'avaient plus d'organes à l'intérieur d'eux".
Alors je ne sais pas si dans l'assistance il y a des gens qui sont psychiatres
mais on trouve par exemple ce symp...ce syndrome de Cottard chez des
patients qui nient totalement leurs organes. On voit exactement la même chose chez ces enfants-là qui le nient
mais alors que c'est n'est pas du tout une pathologie endogène qu'ils
ont. C'est quelque chose qu'on leur a appris : ils n'ont plus d'organes, ils sont très purs, ils ne sont plus qu'un pur
esprit. La confusion des rôles due à la démission des parents, l'adulto-morphisme,
la confusion des générations et des sexes amène chez l'enfant une difficulté
à trouver ses repères et trouver les repères qui sont constitutifs de
la lignée. C'est à dire qu'il n'y a plus de lignée. Le seul représentant de l'autorité c'est le Gourou
; c'est lui qui détient tous les rôles : il a infantilisé les parents;
donc les parents sont réduits à l'état de père....non plus de père et
de mère mais de frère et de soeur. Il n'y a plus de générations : tu
as été l'enfant d'un tel dans une vie antérieure, donc l'enfant ne peut
pas comprendre ; tu es le fils d'un tel, tu es le frère d'un tel,
etc.. cette confusion des rôles fait que les enfants sont complètement
perdus et qu'ils n'ont plus du tout les repères de la lignée ; ils ne
savent pas d'où ils viennent, où ils vont, qui ils sont et ça fait des
perturbations qui restent souvent pendant très longtemps. Même les adultes
quelquefois me disent moi j'ai été un tel dans une vie antérieure et
mon mari en fait est mon fils et ma soeur est. Après il y a le problème de la pensée unique, hein
! La Vérité absolue invérifiable
qui empêche qu'il y ait tout esprit critique ou toute rationalité chez
l'enfant cette vision unique du monde. Et s'écarter de cette Vérité
pour l'enfant c'est se retrouver seul, abandonné de tous et ne plus
s'inscrire dans une appartenance. C'est à dire s'il ne croit pas à ça,
l'enfant est perdu. Il y a ça ou rien. Huitièmement, une difficulté
d'accéder à une pensée abstraite ; le fait qu'il y ait cette pensée
unique, magique et cette grille interprétative que l'on trouve dans
les sectes ; ça enlève complètement, ça fait obstacle à la libération
de la capacité d'abstraction de l'enfant, il n'a plus du tout cette
capacité qui peut entrer en jeu. Neuvièmement, le double langage
: la distorsion entre deux types de conception du monde : celui d'un
univers fantasmé, utopique, virtuel véhiculé à l'intérieur de la secte
et celui de la réalité sociétale extérieure, ça crée chez l'enfant un
écartèlement, un stress permanent qui débouche sur un état d'angoisse
sidérant et paralysant. Moi j'ai vu des enfants dans des
états de sidération comme ça
: on leur posait une question : "Bon, est-ce que tu aimes les haricots
?" et comme ça ils ne pouvaient pas répondre, " tu.... préfères
les petits pois ?" ils ne pouvaient pas répondre. C'est à dire
qu'ils sont dans une espèce d'état de sidération qui est pathologique
pour nous et qui montre combien la difficulté de choisir et la difficulté
de se prononcer sur quelque chose, si on ne leur a pas dit "les
haricots c'est bon il faut que tu en manges". Difficulté d'adaptation
sociale professionnelle et familiale; Il y a une désocialisation et
des troubles de l'adaptation sociale qui est due à un double rejet chez
l'enfant. L'enfant rejette. Il est conditionné à rejeter la société
qui est diabolisée et qui est un modèle de perdition, ça c'est une chose,
mais quand l'enfant va à l'école, son inadaptation, sa différence et
la supériorité qu'il affiche, parce qu'il fait partie des enfants...des
élus, quand même ! Il n'est pas rien, hein ! Et c'est celui qui porte
la Vérité, c'est celui qui doit transmettre tout ça. Ces enfants là
sont souvent rejetés par tous les autres enfants, ils sont souvent la
tête de Turc, la risée de tous les autres. Et j'ai souvent des adultes qui me racontent combien ça a été quelque chose
d'extrêmement douloureux pour eux d'être pendant la récréation montrés
par tout le monde et que personne ne voulait jouer avec eux. Alors ce
qu'il y a d'intéressant par contre c'est que souvent les instituteurs
se rendant compte de ce genre de chose, de l'isolement de l'enfant,
et du fait qu'il soit "tête de turc", se permettent à ce moment
là, de faire un signalement, nous appellent, nous les psys et à ce moment
là, on peut rentrer un petit peu en jeu pour essayer d'aider l'enfant.
Il y a beaucoup d'instits qui se permettent comme ça de signaler gentiment
les enfants parce que cela ne peut pas se faire de façon officielle.
Quelquefois, les parents viennent en psychothérapie, d'autres pas.
Quelquefois, ils viennent une fois,
et ne reviennent surtout pas et changent leur enfant d'école. Comme
j'ai eu encore dernièrement avec un enfant d'une grande secte, les
parents m'ont dit "oui, oui, oui, bien sûr.." très gentiment,
la petite fille très bien élevée et tout ça "mais bien sûr Madame.."
et ils ont changé l'enfant d'école et ils
ne sont jamais revenus. Alors les séquelles psychologiques des enfants victimes de sectes, ça les
fait fréquemment évoluer vers une structuration névrotique, obsessionnelle,
phobique ou histéro-phobique avec tous les rituels qui sont imposés,
avec toutes les phobies de la société, avec tous ces trucs là, il y
a souvent cette structuration névrotique, un effondrement narcissique
pratiquement tout le temps et puis il y a aussi très souvent des aspects
psychotiques, des états dissociatifs qui sont induits par les expériences
délirantes et hallucinatoires vécus dans la secte. On y reviendra peut-être
si vous le voulez au sujet de questions...au cours de questions. Alors,
ça, ça me semble important, l'enfant, il est pris dans un conflit de
paradigmes. Le projet de la secte sur l'enfant est en conflit avec le
modèle sociétal. Le projet de la secte prime sur l'intérêt de l'enfant.
On est bien d'accord ? Le projet de la secte utopique. Face à ce conflit,
la question est de savoir si la société contemporaine est capable de
construire et de penser son propre avenir. La société moderne se doit
d'avoir des valeurs, une éthique qui sont celles de la Démocratie. Dans la perspective de ce projet,
la laïcité où le respect des lois fondamentales de l'individu
ne peut être synonyme de neutralité, sinon la laïcité, ou les droits
fondamentaux, deviendraient un principe de décomposition de la société. Il est
question de libertés individuelles, en tant que garantes de la liberté,
chaque fois qu'un enfant risque d'être mis en état de sujétion lorsqu'il
appartient à une secte. Et je vous redis ce que je vous disais tout à
l'heure, même quant y'a pas de maltraitance physique, il existe toujours
une maltraitance psychique, tous les enfants des sectes sont des enfants
en risque, des enfants en danger. Alors je vais faire un certain nombre de propositions, c'est
peut-être un peu prétentieux mais je le fais quand même, et … parce que je trouve que quand même la société elle a un devoir
d'ingérence et de protection par rapport aux enfants, et je trouve
que parfois elle remplit bien son rôle et parfois elle le remplit
pas bien. Alors, je me suis posée la question
de savoir pourquoi la société se trouvait pas, ... vraiment, paralysé
dans son devoir d'ingérence, et, et j'y répond en vous proposant trois
raisons. D'abord, la secte est considérée à tort comme
une religion, ça, ça fait parti des idées qui reviennent continuellement,
la secte n'est pas une religion. Et ça paralyse la réponse sociale,
et ça interdit bien sûr même l'idée d'ingérence. Deuxièmement,
c'est l'hypocrisie qui consiste à penser que la liberté de croyance
et d'éducation ne sont l'apanage que de la sphère parentale. Et troisièmement
la méconnaissance ou la non reconnaissance et même la négation de l'existence
d'une maltraitance psychologique sectaire spécifique subit par les enfants.
Moi j'ai entendu, ça fait trente ans que je travaille je vous l'ai dit,
j'ai entendu vraiment des gens, encore dire « Oh mais c'est pas
très grave, ce sont des doux dingues, ils sont gentils, dans les sectes
y font pas de mal, mais les enfants, mais y sont bien, on s'occupe bien
d'eux, bon etcetera, y'a rien, y'a pas de sévices. Un enfant mort d'accord.
Un enfant qui a des coups d'accord. Mais un enfant qu'à des problèmes
psychologiques, non y'en a pas, y'a pas de problème». Face à cette paralysie, il, il est
urgent bon d'apporter des solutions concrètes, je vais vous en proposer
un certain nombre, dans le prolongement de la loi de 1998, de renforcer
les contrôles scolaires, ça serait intéressant, de, les mettre en
place, peut-être d'une façon plus systématique, et surtout par surprise
! Moi j'ai
eu des enfants sortant de sectes qui m'ont racontés, que, à partir du
moment où on venait vérifier, euh, euh, le Ministère de l'éducation
ou je ne sais qui, venait vérifier, contrôler la scolarité des enfants,
l'assiduité et le contenu de la scolarité, euh, on se débrouillait ,
puisque c'était pas fait par surprise, on se débrouillait pour ne mettre
que les enfants qui étaient capables de lire, d'écrire, etcetera, ceux
qui étaient bons et on envoyait les autres à la campagne. Je l'ai entendu
très souvent ça. Alors c'est quand même que ce soit fait par surprise.
Ces contrôles doivent être faits aussi au niveau de la santé des enfants.
On a quand même une possibilité ne serait ce que dans les, euh, dans
les écoles, avec les médecins scolaires, une, une possibilité de contrôle.
Mais, pour moi ces contrôles, devraient être faits systématiquement
et préventivement, sans qu'il soit nécessaire qu'il y ait une plainte
qui soit posée. Parce que le problème, il est là. S’il n’y a pas de
plainte, il n’y a pas de contrôle. Autre
proposition, c'est d’allonger le délai de prescription pénale pour
les infractions. Je suppose que vous avez dû en parler souvent et
même prévoir, même une non prescription, enfin ça, je suppose que
vous avez dû en parler souvent. Ce que
j'ai dit toute à l'heure, c'est à dire, encore une autre idée, c'est
de protéger l'enfant, en s'appuyant sur le parent non adepte, non endoctriné,
je sais bien qu'il y en a certains qui déraillent complètement, et qui
imaginent qu'il y a des histoires de secte, souvent dans beaucoup de,
de, euh, de divorce, on peut voir ça, je sais que c'est pas toujours
vrai, mais enfin quand même, s’il y a 1 %, ou disons 5 % de personnes
qui se trompent, y'en a peut être 95 % quand même qui disent quelque
chose qu’il serait bon d'écouter. Je pense qu'il est important aussi
d'aider l'enfant à garder un lien approprié avec le parent qui est dans
la secte, et ça c'est extrêmement difficile. Pour moi, en tant que psychologue, arriver à ce
qu'un enfant garde ce lien avec un parent qui est complètement endoctriné,
c'est quelque fois, c'est quelque fois assez, assez, c'est difficile,
c'est quelque fois même la quadrature du cercle. Par contre ce qui me semblerait important ce serait
de poser l'interdiction de séjour de l'enfant dans la secte avec le
parent qui est adepte. Et avec un contrôle de cette interdiction,
parce qu'il y en a énormément, qui, les contrôles existent tous oui,
oui, mais y'a les, les, les adeptes disent tous oui, oui, mais si
le contrôle n'est pas fait, l'adepte ne va certainement pas obéir
à une interdiction, puisqu'il va obéir à ce que dit le gourou et non
pas à ce que dit la société. Moi j'ai eu beaucoup d'enfants, qui étaient emmenés
pendant un mois, dernièrement une petite fille de trois ans, un mois,
immergée dans une secte, avec un père d'une secte qui est vraiment
très très coercitive, très virulente et très nocive pour les enfants,
une grosse secte avec en plus la prétention d'éducation qu'on peut
connaître chez certains groupes, et cet enfant de trois ans immergé
pendant un mois, quant elle est revenue avec sa mère, l'état de cet
enfant était dramatique. C'est à dire qu'elle était complètement déstructurée,
elle était dans un état pathologique, psychiatrique, elle était dans,
dans, dans une, euh, dans une sidération dont je vous parlais toute
à l'heure, euh, de, de, avec encoprésie, énurésie, elle ne s'alimentait
plus, elle avait arrêté de parler, enfin etc. c'était vraiment quelque
chose qui était avec une souffrance absolument énorme, qui était témoigné
par cet enfant là. C'est long
un mois pour un enfant de trois ans, je ne sais pas si vous vous rendez
compte, bon déjà pour un enfant normal qu'est pas dans une secte, ça
semble long mais alors là. Ce qui me semble aussi important c'est de
contrôler les familles d'accueil, pour éviter qui y ait une récupération
sectaire, vous avez certainement dû en entendre parler, y'a certaines
sectes qui sont spécialisées là dedans, et puis ensuite autre chose
aussi, qui m'est arrivé très fréquemment, c'est de suivre tous les enfants
d'adeptes, lorsqu'il y a une secte qui fait l'objet d'un drame collectif.
Des enfants d'adeptes même quand la secte n'existe plus, ces enfants
sont laissés dans la nature, ils ne sont absolument pas suivis, et ce
sont des enfants, alors quelquefois moi, je les récupère dix ans, quinze
ans, vingt ans après, je les récupère évidemment pas tout de suite,
ils viennent jamais me voir tout de suite, mais ça, dans des petites
sectes ou des grosses sectes, c'est quelque chose que l'on voit souvent,
quand y'a eu des drames euh, collectifs, des assassinats, des morts,
etcetera et que ces enfants après vadrouillent dans la nature et que
personne ne les aide, qu'y'a aucun contrôle, on ne sait pas ce qu'y
sont devenus, je trouve que c'est quand même assez grave et que c'est
de, de notre responsabilité. Et le deuxième
point qui me semble très important c'est, la formation, d'un réseau
professionnel, d'un réseau de professionnels, l'information c'est très
bien, l'information c'est très bien, mais faut pas la confondre avec
la formation, à la spécifi...cité, spécificité sectaire et au processus
d'emprise. La société se doit de mettre en place, un réseau
de professionnels santé/justice, formé à la spécificité de cette dangerosité
sectaire, pour que ils puissent être ensuite aptes à repérer dans
leurs pratiques, dans l'exercice de leurs fonctions, à repérer les
enfants qui sont des enfants qui viennent de sectes, parce que avec
certains symptômes, ils pourront les repérer et les reconnaître, et
ensuite de les envoyer à un réseau qui pourra les prendre en charge,
sur un plan psychologique ou autre, parce que ces enfants sont vraiment,
euh, en danger, et s'ils sont pas repérés par un, un réseau de professionnels
formés, que ce soit les assistants sociaux, que ce soit les, les,
euh, euh, les médecins euh, scolaires, que ce soient les avocats,
que ce soient les magistrats, enfin etcetera, que ce soient les psychologues,
les médecins, les, les pédopsychiatres, tous ces gens là, devraient
pouvoir, dans l'exercice de leur profession, repérer si y'a des symptômes
de, d'enfants qui sont dans une secte. Et cette
formation elle doit être inter disciplinaire, pour être efficace, elle
doit se dérouler sur plusieurs semaines, on peut pas faire ça en quatre
jours, c'est pas possible, c'est utopique ça. Et y faut qu'y ait entre
autre des témoignages de victimes de sectes pour que soit palpable le
processus d'emprise. C'est compliqué à comprendre, le processus d'emprise,
et si, si on voit ça comme ça d'une façon intellectuelle et survolée,
on ne peut absolument pas le comprendre. Y faut que ce soit fait aussi
par des intervenants, spécialistes des différents axes d'approche, pour
cerner, le, le, le phénomène sectaire, sous différents axes. Moi, j'entends
tout le temps des professionnels me dire qu'ils sont mal informés, qu’ils
sont démunis, et je les entends aussi les professionnels santé et justice,
et je les entends aussi me dire qu'ils ont peur des représailles, ils
se font un monde des sectes, « les sectes et oh ! C'est pas … ! ».
On peut quand même lutter contre les sectes ça va, on est assez fort,
et ils ont peur de l'irrationnel, ça c'est beaucoup plus compliqué à
… , plus difficile à … à régler, et ils ont peur surtout de ce qui connaissent
pas. Pensez que ces professionnels, ils aggravent le
traumatisme d’une victime, en ne les croyant pas, en ne les écoutant
pas, en ne les comprenant pas. Et le MIVILUDES l’a dit, cette mise
en place d’un réseau formé à ce type de victimologie correspond à
une attente du corps social, des institutions, et des associations
d’aide aux victimes. Alors je termine avec ça, les objectifs
de la formation seraient d’apporter un élément, un complément de formation
sur le phénomène sectaire aux praticiens, juristes, médecins, psychologues,
travailleurs sociaux, pour qu’ils repèrent dans l’exercice de leur fonction,
et les enseignants aussi. Et la deuxième chose, c’est de mettre en place
un réseau de professionnels formés qui pourront prendre en charge ces
enfants quand on leur aura envoyé ces enfants là. Voilà un petit peu
ce que j’essaye de résumer, en ¼ d’heure, 30 ans de travail. Vuilque : Merci Madame pour votre intervention.
J’ai omis d’excuser tout à l’heure le président de notre commission
Georges Fenech qui est retenu dans sa circonscription, donc voilà l’omission
est réparée. Merci Madame pour votre contribution,
j’aurai un certain nombre de questions à vous poser avant de passer
la parole à mes collègues. Comment qualifierez-vous aujourd’hui, puisque
vous êtes une praticienne, la situation actuelle ? Première question,
est-ce que ça s’est amélioré ? Est-ce que vous pensez que la situation
est stable ? Ou est-ce que vous pensez qu’il y a un vrai souci
spécifique aujourd’hui sur les enfants ? On nous a beaucoup parlé
des psychothérapeutes … Jougla : Oui. Vuilque : Donc je voulais avoir votre avis
en tant que praticienne puisque apparemment c’est un sujet d’inquiétude
très important. Jougla : Très important. Vuilque: Ensuite, mais vous y avez déjà un
petit peu répondu, j’allais vous poser la question sur à votre avis
pensez-vous que notre législation est suffisamment complète ? Je voudrais aussi vous poser une
question ; peut-être il est un peu difficile pour vous d’y répondre
sur notre système général de lutte contre les organisations sectaires
puisque nous avons une mission interministérielle, nous avons … On nous a dit aussi que les associations
ne travaillaient pas suffisamment ensemble, qu’il n’y avait pas de coordination
entre l’ensemble des intervenants. Ca m’intéresserait, ça nous intéresserait
d’avoir votre avis. Et puis dernière question, vous avez parlé du divorce,
de l’autorité parentale. Je voudrais qu’éventuellement vous alliez un
peu plus loin parce que vous nous avez indiqué qu’effectivement lorsque
l’enfant était confié à l’un des parents membre de la secte, il était
en fait confié au gourou de la secte, alors est-ce que vous aviez des
propositions très concrètes à nous fournir parce que c’est quelque chose
d’assez compliqué. Nous savons que les magistrats abordent
les problèmes sectaires d’une manière quelquefois un petit peu difficile
soit par méconnaissance, soit parce que c’est aussi un sujet qui peut
être avancé par l’un ou par l’autre dans les difficultés conjugales
donc là-dessus si vous pouvez aussi nous éclairer. Voilà, ben je crois
que c’est complet, je laisserai la parole à mes collègues ensuite. Jougla : Je n’ai pas marqué, je vais essayer
de me souvenir de ce que vous avez dit. J’ai pas noté ce que vous avez
dit mais on va y revenir probablement. Oui et vous aviez une question
aussi ? Vuilque : Jean-Pierre Brard, Jean-yves Hugo
et Serge Bisco. Donc ce que je vous propose, c’est de répondre à ma
première série de questions, … Jougla : Oui, d’accord. Vuilque : Et puis ensuite on passera à mes
collègues. Merci. Jougla : Je vous y ai répondu un petit peu
par rapport au divorce déjà en vous disant que lorsque, il y a certaines
fois où un des parents utilise l’alibi de la secte pour essayer de récupérer
un enfant à tort, et c’est quand même très très peu souvent. Et par contre un parent
qui est dans la secte, va forcément, s’il a l’autorité parentale,
va forcément immerger son enfant dans la secte. Il va l’élever selon
les principes de la secte. Donner l’autorité parentale à ce parent-là,
ça pose quand même problème. Vuilque : Pardonnez-moi de vous interrompre,
j’entends bien. Je me fais un peu l’avocat du diable, je me mets à la
place du magistrat qui a devant lui 2 personnes qui exposent leurs arguments
et aujourd’hui c’est vrai que beaucoup de témoignages nous reviennent,
des difficultés familiales, des séparations, où manifestement le magistrat
n’a pas pris en compte cette appartenance sectaire, peut-être encore
une fois par méconnaissance mais aussi peut-être par, comment dirais-je ?
Par confort, pour ne pas… parce que bien souvent le magistrat ne sait
pas où il met les pieds et a du mal, a du mal à appréhender cette affaire.
Et ensuite il y a un certain nombre de règles juridiques, et donc pour
le magistrat ce n’est donc pas non plus forcément très facile d’attribuer
l’autorité parentale parce que il y a cette situation. Donc là aussi
je voudrais avoir votre avis d’une manière un petit peu plus précise. Jougla : Ma réponse à moi c’est …. Vous avez
donné déjà le début de la réponse, c’est que les gens ne sont pas formés
à ça. Je pense qu’un magistrat,
même s’il est très bon, très compétent, très adéquat, très honnête,
etc. … quelqu’un de vraiment très bien, ne peut pas comprendre l’emprise
sectaire s’il n’a pas eu quelqu’un qui lui a expliqué ça ou s’il n’a
pas été formé à ça. Alors on ne va pas former
tout le monde on est d’accord, mais quand même, peut-être qu’au moment
où le magistrat aura à faire à une histoire de secte, peut-être qu’il
pourra demander quand même à des personnes qui sont spécialisées à
ce moment-là sur les sectes. Il y en a dans tous les départements,
pourquoi est-ce qu’il ne fait pas appel à ce moment-là à des personnes
qui sont spécialisées ou sur le plan juridique, ou sur le plan psychologique,
qui sont spécialisées dans les sectes. Mais il ne peut pas lui, même
si c’est quelqu’un de très compétent. Pareil, je vais vous dire quelque
chose qui va vous paraître énorme, mais dans ma profession, un psy,
un bon psychologue ou un bon psychiatre qui ne connaît pas l’emprise,
ne peut aider, ne peut pas faire une psychothérapie de quelqu’un qui
sort de secte et qui a été sous emprise ou qui a été manipulé. C’est très spécifique,
c’est très complexe, ça ne s’invente pas. C’est pour ça que j’en reviens
à ce que je disais tout à l’heure, la formation de gens spécialisées,
des gens qui repèrent dans leur quotidien, qui repèrent et qui ensuite
envoie à des personnes spécialisées. Ça fait 30 ans que j’essaie de
trouver d’autres solutions, je n’en ai pas trouvé d’autres, mais peut-être
que … Vuilque: C’est à dire selon vous, allons plus
loin, selon vous à partir du moment où il y a une appartenance prouvée,
selon vous le magistrat qui est en face de cette situation doit systématiquement
donc considérer que la garde parentale va à l’autre parent qui n’appartient
pas à la secte si finalement … Jougla : En tout cas, il doit demander, parce
qu’il y a secte et secte ; il y en a qui sont plus ou moins coercitives
encore une fois et plus ou moins dangereuses pour les enfants, mais
s’il ne peut pas demander, s’il ne prend pas le temps de demander à
quelqu’un qui est expert dans cette matière-là, comment voulez-vous
qu’il le comprenne. C’est très compliqué le
problème de l’emprise, je ne sais pas si vous avez quelques victimes
qui vont venir et qui vont vous en parler, vous allez les voir débarquer
de Mars, vous allez être complètement ahuri en vous disant :
« Mais comment les gens peuvent donc se faire embrigader par
des sectes, ça n’est pas possible ». Tout le monde dit toujours
ça. C’est à dire que c’est inconcevable, c’est inimaginable. Alors le problème de l’emprise est
très compliqué, je vous dis, même les psys. Les très bons psychiatres
font des confusions entre certaines pathologies et les pathologies que
l’on retrouve dans les sectes et qui sont très semblables. Alors par
rapport au divorce, ma réponse à moi, c’est la formation et de demander
à des gens qui sont compétents. Le gros problème des gourous,
pas tous mais certains sont très intelligents, ceux qui ont plutôt
des structures perverses sont très intelligents, et ils sont tout
à fait capables de manipuler les experts, les magistrats, les avocats,
etc … les psys aussi et tout. Les expertises psychologiques
ou psychiatriques, il les manipulent complètement ; moi quand
je vois des expertises psychiatriques de personnes que je connais
ou de sectes que je connais, arriver avec ce que les experts, qui
sont très bons par ailleurs, ont pu noté, c’est ahurissant, ils les
ont roulés dans la farine. Ce sont des manipulateurs, c’est quand
même leur fonction, il ne faut pas l’oublier. Vuilque: Par exemple, excusez-moi messieurs
les collègues, je me lance, je vous donne la parole ensuite. Est-ce
qu’en cas de divorce, il y a des enquêtes sociales qui sont faites ? Jougla : Oui ça c’est fréquent. Vuilque : Et on s’aperçoit effectivement que
ceux qui font les enquêtes sociales, vous allez peut-être me détromper
ou abonder dans mon sens, ne sont pas non plus formés à l’approche sectaire
et ça peut poser effectivement un certain nombre de soucis. Madame je
ne vais pas plus loin, je vous ai simplement posé un première question
qui pour moi est importante par rapport à votre pratique, je vous ai
demandé comment qualifierez-vous la situation aujourd’hui ? Est-ce
que dans votre pratique, vous pensez que la situation s’est maintenue ?
Elle s’est dégradée ? Elle devient problématique ? C’est important
pour nous de le savoir. Jougla : Alors ce qui me semble important
donc sur une trentaine d’années puisque j’ai ce recul-là, c’est de voir
qu’avant il y avait des espèces de grosses sectes comme ça, bien définies,
bien claires, qu’on savait bien nommer ; dans telle secte il se
passe ça, dans telle autre il se passe ça, bon. Des sectes un petit
peu grosses, et maintenant …
Ce qu’il y a de terrible, c’est qu’il y a de petits groupuscules sectaires
énormément, des petites sectes de 20 personnes pas plus. Dernièrement
vous avez encore eu une secte de 20 personnes avec un mort, deux autres
morts .... enfin deux tentatives de suicide, des personnes qu’on a
vraiment rattrapé par les pieds ... Pardon? ... je ne sais pas si
je peux me permettre de nommer les sectes, oui? ... Neophare il s’agit
de Neophare Brard:
Vous
jurez de dire toute la vérité, rien que la vérité ... Jougla: Je vous dis toute la vérité mais je ne vous donne pas le nom ... la
secte Néophare par exemple. C’est une secte qui avait 20 personnes.
Alors, parlons de la Secte Néophare, un mort, deux personnes qui étaient
vraiment prêtes à mourir, vous vous souvenez de l’histoire de la femme
qui passe par la fenêtre, avec la tulipe toute nue enfin, on l’a rattrapée
par les pieds ... les enfants elle et son mari pareil, où est-ce qu’ils
sont ses enfants, je ne sais pas si je peux dire leur nom ... mais
ces 2 enfants là qu’est-ce qu’ils sont devenus ... est- ce qu’il y
a un contrôle par rapport à cela ... moi j’au eu en psychothérapie
des enfants de cette secte, du gourou de cette secte, du frère du
gourou de cette secte ... j’aimerais bien que ce soit pas .... Brard : Ils
ont répété les noms des enfants cités, c’est dans les textes ... à oui
c’est .... Jougla: Bref
ces enfants là étaient dans la nature. Les gens ont fait appel à moi,
quand on fait appel à moi, j’y vais. Mais quand on ne fait pas appel
à moi ou à quelqu’un d’autre, il n’y a personne qui y va. C’est quand
même très très grave. C’était par rapport à ?... Oui
alors maintenant il y a plein de petits groupuscules qui sont énormément,
il y en a partout, ils sont partout. J’habite dans l’Hérault, j’habite
à coté de Montpellier, c’est à foison, n’importe quel médecin, même
des médecins diplômés se retrouvent avec des petits groupes comme ça
de .... pseudo thérapie, de ... pseudomachins et le bien être, l’épanouissement
personnel, la rencontre de soi ...
et ça fait un grabuge exactement équivalent aux très grandes sectes
qu’on connaissait avant, un petit peu moins les grandes, il y en a
encore quelques unes ... beaucoup d’enfants dont je vous ai parlé
c’était des Témoins de Jéhovah puisque je vous les cite maintenant
.... ces enfants là .... et puis il y en a si je vous dis pas leur
nom vous saurez pas qui c’est, parce que ils ne sont pas répertoriés et par contre ils font partie de la mouvance
new Age ou de Bouddhisme ou de .... d’autres ..... Vuilque : Dernière
précision, vous parliez de devoir d’ingérence, alors question, vous
savez que juridiquement, c’est normal puisque c’est notre conception
du laïc, il n’y a pas de définition de la religion, il n’y a pas non plus de définition de la secte, est-ce que vous
pensez que néanmoins, nous devrions préciser les choses pour faire en
sorte qu’il y ait un cadre un peu plus précis pour, notamment l’ensemble
des intervenants, mais aussi permettre un éventuel devoir d’ingérence?
Sonya
Jougla Alors,
y'a pas de définition de la secte. Je vais, je suis pas juriste, mais
je vais vous dire quand même qu'avec la loi About-Picard, vous la reprenez
dans l'autre sens, vous avez la définition de la secte. Depuis 2001
quand même on l'a la définition de la secte ! En tout cas, moi je m'appuie
dessus et tous les juristes qui travaillent dans .... par rapport aux
sectes, ils s'en servent. Pourquoi on continue à dire, je comprends
pas pourquoi on continue à dire que “y'a pas de définition”, que “les
gens qui rentrent dans les sectes ce sont des gens vulnérables”, qu'est
ce qui y'a encore, “qu’il y a toujours des problèmes d'argent dans les
sectes”, c'est pas vrai, à la secte « Néophare » par exemple
ils ne demandaient pas un sou à ses adeptes. Et c'est une secte qui
a été extrêmement dangereuse. 3 personnes sur 20 je trouve que ça fait
vraiment beaucoup, hein, hein comme pourcentage ! C'est pas mal ! Et
là y'a un, deux, trois, quatre, cinq ... Voix
masculine Ah
oui ... Sonya
Jougla trois,
quatre, cinq, six, sept enfants dans cette secte, ..., dans la nature. Voix
masculine Euh,
les psychothérapeutes ? Sonya
Jougla Alors
les psychothérapeutes, ça c'est un gros, gros problème. Parce que vous
savez que psychothérapeute y'a toujours pas de diplôme pour l'instant,
hein, on va voir ce qui va se passer après, avec la loi About-, euh,
la loi Accoyer et tout ça, mais pour l'instant y'en a pas, et, euh,
y'a n'importe qui peut s'installer comme psychothérapeute de ceci, de
cela, enfin etcetera. Hein,
ça fait un grabuge absolument énorme, moi j'ai continuellement dans
ma clientèle, alors pas forcément des gens de sectes, mais dans ma clientèle
des gens qui débarquent, parce qu'ils ont été complètement abîmés par
des pseudo-psychothérapeutes. Les médecines alternatives alors y'en a qui sont très très bonnes,
enfin quand même attention, n'importe qui soigne avec n'importe quoi. La santé, j'vais pas rentrer dedans, mais, c'est
quand même euh, faut quand même qui y'ait des contrôles, tous ces
parents qui soignent leurs enfants de, de, de, comme ça, parce que
tout d'un coup la mère elle a envie de guérir alors elle va chercher
trois plantes, trois machins, elle a fait une formation pendant deux
jours et puis elle va soigner ses enfants, bon et puis elle emmène
bien sûr ses enfants dans le groupe après, bon. Donc,
y'en a beaucoup comme ça, c'est un gros, gros, gros problème. Hein,
pour nous qui sommes, comment dire, professionnels euh, euh, avec un
diplôme etcetera, c'est compliqué. Je, j'suis, ... , chargé de cours
à la fac, et je vois, euh, en médecine légale hein, et je vois combien,
.... en victimologie, en médecine légale, la plupart des gens bien qu'y
soient, ou médecin, ou juriste, ou etcetera, continuent à croire, que
tel euh, des croyances de euh, euh de tel soin qui va guérir le cancer,
des gens qui sont quand même, euh, qui ont un état, de, de, de culture,
qui ont une culture et des diplômes qui normalement devrait leur permettre
de discerner un p'tit peu mieux. Alors comment voulez vous que, que
... Les problèmes des médecines alternatives et de, de, la, pseudo psy
c'est très très compliqué. Vuilque : Merci
Madame, Jean Pierre Brard. Sonya
Jougla : Oui. Jean
Pierre Brard : Merci
Madame. Vous
avez beaucoup insisté sur la nécessité de la formation donc comment
au niveau public peut-on envisager la formation de professionnels de
la santé et de la justice? Qui doit assumer selon vous la formation
des formateurs ? Faut-il envisager une formation universitaire, moi je partage votre
avis, que là, y'a le problème principal, même s'il arrive que des
magistrats soient eux-mêmes dans des sectes, on se rappelle tous l'affaire
de Lyon... Sonya
Jugla : Oui Jean
Pierre Brard : …de la cour d'appel de Lyon, où l'un des trois magistrats de la Cour
d'appel était membre de l'Office Culturel de Cluny nous le savions,
et ça a été attesté par l'un des deux autres lors d'un module de formation
de l'Ecole Nationale de la Magistrature, mais ça c'est l'exception
... Sonya
Jougla : Non. Jean
Pierre Brard : ...
la règle, c'est plutôt l'absence de formation, alors est-ce que vous
pouvez nous dire votre sentiment Madame, ça c'est ma première question.
Vous avez parlé de formatage des enfants et d'après le formatage vous
pouvez identifier la secte. Est-ce
que vous pourriez nous décrire, sommairement, comment vous identifiez
les enfants sortants des Témoins de Jéhovah, euh, troisièmement, vous
avez dit le signalement ne peut se faire officiellement, vous parliez
des instituteurs, qui repèrent quelque chose, bé, ils doivent, ils ont
un devoir de signalement, non ? Mais vous me répondrez. Bon,
et les parents ont changé l'enfant d'école, euh, mais on peut si j'ose
dire les suive à la trace, puisque, euh, s’ils ont d'école, y'z'ont
dû bénéficier d'une dérogation, ou bien, donc on doit pouvoir les retrouver.
Et, et si les parents les gardent chez eux, ils doivent avoir une autorisation,
donc, est-ce que vous pouvez assouvir notre curiosité sur ces sujets
? Sonya
Jougla Alors, y'a plusieurs choses différentes, je reprends la dernière chose
que vous avez dite, euh, ces instituteurs qui de temps en temps me
disent « voilà j'ai un problème avec un enfant », alors
c'est euh, je pense à cet enfant Témoin de Jéhovah, … qui ne joue
pas en classe, en en salle de récré, en cours de récréation, qui fait
du prosélytisme continuellement avec ses, ses petits copains, … qui
va pas aux anniversaires, enfin le coup classique quoi. Hein ?
Il va pas en classe verte … y va pas aux anniversaires … il est habillé
différemment … il pense différemment … il a dans la cour de récréation
toujours ses petits bouquins …. machins pour les enfants, pour essayer
de les accrocher, et donc, une, une maîtresse, ou d'autres maîtresses
me signalent et me disent voilà il se passe ça, est-ce que vous pouvez
voir l'enfant ? Les
parents sont très obéissants, ils prennent un rendez-vous, ils viennent
me voir. Ils viennent me voir, je vois l'enfant qui … alors les parents
ne parlent de rien, et je vois l'enfant après qui parle de la salle
du royaume, du machin, du truc et que, donc, je revois les parents et
je leur demande ce qui se passe, ils disent, « oui, oui, oui, bien
sûr, on va emmener, oui bien sûr , notre enfant va aller faire la classe
verte avec tous les autres enfants », etcetera et puis ils s'en
vont. C'est fréquent. Alors comment je différencie ces enfants là des
autres ? Vous m'aviez posé cette question aussi. C'est à dire que
ce sont des enfants qui sont souvent, souvent très bien élevés, euh,
très dociles, euh, très propres, impeccables, gentils, respectueux,
qui ne vont certainement pas déranger quoi que ce soit, euh, dans mon
cabinet, et puis quand euh je leur dit bien, euh, va jouer là par exemple
avec des poupées, j'ai des espèces de poupées pour faire des tests,
euh voilà, « euuuh, ah non ! Non ! J'peux pas ! - mais si
puisque je te dis que tu peux le faire, on va le faire ». Je
vois, si vous voulez à des tas de petits symptômes comme ça, la façon
dont l'enfant va dessiner, des enfants qui viennent de la Fraternité
Blanche Universelle, n'ont pas le droit d'utiliser le marron et le noir,
alors ils vont utiliser, ils vont faire des anges, toujours les mêmes
dessins !, toujours les mêmes trucs. Alors je peux, je pourrais vous
en parler longtemps, mais, euh, je sais pas, qu’elle est la précision
de votre ... Vuilque : Si vous
avez des documents Madame, sur la typologie par rapport à votre expérience,
ça nous intéresse beaucoup. Jougla : | |||